La France, "4e pays le plus vert du monde" ? Prudence...

Les critères retenus dans ces travaux laissent perplexes les associations de défense de l'environnement.

DISCUTABLE - La majorité vante depuis plusieurs les résultats d'un classement qui met en avant la France comme le 4e pays le plus vert du monde. Problème : les critères méthodologiques retenus se révèlent hautement discutables.

La revue MIT Technology Review a présenté ces derniers jours les résultats d'une étude réalisée par ses soins, et qui établit un classement des pays les plus "verts". La France y apparaît en bonne place, à une très honorable 4e position. Elle n'est devancée que par l'Islande, le Danemark et la Norvège. Une aubaine pour la majorité, qui a largement communiqué autour de ces résultats. "C’est un classement qui rend hommage à tous les efforts qui ont été faits en particulier dans cette mandature", a par exemple assuré la ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, Emmanuelle Wargon.

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Ce vendredi sur BFMTV, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique Amélie de Montchalin a elle aussi mis en avant cette distinction. "Ce n'est pas moi qui le dit, c'est les chercheurs du MIT", assure-t-elle, des gens "qui ont regardé ça de manière très neutre". Une déclaration pleine d'assurance, mais sans doute un brin présomptueuse. De fait, les critères retenus font jaser, accusés de ne retranscrire que très partiellement et de manière faussée l'action véritable des états qui s'engagent pour la protection de l'environnement.

Des choix qui laissent perplexe

Pour comprendre comment les chercheurs ont procédé, il faut se plonger dans la version complète de cet index. D'emblée, plusieurs éléments sont à souligner : le fait par exemple que seuls 76 pays aient été retenus, bien loin des 195 reconnus par l'ONU à l'échelle internationale. Dès lors, se présenter comme 4e au monde apparaît abusif. Il est par ailleurs intéressant de s'arrêter quelques instants sur le nom de cet index, "green future", que l'on traduira par "futur vert". Une appellation qui suggère que l'on se projette dans l'avenir, et qui traduit en réalité très bien l'état d'esprit de ce classement.

Plutôt que d'évaluer uniquement les résultats observables des politiques publiques environnementales, les chercheurs ont basé une bonne partie de leurs travaux sur les mesures annoncées et les pistes explorées par les différents pays pour agir en faveur d'un plus grand respect de l'environnement. 

Dès la préface, on peut lire que ce travail "mesure le degré d'orientation vers un avenir vert en réduisant les émissions de carbone, en développant des énergies propres, en innovant dans les secteurs verts et en préservant les ressources naturelles". On comprend alors en négatif qu'un pays dont l'action est aujourd'hui critiquable pourrait se voir plébiscité s'il met en place des politiques très volontaristes et s'il se fixe des objectifs ambitieux (même irréalistes).

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Quelques pages plus loin, la méthodologie retenue est présentée plus en détails. Elle permet de mieux comprendre la place occupée par la France puisqu'elle explique que les politiques publiques environnementales correspondent à elles-seules à 40% de la note finale. Notre 2e place dans ce domaine explique en grande partie le rang français général, mais repose sur des éléments largement prospectifs, avec une évaluation des objectifs annoncés ne s'accompagnant pas d'une analyse critique en matière de faisabilité. 

Ingénieure primée pour ses travaux sur la modélisation des conséquences économiques du changement climatique, Céline Guivarch a réagi à ce classement. Et sont jugement s'avère pour le moins sévère : "En tant que chercheuse, membre du Haut conseil pour le climat, auteure du prochain rapport du GIEC, je trouve l’utilisation de ce rapport inquiétant, et méprisant pour le travail de construction d’éléments robustes pour éclairer les débats auquel je participe avec tous mes collègues", a-t-elle lancé sur Twitter. 

Parmi les nombreux éléments problématiques, Céline Guivarch mentionne le fait que les émissions de gaz à effet de serre soient rapporté au PIB de chaque pays. "Ce qui compte pour l'effet sur le climat sont les émissions en absolu, non rapportées au PIB", se désole-t-elle.

Les associations remontées

L'empressement de responsables de la majorité à reprendre les conclusions de ce classement fait grincer des dents dans le milieu associatif. "On frôle la fake news", assure au Parisien une responsable d'Oxfam. Interrogé par LCI, Clément Sénéchal est quant à lui amer. Porte-parole climat de Greenpeace, il évoque une "faute politique", ne comprenant pas que "l'empreinte carbone du pays compte pour une part infime de la note, alors que c'est un sujet majeur". De la même manière, il déplore que les "émissions importées" ne soient pas prises en considération. 

"La France ne respecte pas les trajectoires fixées par la précédente majorité", note Clément Sénachal. "Pas plus qu'elle ne se donne les moyens d'atteindre les objectifs fixés par les Accords de Paris." On peut noter par ailleurs que notre pays apparaît à la traîne en ce qui concerne certains indicateurs. À commencer par  la transition énergétique, avec une médiocre 62e place sur 76. Le responsable de Greenpeace souhaiterait que le gouvernement se penche davantage sur les publications du Haut conseil pour le climat, qui glissait entre autres dans son dernier rapport que "la réduction des émissions de gaz à effet de serre continue à être trop lente et insuffisante pour permettre d’atteindre les budgets carbone actuels et futurs". Des remarques plus pertinentes à ses yeux que les "faits alternatifs aujourd'hui brandis pour maquiller l'inaction".

Le meilleur des cancres reste un cancre- Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France

Il faut rappeler qu'en février, le tribunal administratif de Paris avait reconnu la responsabilité de l’État français, jugeant "illégale" son inaction en matière climatique. Ce dernier a été condamné à verser un euro symbolique à plusieurs associations qui le poursuivaient, au titre du préjudice moral et pour ne pas s'être conformé aux engagements annoncés en matière de réduction des gaz à effet de serre. 

Pour mieux évaluer les mesures réellement prises par les différents pays, aucun indicateur ou étude n'apparaît irréprochable. Citons toutefois des sites tels que le "Climate action tracker" (en anglais), qui est alimenté par des données scientifiques et permet de mieux visualiser les indicateurs clés en matière de lutte contre le changement climatique. Il est jugé plus robuste par les associations. À l'échelle mondiale, force est de constater que les pays à agir de manière notable restent rares, et que les classements en tous gens doivent par principe être accueillis avec les précautions qui s'imposent. "Il faut bien se dire que le meilleur des cancres reste un cancre", souffle Clément Sénéchal.

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