Climat : "On est dans la décennie où on peut, ou pas, faire basculer les choses", clame Camille Étienne

Camille Étienne

IMPACT POSITIF - Comment mobiliser les jeunes pour le climat et la justice sociale alors que le temps presse ? Camille Étienne, étudiante et militante, mise notamment sur "le pouvoir très fort" des réseaux sociaux.

Elle s’est fait connaître avec sa vidéo Réveillons-nous ! aux plus de 15 millions de vues, tournée pendant le confinement en Savoie d’où elle est originaire. Camille Étienne est étudiante, militante, activiste pour le climat et pour la justice sociale, porte-parole du mouvement "On est prêt" qui  réunit des influenceurs afin d’éveiller les consciences sur les réseaux sociaux. Elle a pris une année de césure pour se consacrer pleinement à ses engagements. Quels sont ses objectifs et ses leviers d’action ? Camille Étienne nous raconte. 

Toute l'info sur

Impact positif

Pourquoi lancer Impact Positif ?

Vous participez à beaucoup de conférences, à des campagnes, vous êtes très active, comment répartissez-vous votre temps entre vos études et vos engagements ?

Sciences-Po m'a fait confiance, j'ai eu la chance qu’ils me laissent faire une année complètement blanche pendant laquelle je peux me consacrer à mon activisme, parce que cela prend beaucoup de temps mine de rien, et les années comptent. En fait, on est dans la décennie où - tous les experts du GIEC le disent - on peut faire basculer ou pas les choses. On prend en gros toutes les décennies 0,2 degré. On a déjà pris un degré depuis l'ère préindustrielle. Alors qu’il faut limiter le réchauffement à 1,5 degré, à ce rythme-là on va les atteindre entre 2030 et 2050. C'est vraiment maintenant que toutes les décisions sont prises, qu'il faut qu'on pousse les États à être plus ambitieux, les décideurs à prendre des décisions à la hauteur. Donc, je me suis dit : c'est le moment d'oser le faire. C’est une année un peu folle. J'ai même moins de temps que quand j'étais étudiante !

Est-ce que vous vous sentez différente des autres jeunes ou plutôt porte-parole des idées de beaucoup d’entre eux ?

Je pense que ce serait un peu prétentieux de dire cela. Je sais que beaucoup de jeunes partagent toutes mes idées,  c'est symptomatique de toute une génération qui ne se retrouve plus dans ces valeurs de progrès absolu, de capitalisme à tout bout de champ et qui a envie d'autre chose aussi. Une génération qui se rend compte aussi de cette urgence climatique. Par ailleurs, je crois qu'il y a aussi réellement un manque de connaissance sur le sujet, et je suis certaine de cela. On est dans nos cercles de pensée, et les réseaux sociaux font que l'on n'en sort pas. On a l'impression tout le temps que tout le monde est au courant mais on se rend compte que ce n'est pas du tout le cas. On en parle encore beaucoup trop peu. Et on le voit avec la Convention Citoyenne pour le Climat : quand on prend des gens au hasard de la société française, qu'on les forme sur un sujet, en quelques semaines, ils prennent des décisions qui paraissent hyper radicales parce qu'en fait, ils se rendent compte de l'urgence. Donc, je crois qu'il y a un vrai manque d'information.

Les réseaux sociaux sont à la fois complètement terrifiants autant que fascinants - Camille Étienne

Comment fait-on pour toucher des jeunes qui ne s’informent plus sur les canaux traditionnels ?

C'est là où les réseaux sociaux - qui sont à la fois complètement terrifiants autant que fascinants parce qu'ils ont un pouvoir très fort - jouent un rôle. Et moi, je fais la politique sur Instagram ! C'est là où on va pouvoir faire de la vulgarisation : je fais des vidéos de vulgarisation scientifique, on informe, on mobilise.  Un exemple avec notre campagne sur l'Arctique récemment. Il y a encore 5% d’Arctique sauvage et Donald Trump voulait les vendre à l'exploration pétrolière. Des ONG de l'Alaska nous ont contactés. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de très visuel, donc on a pris des photos devant l'Ambassade des États-Unis, où nous sommes allés manifester. On avait mis du faux pétrole sur le visage, confectionné avec de la terre et du charbon. C'était assez rigolo ! On a joué avec les codes des réseaux sociaux, mais on a aussi demandé aux gens d'envoyer plein de lettres à l'Ambassade. Des médias s'en sont saisis. On en a parlé un petit peu en France, un peu en Europe. Ce n'était pas le cas avant et cela a permis de mettre la lumière sur ces activistes qui, eux, se battent depuis des années dans cette partie de l'Arctique. 

