"Je ne peux pas rester les bras croisés" : Yvan Bourgnon, le pari fou du voilier collecteur de plastique

"Je ne peux pas rester les bras croisés" : Yvan Bourgnon, le pari fou du voilier collecteur de plastique

ECOLOGIE – Le skipper franco-suisse Yvan Bourgnon a présenté la maquette définitive de son voilier, le Manta. Un géant des mers grâce auquel il compte débarrasser les océans du fléau du plastique. Il nous explique comment.

Voguer à nouveau sur une mer limpide et propre, Yvan Bourgnon y croit et veut tout faire pour y parvenir un jour. Avec "The Sea Cleaners", l’association qu’il a fondée en 2016, le navigateur franco-suisse vient tout juste de présenter la version définitive du Manta, un voilier long de 70 mètres et large de 49 mètres qui aura pour mission de ramasser les déchets plastiques qui prolifèrent dans l’océan. Entretien avec ce passionné de voile et engagé de premier plan dans la protection des fonds marins. 

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L’association "The Sea Cleaners" a mis au point un bateau, le Manta, qui va servir à dépolluer les océans. Notre cœur de cible est d’aller dans les embouchures des grands fleuves collecter les déchets, avant que ce plastique ne se disperse dans les océans. Le concept est simple : collecter le maximum de plastique, 5 à 10.000 tonnes par an, avec une technologie française nouvelle. Ce sont des tapis roulants entre deux coques d’un catamaran, qui vont coincer ces déchets et essayer de les faire remonter à l’intérieur. Et à l’intérieur du bateau, il y aura une vraie usine embarquée qui permettra de traiter quasiment 100% des déchets. Ces opérateurs vont trier les déchets plastiques, rejeter les déchets organiques à la mer et mettre de côté les déchets "spéciaux" comme les filets, les produits chimiques. Les déchets plastiques, eux, seront ensuite mis dans une pyrolyse et seront fondus pour être transformés en électricité. Ils serviront à alimenter directement les besoins électriques du Manta, qui a 20 marins à bord et 12 invités, dont 8 scientifiques. 

Qu’est-ce qui fait du Manta un bateau différent des autres ?

C’est un bateau propre. C’est avant tout un voilier avec une surface de 1.700 mètres carrés de voile et doté d’énergies renouvelables : éoliennes, panneaux solaires, hydrogène sous le bateau. Résultat, on a un bateau autonome à 75% en énergie. Cette autonomie énergétique d’un côté et cette autonomie dans le traitement des déchets de l’autre nous permet d’avoir une grande latitude pour pouvoir agir dans des régions comme l’Asie du Sud-Est, où il n’y a pas vraiment de solutions pour recycler et gérer le déchet. 

Quand est-ce que la mise à l'eau est prévue ? 

Aujourd’hui, on consulte les chantiers navals pour décider de qui construira le bateau. Fin 2022, on pourra commencer la construction qui va durer deux ans. En 2024, on le mettra à l’eau pour commencer ces opérations. On en appelle évidemment aux dons. Aujourd’hui, on a financé un tiers du projet. 

Quel est l'ampleur de la pollution aujourd'hui dans les océans ? 

C’est aujourd’hui une certitude, la pollution des océans tue 1,5 million d’animaux marins. C’est une catastrophe économique dans les régions touristiques comme la Thaïlande par exemple. C’est tout un écosystème qui est en danger et en 2050, on aura trois fois plus de plastique dans les océans qu’aujourd’hui. Des études cherchent à voir comment le plastique abîme notre corps humain, puisqu’il finit d’une manière ou d’une autre dans notre estomac. C’est donc une question qui ne se pose pas : on se doit d’aller protéger ces océans, qui représentent la moitié de l’oxygène qu’on respire, on se doit de protéger ces animaux marins et d’agir concrètement. Personne n’a envie de voir cet espace se dégrader aussi vite. 

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Nettoyer les océans avec un bateau... n’est-ce pas trop ambitieux ? 

C’est très ambitieux. Mais quand on sait que 400 bateaux comme le Manta peuvent enlever 30% de la pollution mondiale, on se dit que ce sont des chiffres plus qu’honorables. On ne se dit pas qu’on sera suffisant, il faut d’autres initiatives. Il faut des petits bateaux, des grands bateaux, des robots, des systèmes de boudins (barrages, ndlr) à la sortie des grands fleuves… Il faut plein de solutions et c'est comme ça qu'on réussira à éradiquer une partie du problème. Mais rester les bras croisés en se disant ‘on va ramasser une cuillère dans l’océan’, ça ne sert à rien. On sait que les grands fleuves sont les déversoirs de cette pollution. Il n’y a donc pas besoin de ratisser tous les océans, il suffit d’être à des endroits stratégiques, à la sortie des fleuves.

Vous naviguez depuis quasiment toujours, depuis l’âge de 8 ans. Diriez-vous que ça change votre rapport à l’environnement ? 

Quand on nait sur un bateau, qu'on y passe quatre ans de son enfance à faire le tour du monde, que les océans sont propres et qu'on découvre cette catastrophe 30 ans plus tard... Je fais le tour du monde avec mes parents dans les années 80 : pas un plastique dans les océans. 33 ans après, je fais le même tour du monde, je passe aux mêmes endroits avec mon petit catamaran et je me retrouve à naviguer dans des océans de plastique, à devoir décoincer du plastique en permanence. La différence, elle est claire, nette et précise. C’est notre génération la responsable : on a consommé plus de plastique depuis le début du siècle que le siècle dernier. Les océans, la mer, c’est toute ma vie, ça m’a enrichi, j’y ai appris l’école de la vie. Aujourd’hui quand je vois ce qu’on en a fait, ça ne peut que me révolter. Je ne peux pas rester les bras croisés.

400 bateaux comme le Manta peuvent enlever 30% de la pollution mondiale- Yvan Bourgnon

Dans un entretien à LCI, le navigateur Boris Herrman, très engagé lui aussi, affirmait que c’était une erreur de parler de réchauffement climatique. Et qu’il valait mieux parler de réchauffement des océans pour sensibiliser la population. Êtes-vous d’accord ? 

Tout à fait. Les scientifiques ont découvert récemment que le vrai poumon du monde était en fait l’océan, que c’était grâce à lui qu’on respirait. On se doit de le protéger. Si on n’a plus d’océan, le climat ne se régule plus et on court au drame. Et c’est vrai qu’il faudrait préciser ce qu’est le réchauffement climatique : le réchauffement des océans, c’est la première pierre dans le réchauffement des températures.

Le Manta doit être mis à l’eau en 2024. Quels sont vos projets d’ici-là ? 

Je reste un marin avant tout. Je suis d’un côté l’action du Manta mais je partage ma vie avec la voile. J’ai cette chance de naviguer avec mon fils, de faire de la transmission. C’est ce qu’ont fait mes parents il y a très longtemps, alors j’essaie de reproduire ça. Et puis, on a été champions d’Europe il y a deux ans donc on vise le championnat du monde cette année. C’est sympa de faire ce bout de chemin avec mon fils dans les compétitions.

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Devant l’urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d’avance, l’audace de croire qu’ils peuvent apporter leur pierre à l’édifice. Ils sont ce que l’on appelle des Changemakers.

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