Sur les marchés financiers, des obligations vertes encore perfectibles

Sur les marchés financiers, des obligations vertes encore perfectibles

FINANCE VERTE - Partenaire du Prix Jeunes pour l’Environnement avec EpE, LCI vous éclaire pendant un mois autour de la thématique "La finance, accélérateur de la transition écologique" - De plus en plus d’obligations vertes soutiennent des projets écologiques sur les marchés financiers. Peu régulées, il reste parfois difficile d’attester précisément ce qu’elles financent.

Dis-moi ce que tu achètes et je te dirais ce que ton argent finance. Sur les marchés, la confiance fait foi : un client prête de l’argent à un émetteur pour l’aider à réaliser un projet encore en friche. On parle d’obligation. Elle se verdit lorsque l’instrument de dette émis par une entreprise (au capital élevé, banque ou fournisseur d’énergie par exemple), ou une entité publique (ville, région, gouvernement, banque de développement, etc.), sert à financer uniquement des projets protégeant l’environnement. L’émetteur rembourse ensuite les investisseurs à un taux et dans un délai convenu à l’avance.

En l’occurrence, la principale différence avec l’obligation classique se trouve dans les engagements pris par l’émetteur sur l’utilisation des fonds. Ceux-ci doivent obligatoirement soutenir des réalisations écologiques : protection de la biodiversité, lutte contre le réchauffement climatique, transition énergétique, etc. Pour les émetteurs, l’objectif consiste tant à financer un projet vert qu’à consolider sa réputation bienveillante envers la planète.

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Lente montée en puissance des obligations vertes

La Banque Mondiale a imaginé l’expression "obligation verte" dès 2008 lors du lancement de son "Cadre stratégique pour le développement et le changement climatique". "La première obligation verte a marqué l’histoire de la finance en modifiant fondamentalement les modes de collaboration entre investisseurs, spécialistes du développement, responsables politiques et scientifiques", analyse, dix ans plus tard, l’organisation internationale sur son site.

Le marché des obligations vertes a connu une forte croissance ces dernières années. Il est passé de 2,6 milliards de dollars d’obligations émises en 2012 à 258,9 milliards en 2019 selon le Climate Bond Initiative. Depuis, le cap des mille milliards de dollars a été franchi. En 2020, plus de 220 milliards de dollars d’obligations vertes ont été émis, un léger recul par rapport à 2019 dû à la pandémie du Coronavirus. Beaucoup d’émetteurs ont reporté leurs projets.

Depuis fin 2016, au tour des États d’émettre des obligations vertes. Pour sa première émission de "green bonds", en 2017, la France a levé 7 milliards d'euros pour une échéance de 22 ans. Ces fonds permettent de financer la rénovation thermique des logements, les transports urbains ou encore des éco technologies innovantes. Quelques semaines auparavant, la Pologne devenait le premier pays à émettre une obligation verte. Aujourd’hui, la Chine représente à peu près un tiers des émissions vertes avec une bonne part réalisée par des entités non gouvernementales. Paris arrive juste derrière, à égalité avec Washington et Stockholm. Environ les deux tiers des émissions françaises sont proposés par des organisations non gouvernementales.

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Principe du volontariat toujours en débat

Pour certifier ces obligations vertes, la réglementation a beaucoup évolué. L’Accord mondial sur le climat de Paris, signé fin 2015, y a mis un coup de fouet. Les émetteurs doivent désormais faire authentifier les fonds verts émis, grâce à des audits indépendants, pour vérifier leur impact social et environnemental.

Une principale norme internationale peut certifier l’intégrité du label "Green" attribué à une obligation : il s’agit de Green Bond. Élaboré par l’International Capital Market Association, Cette norme définit la manière dont l’émetteur doit communiquer sur son processus de sélection et d’évaluation des projets financés, sa gestion des fonds pendant la durée de vie de l’obligation et sur l’affectation périodique de ces fonds et leurs impacts environnementaux. Il en existe d’autres, à l’image du Climate Bond Standard, publié par la Climate Bond Initiative, ou des normes régionales.

Il faut néanmoins noter que la transparence initiée par les nouvelles législations manque de contrôle a posteriori. Les émetteurs ont ainsi progressivement mis en place leurs propres standards et laissent les marchés financiers s’y conformer. Anne Claire Roux, directrice de la plateforme Finance for Tomorrow, assure que la plupart des gros émetteurs s’engagent à appliquer ces standards jugés exigeants : "Les investisseurs apprécient la certification des obligations par des agences de notation ou d’autres organismes indépendants. Ces standards deviennent efficaces si les obligations certifiées atteignent suffisamment de volume sur les marchés. Même si les émetteurs le font sur du volontariat, si tout le monde s’y met les acteurs ne pourront plus se permettre de s’en passer."

Les émetteurs se cantonnent à des règles de bonnes pratiques, sans objectif ni impératif. Les lois sur la transparence ne leur imposent pas de transmettre des données concrètes et communes. Les émetteurs choisissent souvent les données qu’ils veulent bien retranscrire dans leur "reporting". La définition peu claire des produits verts finançables leur laisse beaucoup d’interprétation. L’extension de l’aéroport de Mexico a ainsi en partie été financée par des obligations vertes. L’argument avancé par les autorités : l’aéroport deviendra neutre en énergie avec ces travaux. Il pourra surtout accueillir deux fois plus de passagers. "Si les acteurs bénéficient d’une part d’un flou réglementaire permettant l’émergence de nouveaux instruments, ils souffrent de l’autre d’un risque d’image, en l’absence de définition juridique précise des dépenses finançables", regrette la Caisse des dépôts.

Les obligations vertes ne représentent aujourd’hui qu’une goutte d’eau. Plus grave, les risques de greenwashing, soit le financement d’une activité verte pour compenser une opération polluante, restent difficiles à quantifier. Pour financer la transition énergétique, limiter les dégâts d’un réchauffement climatique ou encore préserver la biodiversité, les institutions internationales estiment les besoins financiers à 3 à 5 % du PIB mondial.

Comme chaque année depuis 16 ans, Entreprises pour l’Environnement (EpE), LCI (anciennement Metronews) et les sponsors du Prix lancent leur appel à projets pour le Prix Jeunes pour l’Environnement doté de plus de 15 000 €. Cette année, les moins de 30 ans sont invités à formuler des idées concrètes et inédites en répondant à la problématique suivante : "La finance, accélérateur de la transition écologique" ou comment les acteurs financiers peuvent-ils influencer leurs parties prenantes pour accélérer la transition écologique ? Les propositions (innovations dans les produits, services, épargne, sensibilisation des clients particuliers, dialogue actionnarial pour les entreprises…) pourraient stimuler la transition conjointe des acteurs financiers et de leurs parties prenantes. Dépôt des dossiers jusqu’au 15 mars 2021.

Pour plus de précisions, rendez-vous sur le site dédié ou la page Facebook.

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Devant l’urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d’avance, l’audace de croire qu’ils peuvent apporter leur pierre à l’édifice. Ils sont ce que l’on appelle des Changemakers.

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