VIDÉO - "Si les glaciers fondent, que ferons-nous ?" : l'inquiétude des habitants du Groenland face au réchauffement climatique

VIDÉO - "Si les glaciers fondent, que ferons-nous ?" : l'inquiétude des habitants du Groenland face au réchauffement climatique

REPORTAGE - Le Groenland, île immense et presque entièrement recouverte de glace, est la preuve indubitable et visible à l'œil nu de la montée du thermomètre. À Ittoqqortoormiit, un village de la côte Est où l'équipe de TF1 s'est rendue, la banquise perd du terrain et le changement climatique menace le mode de vie des habitants.

Pour rallier Ittoqqortoormiit, l’un des villages les plus solitaires de la planète, niché sur un flanc du Groenland, il n’y a que deux liaisons par semaine au départ de l’Islande - quand le temps le permet. Au cours du vol d’une heure et demie, l’île de montagnes et ses glaciers se dessinent par le hublot. Son territoire quasiment désert s’étend sur l’équivalent de cinq fois celui de la France, recouvert à 85% de glace et entaillé par d’immenses fjords, à découvrir dans les images du reportage en tête de cet article.   

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Le premier voisin de ce village discret, situé bien à des centaines de kilomètres au-dessus du cercle polaire arctique, est à 600 km au sud. L’arrivée d’un hélicoptère en provenance de l’aérodrome de Nerlerit Inaat y est toujours un évènement : c’est le seul lien entre ses 350 habitants et le reste du monde. À la fin du mois d’octobre, la température est de moins 9 degrés, soit une moyenne normale pour la saison. Sous les lumières rasantes de l’automne, le décor paraît idyllique, à une anomalie près. La mer n’est pas du tout gelée, aucune banquise ne se forme.

"C’est effrayant de voir la vitesse à laquelle ça va"

"Il faudrait que la mer se calme pour que la glace se forme", explique Mitsi Pike Barjelarsen, correspondante locale du projet Greenlandia, initiative à la fois scientifique et pédagogique lancée face à la menace du réchauffement climatique et destinée à recueillir la parole des populations fragilisées et à les accompagner. "Cette glace est nécessaire pour pouvoir se déplacer", ajoute-t-elle. Le village étant entouré de montagnes très difficiles d’accès, les habitants sont coincés sur leur rocher si aucune banquise ne se forme. 

"On est ici dans des endroits encore vierges, d’une nature extrêmement pure, mais malheureusement victimes des gaz à effet de serre", déplore Vincent Hilaire, directeur du projet Greenlandia. "Il n’y a plus de banquise du tout, de tout l’été, ce qui est rarissime. Chaque année, on rentre de plus en plus facilement dans le fjord parce que toutes les barrières de glace créées par le courant transpolaire, descendant du Pôle Nord pour longer l’entrée du fjord, se réduisent comme peau de chagrin avec le changement climatique."

Dans la station météorologique du village, comme dans celle de l’aérodrome, on constate depuis plusieurs décennies une augmentation régulière des températures, avec un record cet été : 23,4 degrés au mois d’août. "C’est effrayant de voir la vitesse à laquelle ça va, s’alarme Soren Knudsen, employé à la station de l’aérodrome. J’habite la plupart du temps au Danemark, où l’on peut aussi voir des changements, mais ici, on voit vraiment LE changement."

"Si les glaciers fondent, que ferons-nous ?"

L’une des nombreuses conséquences du phénomène est l’immobilisation au village des 300 chiens de traîneau d’Ittoqqortoormiit, qui se languissent de la glace des mers avec des cris stridents, irrités de n'avoir rien à faire. "Ils sont en vacances depuis trop longtemps, presque cinq mois", indique leur maître, dépité. Il faudra attendre plusieurs semaines pour que l’eau du fjord ne se fige enfin et que les traîneaux puissent traverser la glace.

Pendant des centaines d’années, les Groenlandais ont appris à survivre dans des conditions extrêmes, mais ils vont devoir s’adapter maintenant à des bouleversements profonds de leurs modes de vie. Au premier rang desquels l’alimentation du village : c’est la chasse qui fournit encore l’essentiel de la viande à la population. Elle se fait de plus en plus en bateau et le phoque reste le gibier principal, cuisiné au pot au feu notamment, mais aussi destiné à nourrir les chiens de traineau.   

Parmi les chasseurs professionnels concernés par ces perturbations, Inuta Hammeken, qui est très en contact avec la vie sauvage grâce à son métier. Au printemps dernier, il a filmé sur son téléphone portable un ours polaire marchant sur un dernier morceau de banquise, rescapé de l’hiver, dans les environs du village. "Il y a trente ans, on n’avait jamais de problèmes avec la glace, constate-t-il, un frémissement dans la voix. Si elle disparaît, si les glaciers fondent, que ferons-nous ?"

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Déchaînement de tempêtes

Le réchauffement provoque aussi des dérèglements météorologiques, comme partout ailleurs dans le monde, mais de façon plus frappante dans ce village. Les tempêtes, qui d’ordinaire se déclenchaient plutôt au cœur de l’hiver se multiplient maintenant et surgissent à des périodes inhabituelles, dès fin octobre par exemple lors du reportage. Elles sont si violentes, avec des vents frappant à 100 km/h, qu’elles obligent les habitants à se calfeutrer chez eux. Le blizzard a soufflé pendant deux jours et deux nuits, transformant Ittoqqortoormiit en ville-fantôme, enfouissant bâtisses et silhouettes sous des bourrasques incessantes de neige. 

Ces dérèglements en cours dans la ville sont l’illustration d’un phénomène bien plus ample : depuis 40 ans, les données recueillies sur le terrain et par satellite montrent que la banquise autour du Groenland a perdu le quart de sa surface. L’épaisseur de l’englacement a quant à elle été divisée par deux, passant de deux mètres à un mètre en moyenne.

Phénomène d'envergure mondiale également : la calotte glaciaire du Groenland, la deuxième du monde après l'Antarctique avec une surface de près de 1,8 million de km², contient de quoi élever les océans de 6 à 7 mètres, selon une étude publiée lundi dans la revue Nature Communications. Elle a fondu de quelque 3500 milliards de tonnes en 10 ans, une accélération qui a fait monter d'un centimètre le niveau de la mer et aggrave les risques d'inondations à travers le monde. Dans cette région du globe, la montée des températures y est trois fois plus rapide qu'ailleurs. 

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