"On ne connaît pas un quart de ses possibilités" : l'appel à agir pour la planète de la navigatrice Alexia Barrier

Alexia Barrier

INTERVIEW - La pollution dans les océans -qui vient essentiellement de terre- est toujours plus présente, constate Alexia Barrier. La navigatrice, ayant participé au Vendée Globe, appelle à renverser la machine pour préserver la planète. Elle répond aux questions de Sylvia Amicone.

Alexia Barrier a été l’une des six femmes à participer au Vendée Globe. Avec son bateau bien trop vieux, elle savait qu’elle ne pourrait jamais gagner cette course, mais le Vendée Globe lui a également permis de faire connaître son association 4MyPlanet*. Comme tous les marins, elle voit tous les jours les conséquences du réchauffement climatique et de la pollution sur les océans. Avec 4MyPlanet, elle a embarqué plus de 15.000 enfants dans ses aventures afin de les sensibiliser.

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Sylvia Amicone : On retiendra une phrase de votre conférence de presse dimanche 28 février : "Rien n’est impossible". Ça, c’est vraiment votre état d’esprit ? 

Alexia Barrier : Oui, tout à fait. Il faut croire en soi, croire en ses capacités. On ne connaît pas un quart de nos possibilités, donc ne jamais baisser les bras tant qu'on n'a pas tout tenté pour réussir. Et puis, je pense qu'il y a pas mal de monde qui pensait qu'on n'y arriverait pas avec mon bateau, qu'on ne bouclerait pas la boucle, qu'on ne terminerait pas et finalement, on l'a fait. Je suis vraiment satisfaite de ça. 

Qu'est-ce que vous avez appris ? 

J'ai appris que le corps et l'esprit humain sont absolument incroyables, j’ai également apprécié la chance que j'ai de vivre dans la nature au contact de la vie sauvage pendant 111 jours. C'est vraiment quelque chose qu'on ne peut pas vivre dans sa vie si on ne fait pas une course comme le Vendée Globe. Ne pas voir la Terre ni aucun être humain pendant cent jours, je peux vous dire que ça fait un bien fou. 

Votre bateau, le Pingouin, courait notamment avec les couleurs  de 4MyPlanet, c’est l'association que vous avez créée il y a plus de 10 ans, vous luttez pour la préservation des océans. J’imagine que depuis que vous naviguez, depuis l’enfance, vous réalisez une amplification des effets du réchauffement climatique ?

On réalise qu'il y a de plus en plus de macro-déchets visibles dans l'eau qui viennent de la terre. La pollution dans les océans vient de la terre, pas des bateaux qui jettent par-dessus bord des déchets. C'est le cycle de l'eau, cela vient des rivières, des centrales de traitement des déchets qui ne sont pas toujours efficaces ou parfois inexistantes dans certains pays. Il y a aussi une aggravation des phénomènes climatiques. Ce sont les courants marins qui sont modifiés à cause de l'impact humain, et cela crée des désastres climatiques. Et je pense que l'action avec 4MyPlanète aujourd'hui, c'est de dire qu’on peut agir. Il faut agir. Aujourd'hui, on a encore une dizaine d'années pour renverser la machine et faire en sorte qu'on reste sur une planète viable pour l'être humain. Parce que la planète nous survivra quoiqu'il arrive. On le voit avec la Covid, cette pandémie qui a surgi d'on ne sait où et d'autres pandémies sont en attente derrière. Si on ne garde pas un océan propre et une biodiversité, ça ne va pas fonctionner pour l'être humain. 

Vous racontez d'ailleurs que quand vous arrivez près d'une côte, vous vous en rendez compte parce que vous voyez du plastique ? 

Oui, il y a une dizaine d'années, quand j'arrivais près des côtes, je sentais l'odeur de la terre. Et maintenant, c'est la présence de macro-déchets qui me font dire que j'arrive près des côtes. C'est vraiment hyper stressant et c'est triste aussi.

On connaît mieux l'espace que l'océan, et c'est inadmissible ! Donc, il est temps de mettre les bouchées doubles pour l'océan- Alexia Barrier

Pendant cette course, vous avez réalisé des prélèvements avec des capteurs et des bouées. À quoi vont-ils servir ?

Ces prélèvements, ce sont des données : température, salinité, qui rentrent dans une banque mondiale de données accessible à tous les chercheurs et les étudiants qui observent l'océan, et cela vient en complément d'autres données. Ils servent aussi à étalonner des satellites européens qui observent l'océan. Ce que je fais, c'est une petite goutte d'eau dans l'océan, mais c'est très important pour les scientifiques, et c'est une grande satisfaction que de pouvoir se sentir un peu utile pour préserver notre terrain de jeu. Nous faisons cela aussi en partenariat avec l'Unesco : la "Décennie pour l'observation de l'océan" a démarré en janvier. Enfin, on a reconnu l'importance du besoin d'observer l'océan. On connaît mieux l'espace que l'océan, et c'est inadmissible ! Donc, il est temps de mettre les bouchées doubles pour l'océan. 

Avec votre association, vous vous focalisez sur des missions pédagogiques avec des enfants et leurs classes. Qu’est-ce qu’il faut mettre en place pour sensibiliser davantage les enfants, et faire d’eux des citoyens éclairés sur ces enjeux ?

Les enfants sont bien plus intelligents et faciles à convaincre que les adultes quand on parle de préservation de la planète. J'ai été très touchée parce qu'ils m’ont envoyé énormément de messages tous les jours. Je pense qu'ils sont conscients que pour être un adulte équilibré, il faut avoir un projet dans la vie. Il faut avoir un but, un objectif. Il faut être capable de prendre soin de soi et de son entourage avant de vouloir prendre soin de la planète. D'apprendre le respect de l'autre, le respect de soi, d'avoir confiance en soi. Et après, on peut s'occuper de la planète et ça devient absolument logique pour vivre en harmonie.

 

Que dites-vous à celles et ceux qui vous écoutent, qui ont envie d’agir mais qui ne savent pas comment ? 

Parlez-en autour de vous. Essayez de vous regrouper si vous avez des idées en commun avec des amis ou des connaissances pour échanger et trouver des associations auxquelles vous pouvez vous rallier pour agir. Si vous n'avez pas vraiment cette possibilité tout de suite, à cause de la crise sanitaire ou d'une situation géographique ou autre, vous pouvez agir au quotidien : arrêter de consommer du plastique, arrêter de gaspiller et arrêter aussi de consommer de la viande ou essayer d’en manger beaucoup moins. Bref, être un consommateur responsable. Ce n’est pas facile de changer ses habitudes, vous serez déjà un super héros si vous arrivez à faire cela. 

* https://4myplanet.org/

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Bienvenue dans le podcast "Impact positif", dédié à celles et ceux qui veulent changer la société et le monde. Devant l'urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d'avance, l'audace de croire qu'ils peuvent apporter leur pierre à l'édifice. Ils sont ce que l'on appelle des Changemakers.

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