Limiter la vitesse des véhicules à 30 km/h en ville fait-il augmenter la pollution ?

Limiter la vitesse des véhicules à 30 km/h en ville fait-il augmenter la pollution ?

VITESSE - Les résultats d'une étude officielle laissent à penser que réduire la vitesse en ville de 50 à 30 km/h augmenterait la pollution. Les auteurs mettent toutefois en garde contre des conclusions hâtives.

Annoncée, la limitation de la vitesse des véhicules à 30 km/h est entrée en vigueur à Paris ce lundi 30 août, à l'exception de quelques axes. La capitale imite donc une initiative déjà en place dans des villes comme Grenoble, cherchant à réduire la place de la voiture dans l'espace urbain ainsi que les nuisances qui lui sont liées. Un objectif louable, mais qui pourrait se traduire par des effets contre-productifs. C'est en tout cas ce que suggèrent divers observateurs à la lecture d'un rapport officiel établissant que rouler à 30 plutôt qu'à 50 km/h augmente la pollution.

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"30 km/h en ville, la promesse d’une pollution aggravée", peut-on notamment lire parmi les titres de presse qui ont mis en avant ces travaux. Une présentation trompeuse puisque l'étude citée compare des véhicules qui se déplacent à vitesse constante, ce qui n'est pas du tout le cas dans les agglomérations. Les auteurs mettent d'ailleurs en garde et précisent que leurs observations ne permettent pas de se prononcer sur l'impact des zones limitées à 30 km/h.

Une question de méthodologie

L'étude au centre de l'attention ces derniers jours a été publiée le 17 août par le Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema). Réalisés pour le compte de la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM), ces travaux devaient permettre d’évaluer avec précision les facteurs susceptibles d'avoir un impact sur les émissions polluantes et gaz à effet de serre. La vitesse, logiquement, a fait partie de ces facteurs, et la courbe suivante montre l'évolution des émissions de CO2 selon l'allure du véhicule.

La courbe bleue met en évidence le fait que c'est à 60 km/h que les émissions sont les plus faibles, "avec des valeurs quasi égales à 70 km/h", note le Cerema. À 30 km/h, la consommation et les émissions sont en revanche "sensiblement les mêmes qu’à 110 km/h" et s'avèrent par ailleurs supérieures à celles enregistrées à 50 km/h. Les autres courbes, quant à elles, mettent en évidence les projections pour les décennies à venir, avec des améliorations obtenues grâce au renforcement de la législation et aux progrès des constructeurs en matière de réduction des polluants émis.

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Se fier à ces graphiques ne permet pourtant pas d'affirmer que la pollution va augmenter à Paris ou dans d'autres villes si l'on abaisse la vitesse des véhicules à 30 km/h. Et pour cause :  les résultats, dixit le Cerema, "ne sauraient être assimilés à des conditions de circulation à vitesse constante, ni à des conditions de circulation dans des zones à vitesses limites autorisées". Et de rappeler que "le premier facteur influençant les émissions n’est pas la vitesse mais l’accélération". Les auteurs insistent dans un passage mis en gras sur le fait qu'avec ces considérations "on ne peut pas conclure que des vitesses limitées à 30 km/h sont nécessairement plus négatives en termes d’émissions que des vitesses à 50 km/h". Ces remarques figurent dans un document annexe au rapport, chargé de présenter les "enjeux et limites" des travaux tout autant que d'éviter des conclusions trop hâtives à la lecture des chiffres.

Notons que le Cerema détaille les enjeux centraux qui accompagnent la mise en place de limitations à 30 km/h. Plutôt que de réduire les émissions en modifiant la vitesse autorisée, il s'agit avant tout de "limiter les phases d’accélération [...] ce qui est aussi bénéfique pour les émissions de bruit", tout en accompagnant "un report modal massif des trajets de courtes distances réalisés en voiture à moteur thermique, remplacés par des modes sobres ou moins émissifs comme la marche, le vélo ou les transports en commun".

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