"En tant que maire, ça me donne la rage !" : les décharges sauvages pullulent en France

"En tant que maire, ça me donne la rage !" : les décharges sauvages pullulent en France

ENVIRONNEMENT - Avec la reprise économique et le reprise accélérée des chantiers, les décharges sauvages continuent de se multiplier dans l'Hexagone. Un fléau pour les communes rurales, sur fond parfois de grand banditisme.

Dans la forêt d’Ermenonville, comme ailleurs en France, les décharges sauvages pullulent. Des tonnes d’immondices y sont entassées illégalement depuis des années. L’odeur donne des hauts le cœur et suffit à elle seule à repousser les promeneurs. "En tant que maire, ça me donne la rage !", fulmine Nathanaël Rosenfeld, le maire d’Orry-la-Ville (Oise), commune qui jouxte cette vaste zone forestière. Il s’agit essentiellement de déchets issus de chantiers. "Ces pots de peinture se déversent dans le sol. Je ne peux pas croire que la nappe phréatique n’est pas atteinte", s’inquiète l’élu.

Il faudrait au plus vite nettoyer et dépolluer. Sauf que la commune n’en a pas les moyens. "L’évacuation de ces déchets a été évalué à 1,2 million d’euros. Le budget de la commune ne le permet pas", explique le maire d’Orry-la-Ville. Théoriquement, ceux qui ont utilisé cet endroit comme dépotoir devraient être contraints de le faire. Mais, bien souvent, ils disparaissent dans la nature après leurs méfaits, retranchés derrière des sociétés écrans. 

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Ils se spécialisent dans ce secteur pour blanchir de l’argent, et en gagner plus- Le général Jacques Diacono, chef de l'OCLAESP

La technique est bien connue des gendarmes de l’environnement, mais les condamnations sont assez rares. "Il s’agit le plus souvent de réseaux organisés. Ils se spécialisent dans ce secteur pour blanchir de l’argent, et en gagner plus. C’est une activité très lucrative et qui présente beaucoup moins de risque que d’autre trafic, comme les stupéfiants, par exemple", souligne le général Jacques Diacono, chef de l’office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et la santé publique (OCLAESP). Avec la reprise très vigoureuse des chantiers cette année, ces dépôts sauvages de gravats et de déchets se sont multipliés ces derniers mois, notamment dans les communes rurales proches des grandes villes et des autoroutes

Mais, bien souvent, les malfrats ne laissent aucune trace permettant de les identifier. À Villiers-Adam, dans le Val d'Oise, le maire dissimule à l'entrée des chemins agricoles des pièges photographiques, qui se déclenchent dès lors qu’un mouvement est détecté. "Le but est d’avoir une photo qui permettent d’identifier un véhicule, et en flagrant délit de préférence. En train de benner, par exemple", explique  Bruno Mace. Les images sont transmises directement sur son téléphone. L'édile les fait immédiatement suivre à la gendarmerie. 

L'artisan doit être en mesure de vous indiquer où il va déposer les déchets. Et il faut réclamer un bon de dépôt- Marie Combarieu, fondatrice d’Ecodrop

Mais désormais, les délinquants ne prennent même plus la peine de s’engager dans des petits chemins. Ce jour-là, une équipe de cantonnier débarrasse la moisson du jour découverte le matin même sur le bord d’une départementale. 120 tonnes de détritus, au total, soit l’équivalent de 10.000 euros économisés par les voyous en évitant de se rendre une déchetterie. Car si le service est le plus souvent gratuit pour les particuliers, il est bien sûr facturé pour les artisans, dont les camions sont scrupuleusement pesés à l’entrée de la déchetterie. "Ça coute 180 euros hors taxe la tonne. Là, il y a 3,4 tonnes donc il faut compter autour de 400 euros", explique Romain Reiss, qui dirige l’entreprise Reiss groupe propreté à Viroflay dans les Yvelines. 

La taxe sur les déchets enfouis a presque doublé cette année. Et surtout, le tri est de plus en plus rigoureux. De quoi pousser certains professionnels à se mettre hors la loi.  Alors comment s’assurer que les artisans se débarrassent légalement des gravats, lorsqu’on fait faire des travaux chez soi ? Marie Combarieu, fondatrice d’Ecodrop, une entreprise spécialisée dans la collecte des déchets de chantier, conseille pour sa part d’exiger une preuve. "L'artisan doit être en mesure de vous indiquer où il va déposer les déchets. Et il faut réclamer un bon de dépôt qui dit : ‘vous aviez une tonne de déchets inertes, 300 kilos de plâtre, 200 kilos de bois et ils ont été déposé à tel endroit et en voici la preuve", détaille cette experte. 

Un document qui vous garantit que votre ancien carrelage ne pavera pas un jour un chemin forestier. Sans cela, vous pourriez être tenu pour responsable. En cas de dépôt sauvage, sachez-le, l'amende peut aller jusqu'à 1500 euros.

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