Après les climato-sceptiques, voici les climato-optimistes

Après les climato-sceptiques, voici les climato-optimistes

ÉDITO - "Si on ne peut plus mentir sur la réalité dramatique de l’urgence climatique, essayons d’en minorer l’importance". Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, dénonce les nouvelles "attitudes irresponsables" des promoteurs de l'inaction face au réchauffement climatique.

Un document de travail non validé du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a circulé la semaine dernière dans les rédactions suite à sa publication par l’Agence France Presse. Dans ce brouillon préparatoire à la publication du 6ème rapport du GIEC en février 2022, les scientifiques font état de leurs observations sur l’évolution de la crise climatique, qui semblent être encore pires que celles des derniers travaux de 2014. Selon eux, les impacts dévastateurs du réchauffement sur la nature et l'humanité vont s'accélérer et devenir douloureusement palpables bien avant 2050, c’est-à-dire maintenant !

Très rapidement la machine médiatique s’est mise en branle pour dénoncer ces "informations inutilement alarmistes, sans fondement rationnel" et qui surtout ne prennent pas en compte tous les nombreux avantages associés au réchauffement. Rendez-vous compte, on va pouvoir faire pousser des légumes en Sibérie, planter des palmiers à Copenhague, faire du ski sur herbe en hiver, sortir en short en février, profiter des moustiques toute l’année, expérimenter des nouveaux virus, exploiter des nouveaux gisements d’hydrocarbures en Alaska… Quelle vie merveilleuse nous allons avoir avec le changement climatique, les vendeurs de parasols se frottent déjà les mains.

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C’est vrai que la posture du climato-scepticisme consistant à contester l’incontestable est devenue compliquée à tenir en société. Qu’à cela ne tienne, si on ne peut plus mentir sur la réalité dramatique de l’urgence climatique, essayons d’en minorer l’importance : bienvenue aux climato-optimistes qui sont très efficaces face caméra ou à la pointe de leur clavier pour, eux aussi, contribuer à retarder encore les mesures qu’il faudrait prendre pour éviter le chaos ! En effet, pourquoi faire des efforts pour diminuer les émissions de CO2 si un surcroit de pollution ne peut qu’améliorer notre qualité de vie ? 

Il y a deux causes à cette attitude irresponsable. La première est l’ignorance des phénomènes en question, qui sont d’une telle complexité, qu’un long apprentissage est nécessaire pour en comprendre les imbrications. La seconde excuse est plus pernicieuse : il s’agit de la croyance imperturbable en la pensée économique dominante, qui agit comme une certitude apaisante et contribue à nourrir le déni. 

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Revenons à ce "brouillon" prétendument pessimiste des scientifiques. Il précise d’ores et déjà que dépasser +1,5°C de réchauffement moyen à l’horizon 2100 pourrait entraîner "des conséquences graves, pendant des siècles, et parfois irréversibles" sur les organismes vivants qui n’auront pas le temps de s’adapter, comme les coraux, dont un demi-milliard de personnes dépendent pour vivre. Oui, la phrase est au conditionnel et peut-être le rapport sera-t-il affiné à la marge. Mais, alors que nous sommes déjà à 1,2° degré de réchauffement moyen, qui peut encore croire que nous ne dépasserons pas les 1,5°C dès 2030, soit…. 70 ans avant l’échéance ? Est-ce pessimiste de dire cela ou tout simplement réaliste ? Comme le prédit (eh oui, une prédiction…) le rapport, même en limitant la hausse à 2°C, jusqu'à 80 millions de personnes supplémentaires souffriront de la faim d'ici à 2050. Et certains de minimiser l’importance d’une telle nouvelle en soutenant, sans honte, que le phénomène sera "localisé" - ce que l’on peut traduire par : "sans aucune importance puisque cela ne concernera pas ma famille". Mais la factuelle réalité est tout autre, les émissions de CO2 actuelles de l’humanité nous emmènent vers le scénario RCP8.5, c’est-à-dire le pire modélisé par le GIEC qui prévoit un réchauffement de…. 4 à 7°C d’ici la fin du siècle. Comment ne pas réaliser qu’aucune région du monde ne sera épargnée. 

 

Pas la peine de pointer du doigt l’Inde ou la Chine comme pollueurs devant agir avant nous, comme le font plus ou moins habilement certains promoteurs de l’inaction. Rappelons que leur empreinte carbone par habitant est une fraction de la nôtre. En tant que pays "développés", nous nous devons de montrer l’exemple et d’exporter nos bonnes pratiques – y compris auprès de nos fournisseurs à l’autre bout du monde, puisque nous sommes leurs donneurs d’ordres, puisqu’ils produisent pour nous… Un jour prochain, les mêmes climato-optimistes iront jusqu’à attaquer les scientifiques de ne pas nous avoir suffisamment alertés. En attendant, rappelons également que, parmi les victimes collatérales de l’inaction climatique figurent la justice sociale et la démocratie.

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