La relance économique post-Covid, une occasion manquée pour la planète ?

February 13, 2020, Lavau-sur-Loire, ruines d'une usine à charbon

RELANCE VERTE ? – Si les mesures de confinement ont considérablement fait chuter les émissions mondiales de CO2 en 2020, la relance économique pourrait porter un sérieux coup à la lutte contre le réchauffement climatique.

Marquée par une pandémie et des mesures de restriction inédites, l’année 2020 a aussi connu des succès sur le terrain climatique. De ce point de vue, les bénéfices du confinement sont indéniables, comme le souligne le Global Carbon Project. Dans son rapport du 10 décembre, le consortium international composé de 86 chercheurs prévoit une baisse record de 7% des émissions mondiales de C02 pour cette année, qui "devraient diminuer d'environ 2,4 milliards de tonnes".  

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Transport, industrie... moins d'émissions polluantes pendant le confinement

Ainsi, c’est le secteur des transports, l’un des plus polluants (21% des émissions mondiales), qui a réduit de moitié ses émissions en 2020, soit la plus forte baisse enregistrée. "Début décembre 2020, les émissions du transport routier et de l'aviation étaient encore inférieures à leurs niveaux de décembre 2019, d'environ 10 % et 40 %", observe en particulier le Global Carbon Project. Vient ensuite l’industrie, responsable de 22% des émissions dans le monde, qui a diminué ses émissions de 30% "dans les pays au plus fort des confinements". Les émissions rejetées par la production d’électricité (44% des émissions) ont été réduites de 15% et le secteur du bâtiment, lui, n’a pas baissé significativement ses émissions de CO2 cette année. "La diminution des émissions en 2020 semble plus prononcée aux États-Unis (-12 %1 ), dans l'UE-27 (-11 %) et en Inde (-9 %)", avance encore l’organisation, mais "moins prononcée en Chine (-1,7 %), où les mesures de restriction ont été prises au début de l'année et ont été plus limitées dans le temps". 

...mais une relance qui s'annonce trop grise

Après cette forte baisse provoquée par la crise sanitaire, qu'en sera-t-il de la reprise ? Les plans de relance économique vont-ils faire la part belle aux énergies vertes ou - dans l'urgence - redonner plus de poids aux énergies fossile ? Les premières études penchent plutôt pour le 2e scénarios. 14 instituts de recherche se sont ainsi attelés à étudier les différents plans de relance des Etats les plus développés et leur conclusion est loin d’être réjouissante. Sous le projet Energy Policy Tracker, ces derniers observent que les pays du G20 ont annoncé au moins 234 milliards de dollars d’investissement dans les énergies fossiles, contre 151 milliards dans les énergies propres. "Ces dépenses à grandes échelle façonneront l’économie mondiale pour les décennies à venir. Elles pourraient générer des désastres climatiques insupportables, ou créer une économie saine portée par une économie propre", préviennent ces 14 instituts. 

La Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, a ainsi acté au premier semestre la construction de l’équivalent de 17 gigawatts de centrales à charbon, bien plus que sur les deux années précédentes. "Le charbon n’a pas sa place dans la relance", a alors prévenu en juillet le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. Les Nations Unies ont averti les dirigeants des dangers environnementaux qu’engendreraient de mauvais choix politiques. Selon le Production Gap Report de l'ONU Environnement (PNUE), "les réponses des gouvernements ont eu tendance à intensifier les modèles existant avant la pandémie : ceux qui subventionnaient massivement les énergies fossiles ont accru leur soutien, et ceux qui avaient des engagements plus forts envers les énergies propres utilisent la relance pour accélérer cette transition".

Quant aux Etats-Unis, deuxième pays le plus émetteur de gaz à effet de serre, ils ont alloué environ 70 milliards de dollars aux énergies fossiles. Un investissement qui pourrait toutefois être revu à la baisse suite à l’élection du Joe Biden à la Maison Blanche. Ainsi, le candidat démocrate en campagne avait promis 2 000 milliards de dollars sur quatre ans pour les infrastructures bas carbone. 

 Dans un entretien à LCI réalisé après le 1er confinement, François Gemenne, chercheur membre du GIEC craignait qu’à l’occasion des plans de relance, "on ne prolonge la vie de l’énergie fossile pour quelques années encore et on ne renvoie à plus tard toute une série de préoccupations pour le climat". Les premiers chiffres semblent donc lui donner raison. Pourtant l’urgence est réelle pour entrer dans les clous de l’Accord de Paris, qui veut limiter la hausse de la température mondiale à 1,5°C avant 2100 : en dépit de cette chute historique des émissions de CO2, le monde se dirige toujours vers un réchauffement de plus de 3°C d’ici la fin du siècle, selon l’ONU.

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