Climat : "Des changements climatiques sont irréversibles, mais nous pouvons limiter leur progression"

Climat : "Des changements climatiques sont irréversibles, mais nous pouvons limiter leur progression"

INTERVIEW - Le réchauffement climatique s’accélère plus vite que prévu, selon le dernier rapport très alarmiste du Giec, dévoilé ce 9 août. La lutte contre le réchauffement doit se muscler au plus vite, même si des efforts ont déjà été engagés, analyse la climatologue Françoise Vimeux.

Le bilan dressé ce lundi 9 août au matin par le Giec, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l'ONU, est inédit : dans tous les scénarios envisagés par la cellule de spécialistes, la température mondiale devrait atteindre +1,5°C ou par rapport à l'ère préindustrielle autour de 2030, soit dix ans plus tôt que la précédente estimation du groupe il y a trois ans. 

Parallèlement, la montée du niveau de la mer poursuit sa course, et pourrait gagner environ 50 cm au XXIe siècle, voire près de 2 mètres d’ici à 2030 dans le pire des scénarios. Pour la climatologue Françoise Vimeux, directrice de Recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement, une prise de conscience internationale a déjà été amorcée, mais il faut aller plus loin désormais pour tenter d’enrayer le réchauffement climatique.

Le Giec considère que si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas radicalement réduites immédiatement, les +2°C seront dépassés au cours du siècle. Comment ce groupe analyse-t-il ce constat ?

Je n’ai pas le sentiment que les constats du dernier rapport du Giec soient plus alarmistes qu’avant. Les experts estiment que la trajectoire du réchauffement climatique sur laquelle nous sommes nous conduit à une augmentation de 3°C de plus d’ici à la fin du siècle par rapport à la fin du XIXe siècle, mais les effets du réchauffement climatique étaient déjà connus. Ce qui est inédit dans ce rapport, c’est l’urgence du changement : il faut agir immédiatement pour tenter de faire passer cette augmentation sous la barre des +1,5 °C ou +2°C. 

Ce qui est également inédit dans cet état des lieux, c’est le constat que ces changements climatiques déjà en cours vont désormais se généraliser. Aucune région du monde ne sera épargnée par leurs effets. Dans les tendances enregistrées, la température va grimper partout, tandis que les évènements extrêmes (comme les vagues de chaleur, inondations, sécheresses) vont gagner de plus en plus de régions, et être plus fréquents et plus intenses. Enfin en termes de valeur, des seuils de tolérance vont être dépassés dans certaines régions. Ce rapport annonce aussi pour la première fois de manière univoque que l’activité humaine est l’unique responsable du réchauffement climatique, tandis que le groupe s’en tenait à des probabilités de 90 à 95% environ auparavant. 

Les politiques en font-ils suffisamment pour freiner le phénomène de réchauffement climatique et atteindre les objectifs fixés par le Giec ?

Il est difficile de commenter l’ensemble des politiques, mais depuis les scénarios mis en avant dans l’état des lieux précédent du Giec, en 2013, il y a eu une véritable prise de conscience de la part des dirigeants du monde entier avec l’Accord de Paris. Le résumé du rapport pour les décideurs a été approuvé par l’ensemble des délégués des États, ils sont donc tous au courant. Mais des efforts restent, en effet, à faire : dans son dernier rapport publié en juin, le Haut Conseil pour le Climat considère que la politique de la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’est pas encore suffisante pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés dans le cadre de la Stratégie nationale bas carbone (La France s'est engagée à réduire ses émissions de CO2 de 40 % d'ici à 2030 par rapport à 1990, ndlr).

Si l’on parvenait à diminuer dès maintenant les émissions de gaz à effet de serre, les effets sur la température mondiale seraient perçus assez rapidement- La climatologue Françoise Vimeux

D’autant que, selon les experts, si l’on parvenait à diminuer dès maintenant les émissions de gaz à effet de serre, les effets sur la température mondiale seraient perçus assez rapidement, dans vingt ans environ. Quant à certains phénomènes, comme la montée du niveau de l’eau, il est déjà trop tard : ces changements climatiques sont irréversibles à l’échelle du siècle et du millénaire. Mais nous pouvons limiter leur progression.

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Au cours de l’année passée, la suspension de certaines activités économiques à cause de la crise sanitaire a entrainé une baisse de la pollution dans le monde. Faut-il imaginer des mesures aussi drastiques de freinage de la croissance pour espérer limiter le réchauffement climatique ?

Les confinements et les restrictions des échanges ne sont pas la solution, car l’impact sur la croissance économique est très fort. En revanche, ce que la crise sanitaire a révélé, c’est que nous avons besoin d’un nouveau système économique qui permette de réduire de la même façon l’impact environnemental des activités humaines. En 2020, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué de 7 à 8% : c’est sur ces chiffres qu’il faudrait s’aligner dans les années à venir, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 ou 2 °C à la fin du siècle. Plus précisément, selon les scénarios étudiés par le Giec, il faudrait diminuer de 45% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 pour limiter l’augmentation de la température dans l’atmosphère d’1,5°C à la fin du siècle. Pour l’objectif de +2°C, il faudrait réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Dans les deux cas, il faut viser la neutralité carbone pour 2050. 

Le rapport met également en lumière les conséquences néfastes de la concentration de plus en plus accrue de méthane dans l’atmosphère. La réduction de ces émissions est-elle une priorité ?

Le rapport insiste sur le fait que des gaz à effet de serre autres que le CO2 ont un impact fort sur l’environnement. Il est important de jouer sur plusieurs tableaux en réduisant l’émission de tous les gaz en même temps, car si l’on se concentre que sur l’un d’entre eux, c'est moins efficace. Cet enjeu est d’autant plus important que jusqu’alors, environ la moitié du CO2 rejeté dans l’atmosphère était absorbé par les océans et la végétation notamment, mais avec l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère, leur efficacité décline. Une récente étude a démontré que depuis une dizaine d’années, la forêt amazonienne expulse désormais plus de carbone qu’elle n’en absorbe, ce qui est alarmant.

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