La mobilisation a fonctionné car il n'y a eu aucun acheteur. Aucune compagnie pétrolière sérieuse ne s'est proposée parce qu'elles ont eu peur de voir leur image complètement entachée. En fait, on a un pouvoir énorme et les réseaux sociaux permettent ça : de changer le regard et de montrer qu'ils ne peuvent pas faire des choses en douce. We are watching you, quoi ! ("Nous vous surveillons, quoi !", NDLR).

Il existe des milliards de ressources pour se renseigner, il y en a pour tout le monde- Camille Étienne

Vous avez été chahutée lors de l’Université d’été du Medef, mais vous ne vous êtes pas démontée. Comment faites-vous pour vous protéger ? Aussi face aux insultes et aux menaces que vous recevez sur les réseaux sociaux ?

En fait, je suis extrêmement sensible. C'est parce que je suis hypersensible, sensible au monde que du coup, je ne peux pas ne rien faire. En réalité, cela m'affecte beaucoup. Mais j'essaie toujours de prendre un peu de recul, et de me dire que les conséquences de cet activisme-là c’est-à-dire quelques insultes ou menaces sur Twitter, ce n'est pas agréable, mais c’est OK. À côté de cela, il y a des gens aujourd'hui qui meurent du réchauffement climatique, donc, proportionnellement, je crois que je peux faire ce petit effort. 

Quel conseil donneriez-vous à celles et ceux qui vous lisent, qui veulent agir et qui ne savent pas comment ?

 

Je dirai deux choses. La première, c'est renseignez-vous. Il existe des milliards de ressources, il y en a pour tout le monde, des vidéos simples, des drôles, des moins drôles, des longues, des chiffrées, peu importe ! Cela ne prend pas tant de temps que ça. Et si on fait cet effort de se renseigner, après, on n'a pas d'autre choix que d'agir. Ensuite, il faut se poser cette question du sens, parce qu’il n’y a pas qu'une seule manière d’être activiste. Il n’y a pas que la désobéissance civile, qui peut faire peur, ou encore signer des pétitions et manifester dans la rue. Si votre truc, c'est d'être à tout prix boulanger, osez le faire ! Ce que les gens pensent, on s'en fiche ! Faites-le et faites-le en utilisant par exemple l'agriculture autour de chez vous, en essayant de faire des choses locales qui ont du sens. Et si chacun dans cette société travaillait et mettait tout son temps, toute son énergie au service d’un monde meilleur, ce serait formidable. Je pense que ça irait beaucoup plus vite.

Écoutez notre podcast "Impact positif"

- Sur APPLE PODCAST

- Sur SPOTIFY

- Sur DEEZER

Bienvenue dans le podcast "Impact positif", dédié à celles et ceux qui veulent changer la société et le monde. Devant l’urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d’avance, l’audace de croire qu’ils peuvent apporter leur pierre à l’édifice. Ils sont ce que l’on appelle des Changemakers.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

EN DIRECT - Covid-19 : 220.000 Français vaccinés ce samedi, "plus du double" par rapport au week-end dernier

Patrick J. Adams, le mari de Meghan dans "Suits", dénonce l'attitude "obscène" de Buckingham

Affaire des "écoutes" : après Nicolas Sarkozy, le Parquet national financier fait appel de la décision

Comportement, climat, géographie... pourquoi les chiffres du Covid font-ils le yoyo d'une région à une autre ?

Vaccination des soignants : comment expliquer les disparités entre professions ?

Lire et commenter