Séisme d'origine humaine en Alsace ce vendredi : d'autres secousses à prévoir

Une façade fissurée à cause de forages géothermiques réalisées à Staufen-en-Breisgau, en Allemagne, en 2008

SECOUSSES – Deux séismes ont été ressentis dans l’agglomération de Strasbourg ce vendredi matin, selon le Réseau national de surveillance sismique. Ils ont pour origine des tests effectués sur un site de géothermie à 10 km de la ville.

Ce vendredi 4 décembre, les Strasbourgeois ont eu un droit à un réveil agité, provoqué par des secousses ressenties dans le centre-ville et jusque dans les communes avoisinantes de Reichstett et d’Ostwald. En effet, un séisme de magnitude 3,5 sur l’échelle de Richter a été enregistré à 6h59 par le Réseau national de surveillance sismique, le Rénass, et rapidement catégorisé d’événement "induit", c’est-à-dire provoqué par l’activité humaine. Un autre tremblement a rapidement suivi, celui-ci de magnitude 2,8. Il n’en a pas fallu davantage pour que sur Twitter, des riverains fassent tout de suite le lien avec la centrale de géothermie profonde, située à Vendenheim, à 10 km au nord de Strasbourg. "Le réseau national de surveillance sismique confirme que le séisme de #Strasbourg n’a pas de cause naturelle. C’est donc bien la géothermie qui a provoqué ce tremblement de terre", affirme un habitant, tandis qu’une autre s’agace : "Super le réveil tremblement de terre ce matin. Strasbourg on arrête les forages svp ?"

Deux séismes qui en rappellent d'autres

Contacté par LCI, Jean Schmittbuhl, directeur de recherche en sismologie au CNRS travaillant avec le Rénass, confirme le lien direct entre le site de géothermie de la société Fonroche et ces tremblements de terre - lien reconnu d’ailleurs par Fonroche (lire plus bas) : "Le séisme est localisé sous le puits nord de Fonroche et a des similitudes très grandes avec les événements ressentis ces dernières semaines. La faille sur laquelle ça s’est passée est la même que pour les événements précédents". En effet, plusieurs secousses ont été observées récemment à Strasbourg et ses alentours, dont cinq d’une magnitude supérieure à 2 sur l’échelle de Richter, selon le chercheur. 

Le sujet n’est pas neuf pour les Alsaciens puisque la centrale de Fonroche a été contrainte par le passé d’arrêter ses activités en raison d’un tremblement de terre de magnitude 3,2, survenu le 12 novembre 201. À l’époque, Fonroche n’avait constaté "aucun lien" entre le séisme et ses activités, expliquant que le puits de géothermie était "à l’arrêt depuis le 8 novembre au matin". D’après Jean Schmittbuhl, en désaccord avec l’entreprise sur ce dernier point, la secousse de l'an dernier est à différencier des plus récentes : "En novembre 2019, le système était visiblement très proche de l’instabilité et une petite perturbation, causée par l’activité Fonroche, a été la petite goutte qui a fait déborder le vase. Ici, c’est une mise en pression au niveau des failles en profondeur, comparable au phénomène d’aquaplanning". Autrement dit, les activités de la centrale ont pu provoquer le séisme du 12 novembre 2019 mais n’en sont probablement pas les seules responsables, à la différence d’aujourd’hui. 

Des secousses provoquées par la pression de l'eau

Si l’on revient à ces récentes secousses à répétition, elles n’ont rien n’anodin et surviennent depuis la relance de l’activité partielle du site de Fonroche au mois d’octobre. L’entreprise effectue des "tests de traçage" visant selon elle "à étudier les conditions de circulation de l’eau géothermale entre les deux jambes du puits dans le réservoir naturel de la roche". Concrètement, "Fonroche puise de l’eau dans un puits situé au Sud et la réinjecte sous pression dans un autre situé au Nord", résume Jean Schmittbuhl. Ce serait donc cette pression qui créerait l’activité sismique enregistrée par le Rénass depuis plusieurs semaines. Ainsi, deux tremblements de terre ont été observés dans la nuit du 27 au 28 octobre et ont conduit les autorités à suspendre les tests menée par Fonroche. Dans un communiqué du 28 octobre, la préfecture du Bas-Rhin indique que les mesures de traçage "seront achevées le 29 octobre à 12h" et que "la poursuite du test de traçage est suspendue. Sa reprise est conditionnée à une analyse des événements sismiques de ce jour et à l’avis du comité d’experts". 

D’autres tremblements de terre à prévoir

Deux autres séismes ont pourtant été constatés au-delà du 29 octobre, les 5 et 8 novembre, sans compter ceux de ce 4 décembre, d’une intensité bien plus forte. "On ne peut pas arrêter d’un coup, on baisse tout doucement la pression et c’est cette procédure qui a entrainé des séismes il y a quelques semaines", précise à LCI la préfecture du Bas-Rhin. Elle indique qu’à ce jour, "il n’y a plus aucune opération autre que la mise à l’arrêt pour mettre en sécurité le doublet géothermique". Une communication qui ne convainc pas Jean Schmittbuhl : "Ils avaient annoncé avoir mis le système à l’arrêt mais ce n’était pas le cas, on le voit bien aujourd’hui". 

Ce vendredi 4 décembre, Fonroche a admis être responsable de ces nouveaux séismes, selon un porte-parole à l’AFP, en précisant toutefois dans un communiqué que "cet épisode s’est produit alors que le test de traçage est toujours suspendu". La société a annoncé l’arrêt total de la circulation d'eau dans les puits, "sur environ un mois à compter de ce jour" et a prévenu que d’autres tremblements de terre étaient à prévoir "dans le court terme jusqu’à la stabilisation". "La difficulté, c’est qu’il faut travailler visiblement à des pressions plus faibles", estime de son côté Jean Schmittbuh. "Il faudrait que Fonroche communique sur ces pressions. Il communique sur les débits mais pas sur les pressions. Ça mettrait tout le monde d’accord."

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