Urgence environnementale : quand le show spatial détourne des enjeux terre à terre

Urgence environnementale : quand le show spatial détourne des enjeux terre à terre

POPCORN EN APESANTEUR - Les missions spatiales, comme celle que vient d'entamer Thomas Pesquet, "ne sont-elles pas habilement mises en scène pour nous faire accepter la finitude de notre monde" ? Fabrice Bonnifet*, président du C3D, le Collège des directeurs du développement durable, nous livre son analyse.

Cocorico, notre sympathique astronaute français Thomas Pesquet est reparti 6 mois dans l’espace, avec comme devoir de confinement spatial une kyrielle d’expériences scientifiques à réaliser pour améliorer notre quotidien très terre à terre et nous permettre de préparer nos futures épopées vers Mars. Les médias du monde entier s’esbaudissent à chaque lancement de ces héros courageux qui bravent la gravité afin de nous faire "rêver" à un avenir extra-terrestre. 

Grâce aux prouesses technologiques du génie humain et au réemploi d’une partie des équipements pour s’envoyer en l’air très haut dans l’espace, les coûts baissent tellement que même l’ère du tourisme spatial va pouvoir débuter. Enfin, au début, il n’y aura que la classe business+ plus qui pourra se payer le billet, mais n’en doutons pas, dans peu de temps le célèbre manège Space Mountain de Disney ne sera plus considéré que comme un fake de l’extraordinaire "megalo realspace" d’Elon Musk, qui lui ne fera pas que simuler le 7ème ciel, mais vous le proposera concrètement ! @Thom_astro vient de nous informer via Twitter que le décollage était probablement à l’origine, je cite, des "meilleures sensations de sa vie". Et voilà notre vie qui semble bien terne ici-bas…

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À entendre la plupart des commentateurs convaincus de techno-solutionnisme, toutes ces missions dans l’espace sont indis-pen-sables. Pour qui exactement ? Ne sont-elles pas habilement mises en scène pour nous faire accepter la finitude de notre monde, puisqu’elles préparent activement le fait d’aller voir ailleurs pour trouver les ressources requises pour notre croissance infinie ? Selon eux, il est pressant d’apprendre à nous passer de la Terre et de ses écosystèmes défaillants pour envisager un avenir radieux pour l’humanité. Après le drone pollinisateur, le génial joujou Persévérance vient de réussir à fabriquer "5 grammes" d’oxygène sur Mars à l’aide d’une pompe qui aspire le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère martienne. Celui-ci est alors acheminé vers un électrolyseur (Soxe) où il est divisé électrochimiquement pour produire de l’oxygène pur. 

Fantastique, non ? À noter que pour réaliser cet exploit, le processus de séparation des atomes se produit à des températures de quelque 800 °C et consomme une énergie considérable, mais ne chipotons pas avec le progrès. La Nasa avance qu'une fusée aurait besoin de 25 tonnes d'oxygène pour décoller de la surface martienne et de sept tonnes de carburant pour retourner sur Terre, sans compter l’oxygène consommé par nos futurs martiens terriens ? De 5 grammes à 25 tonnes, on progresse ! Reste à régler le problème de l’eau, des calories alimentaires, de l’habitat qui sera probablement plus spatial que spacieux, des loisirs sur place car à 6 mois de voyage interstellaire du premier restaurant de quartier, les journées martiennes vont diablement ressembler à un confinement permanent version Wuhan… 

Quand comprendrons-nous qu’il est urgentissime de redonner du sens au progrès, c’est-à-dire flécher notre argent et nos brillants cerveaux vers la recherche de solutions pragmatiques et inspirées de la nature pour sauver concrètement la vie sur Terre ?- Fabrice Bonnifet

Réveillons-nous que diable ! Oui, l’industrie spatiale est assurément un puissant levier pour faciliter les communications, développer des nouvelles technologies médicales... mais il est temps de ne plus confondre l’utile et le superflu ou l’indispensable et le futile. Quant à l’objectif d’observer la planète pour mieux la protéger… De quels calculs ou observations supplémentaires avons-nous besoin avant de réellement protéger ? 

Les anthropologues du siècle prochain retiendront surtout la période actuelle comme ayant été celle de l’apogée de tous les gaspillages et de tous les pillages des ressources naturelles. Alors que la concentration de CO2 de l’atmosphère vient de dépasser les 420 ppm, un record depuis plus de 800 000 ans, l’humanité se dirige plus sûrement vers son auto-destruction que vers la plus proche des exoplanètes. Quand comprendrons-nous qu’il est urgentissime de redonner du sens au progrès, c’est-à-dire flécher notre argent et nos brillants cerveaux vers la recherche de solutions pragmatiques et inspirées de la nature pour sauver concrètement la vie sur Terre – c’est-à-dire nos conditions de vies sur une planète habitable ? Pour rappel, un seul arbre produit tout seul jusqu’à 30 kg d’oxygène par an à température ambiante et capte jusqu’à 1 tonne de CO2. Entre celui fabriqué par un petit robot goulu et élitiste et le cadeau universel de la photosynthèse, lequel est le plus indispensable à notre vie, ici et maintenant ? 

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Nier le changement climatique pour justifier de ne rien changer dans le système économique ne fonctionne plus ? Qu’à cela ne tienne, amplifions l’affirmation que la technologie va nous sauver, pourvu que le statu quo de l’économie linéaire, bénéfique matériellement à une minorité, perdure. Mais même les discours techno-centrés, toujours très optimistes, commencent à être inaudibles par des populations de mieux en mieux informées sur la profondeur et la réalité des changements à opérer, si l’on souhaite réellement être au rendez-vous de l’Histoire lié à l’urgence climatique. Au-delà de ces citoyens éclairés et des lanceurs d’alerte, nombre d’entreprises et d’investisseurs ont parfaitement compris que certaines choses ne "tournent plus très rond" dans le vide sidéral de sens de notre système économique prédateur du vivant.     

 

Nulle intention dans ce billet d’aller à l’encontre de l’absolue vénération des Français pour notre nouveau héros national. Le parcours de Thomas Pesquet force le respect. Mais j’avoue avoir préféré le découvrir admiratif de notre belle planète, partageant des photos émouvantes et nous enjoignant à la protéger, au retour de son dernier voyage. Je ne peux qu’espérer qu’il ne deviendra pas la mascotte de climato-sceptiques mués en climato-technophiles, vantant des fables pour faire rêver les petits garçons en vue de nous laisser dans l’illusion que "repousser les frontières" est la seule voie possible - l’homme n’a-t-il pas toujours procédé ainsi, habitué qu’il est à faire table rase partout où il passe ? Mais la planète est ronde et le tour en est fait, n’en déplaisent aux aventuriers milliardaires et aux politiques misant sur la course aux étoiles pour nous en mettre plein les yeux. Aujourd’hui, les enjeux sont sur Terre, et la vraie grande aventure à envisager est celle de la restauration de notre seule et unique maison commune. 

* Vient de publier "L'entreprise contributive - Concilier monde des affaires et limites planétaires", co-écrit avec Céline Puff Ardichvili, aux éditions Dunod.

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Devant l’urgence climatique, la crise démocratique, une société aux inégalités croissantes, certains ont décidé de ne pas rester les bras croisés, ils ont un coup d’avance, l’audace de croire qu’ils peuvent apporter leur pierre à l’édifice. Ils sont ce que l’on appelle des Changemakers.

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