Urgence climatique : la diplomatie est morte, vive le droit !

Une marche pour le climat à Tel Aviv, le 29 octobre 2021.

ÉDITO - Et si, face à l'inaction des dirigeants contre les dérèglements climatiques, le droit devenait la solution pour sortir de l’impasse ? Fabrice Bonnifet, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, tire les leçons du bilan plus que mitigé de la COP26.

On ne s’attendait à rien pour cette 26ème COP à Glasgow, et on a été déçu quand même ! Résumons. Les Chefs d’État du monde devaient se ré-ré-ré-engager (comme depuis la première COP il y a 25 ans) pour une baisse de 45% des émissions de gaz à effet de serre planétaire d’ici 2030 (Accord de Paris). Nous aurons droit à la place, si rien ne change d’ici là, une augmentation de 16%, soit une projection de + 2,7°C a minima à l’horizon 2100. Bref, un génocide programmé pour la biodiversité, y compris nous-mêmes. Cela en dit long sur la valeur de la parole politique. 

Résultat final de cette édition 2021 de la COP, nos élites dirigeantes sont instamment invitées, dans l’accord final signé dans la douleur samedi 13 novembre, à ré-ré-ré-hausser leurs objectifs d’ici fin 2022, pour enfin se conformer à la science, qui nous adjure de stopper l’exploitation des énergies fossiles immédiatement, à commencer par la plus sale d’entre elles : le charbon ! À noter que ceux qui essaient de faire passer le gaz naturel pour une énergie fossile propre est une imposture de premier ordre. Le "gaz naturel" est juste moins émissif par unité de production que le "charbon naturel", mais il n’en reste pas moins une énergie fossile sale qui contribue, comme le "pétrole naturel", au réchauffement climatique. 

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En fait, plus on attend pour enfin commencer à faire baisser effectivement le CO2, plus il faudra faire d’efforts. La chansonnette des COP, c’est plus je recule moins vite avant d’agir, moins j’avance plus loin dans la responsabilité. Bon, OK, il y a eu aussi quelques avancées à Glasgow sur le sujet du méthane et sur l’arrêt, un jour ou l’autre, de la déforestation, ainsi que sur la "diminution programmée" du recours au sinistre charbon. Terrible sémantique des accords internationaux pour traduire leur impuissance. Sans compter que les engagements de neutralité carbone à 2050 des principaux pays pollueurs, aussi ambitieux que fantaisistes du fait des biais méthodologiques, ne s’appuient sur aucun système de vérification. 

Fermez le ban, il va falloir inventer autre chose que les COP pour sauver l’humanité- Fabrice Bonnifet

Pire, dans un article du Washington Post du 7 novembre, des experts ont relevé que les engagements climatiques s’appuient sur des données erronées. Autrement dit, nombre de pays sous-déclarent leurs émissions de gaz à effet de serre dans leurs rapports aux Nations Unies : "Un examen de 196 rapports de pays révèle un écart énorme entre ce que les pays déclarent être leurs émissions et les gaz à effet de serre qu’ils envoient réellement dans l’atmosphère. L’écart global varie d’au moins 8,5 milliards à 13,3 milliards de tonnes par an d’émissions sous-déclarées – assez grand pour faire bouger l’aiguille sur la quantité de chaleur que la Terre va accumuler". Non seulement les engagements financiers des pays riches (100 milliards d’euros par an) pour aider les pays pauvres à privilégier les énergies renouvelables sont largement en deçà des promesses de la COP21, ceux pour contenir le réchauffement climatique sous les 1,5°C étant également très insuffisants, mais outre le fait qu’ils ne sont même pas tenus, les bases de calcul sont minorées pour limiter l’effort de réduction. Fermez le ban, il va falloir inventer autre chose que les COP pour sauver l’humanité.  

Et si le droit devenait un recours pour sortir de l’impasse ? Depuis quelques années, nous assistons dans plusieurs pays en France, en Pologne, en Équateur, en Colombie, au Pakistan ou au Brésil, à la constitution de collectifs de citoyens qui assignent devant les tribunaux les États pour inaction climatique ou environnementale. Et cela commence à fonctionner. Dans son jugement du 3 février 2021 sur l’Affaire du Siècle portée par l’association "Notre Affaire à tous", le tribunal administratif de Paris reconnaît la responsabilité de l’État français dans la crise climatique et juge illégal le non-respect de ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’État est également reconnu responsable de "préjudice écologique". 

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Rappelons aux mal informés que 70% de l’énergie primaire consommée en France est d’origine…. fossile ! Bah oui, tout ne fonctionne pas avec de l’électricité d’origine nucléaire. Donc ceux qui prétendent que grâce à notre électricité décarbonée à 85%, qui représente les 30% d’énergie restante, nous ne serions pas concernés par la nécessité de réduire nos émissions de CO2, sont invités à s’informer avant de raconter n’importe quoi. Ce que les jeunes manifestants des Marches pour le climat n’ont pas réussi à obtenir, l’État de droit va-t-il le réussir ? L’avenir nous le dira, mais ces principes légaux d’action méritent d’être suivis de près, car ils préfigurent peut-être les leviers des avancées de demain. 

"Et dans les pays sans État de droit ?", pourront rétorquer ceux qui pensent que c’est toujours aux autres d’agir en premier. Dans ce cas, peut-être faudrait-il faire preuve d’un peu plus de courage politique, en arrêtant de les considérer comme des partenaires fréquentables et donc en cessant, par exemple, de leur permettre d’organiser des événements sportifs planétaires sous canicule dans des stades climatisés…. en plein air !  

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