Nathan Métenier, conseiller climat à l'ONU : "Les jeunes n'ont pas encore leur place dans les processus décisionnels"

Les catastrophes naturelles devraient se multiplier et s'intensifier dans les années à venir selon le GIEC. Selon son dernier rapport, le réchauffement de la planète pourrait être de 1,5 degré en 2030, soit dix ans plus tôt que prévu.

INTERVIEW - À l'image de Greta Thunberg, Nathan Métenier fait partie de la nouvelle vague des activistes pour la défense de l'environnement. Âgé de 22 ans, cet isérois est aujourd'hui l'un des jeunes conseillers climat du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Nous l'avons rencontré à Paris.

À 22 ans, il murmure déjà à l'oreille du secrétaire général de l'ONU. Avec six autres jeunes issus du Soudan, de la Moldavie, des États-Unis ou encore du Brésil, Nathan Métenier a été sélectionné en 2020 pour conseiller Antonio Guterres sur les questions environnementales. Tous les trois mois, ce dernier les reçoit pour fournir "des perspectives, des idées et des solutions qui nous aideront à intensifier l’action en faveur du climat", selon ses mots.

Au-delà de cette casquette de conseiller, l'activiste est depuis 2019 le porte-parole de Youth and Environment Europe, un réseau de jeunes sur le climat en Europe et le cofondateur de Generation Climate Europe, une coalition d’organisations de jeunes qui se battent sur les questions environnementales. À côté de ces engagements, Nathan Métenier est aussi étudiant à temps partiel à la London School of Economics. Lors d'un forum sur le climat organisé à Paris en septembre, nous avons pu le rencontrer et échanger sur son parcours et sa vision de la place des jeunes dans la lutte contre le changement climatique.

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Comment passe-t-on de militant écolo à conseiller climat à l'ONU ?

Ma conscience écologique est née très tôt, au contact de la nature. Je suis originaire des Alpes, où le climat est deux fois plus fou qu’ailleurs. On voit les montagnes qui commencent à s’effriter, la mer de glace se réduire d'année en année. Et ça, c’est quelque chose que j’ai pu observer à l’échelle de ma vie. Et puis quand j'ai eu 15 ans, il y a eu la COP21. J'ai monté une semaine pour le climat dans mon lycée et c’est comme ça que tout a démarré. 

Puis en 2019, alors que je faisais beaucoup de choses au niveau local, le mouvement des jeunes pour le climat a démarré et ça a été un déclic. J'ai réalisé que ce que je faisais, d’autres jeunes le faisaient partout dans le monde avec la même vigueur et la même envie. J'ai alors rejoint Youth and Environment Europe, qui est le plus grand réseau d’organisations de jeunes qui se battent sur les questions environnementales et de justice sociale partout en Europe. J'ai cofondé dans la foulée Generation Climate Europe.

C’est pour toutes ces différentes raisons que j’ai été sélectionné l’été dernier pour devenir l’un des sept jeunes conseillers du Secrétaire général des Nations Unies. Un mandat que j’ai pour encore un an.

Êtes-vous satisfait de ces rencontres avec Antonio Guterres ?

Nous avons pour l'instant fait 4 ou 5 réunions avec lui. Je pense que nous sommes écoutés - c'est en tout cas le sentiment que j'ai - mais ça ne se traduit pas forcément par des actes. J'explique cela par le fait que les institutions et les structures qui ont été créées sont organisées en "silos", sans que cela permette une vraie réflexion globale. En décembre, nous avons par exemple reçu la stratégie climat du secrétaire général des Nations Unies et ça ne parlait que d’adaptation : comment on peut s’adapter aujourd’hui aux effets du changement climatique grâce à la construction de digues, à la limitation de l’urbanisation, grâce à la finance… Et nous leur avons dit que ça n’était pas possible, qu’il n’y ait rien sur la biodiversité, sur l’importance des océans, etc.

Si Antonio Guterres est un véritable allié et qu'il ne fait aucun doute que nous travaillons ensemble pour aller vers les mêmes objectifs, je pense qu'il manque de perspectives. Il ne fait pas toutes les connexions nécessaires. Quand il parle du climat, il ne parle pas suffisamment de la biodiversité ou de justice sociale. Car tous ces sujets vont de pair. Bien souvent, les politiques d’objectif de réduction de CO2 par exemple, sont faites sans penser à l'aspect de la justice sociale. Pourtant, c’est vraiment important parce qu'il ne faut laisser personne de côté. Quand on créé de grands espaces de protection de la nature où toute habitation humaine est interdite, on ne peut pas faire abstraction du fait qu’il y a des populations autochtones qui y vivent depuis des millénaires. Oui ils coupent des arbres, oui ils font des feux, mais ils savent le faire en respectant la nature.

Pour casser cette organisation en silos, je suis convaincu que cela peut se faire en mettant des voix différentes au pouvoir : les jeunes, parce que ce sont eux qui devront assumer demain les décisions prises aujourd'hui, ceux qui vivent les changements climatiques et qui souffrent de la pollution au quotidien, ou encore des personnes issues de minorités. Il faudrait que l'on puisse autant entendre les populations autochtones en Afrique, en Laponie, que ceux qui habitent au bord du périphérique parisien. Il est essentiel d’avoir ces gens au pouvoir.

Pensez-vous que les jeunes occupent aujourd'hui une réelle place dans la lutte pour le climat ?

De façon générale, j'ai l'impression que les jeunes n'ont pas encore leur place dans les processus décisionnels. La réalité, c'est que nous sommes souvent inclus pour faire beau, pour faire un tweet, etc. Et je trouve que les meilleures réunions que nous pouvons faire avec des décideurs sont celles où ils ne tweetent pas dans la foulée avec une photo avec nous.

En revanche, je pense que l’un des plus grands pouvoirs que nous ayons, c’est que nous sommes les enfants d’une génération qui est au pouvoir aujourd’hui. Pourquoi Valérie Pécresse fait sa mue sur les questions écologiques ? Parce qu’elle a des enfants à la maison qui lui martèlent l'importance de ces questions. Pourquoi Frans Timmermans, vice-président au climat de la Commission européenne, s’est mis à se bouger les fesses ? Parce qu’il a des enfants à la maison. Pour Ursula Van der Leyen, c’est pareil : sa fille est dans mon école à Londres et je sais qu'elle lui parle souvent de l'urgence climatique.

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Le mouvement des jeunes pour le climat a permis d’apporter la question du climat le dimanche soir à table. Et ça ça a forcément un rôle énorme. Je suis par exemple certain qu’une transition écologique et sociale telle qu'elle est matérialisée par le pacte vert européen notamment n'aurait pu exister sans cette mobilisation.

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