Trafic illégal : pourquoi nos vieux ordinateurs finissent au Ghana

Trafic illégal : pourquoi nos vieux ordinateurs finissent au Ghana

CONSTERNATION - Devenue véritable ville dans la capitale ghanéenne, la décharge d'Agbogbloshie fait partie des lieux les plus pollués du monde. Ce poison pour l'homme et l'environnement, ce sont nos déchets électroniques qui en sont à l'origine.

50 millions : c'est le nombre de tonnes de déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) produites chaque année dans le monde. Un chiffre d'autant plus inquiétant que 80% de ces appareils défectueux sont envoyés illégalement dans des pays en développement, dont bon nombre en Afrique. Ce phénomène touche de manière particulièrement violente le Ghana. Ces dernières années, une déchetterie géante à ciel ouvert est ainsi sortie de terre dans la proche périphérie d'Accra. "Je ne peux pas vous dire d'où exactement mais ça vient du monde entier. De partout, partout, partout", témoigne un local.  

Comment en est-on arrivés là ? TF1 a remonté les traces d'un trafic aussi révoltant qu'illégal. 

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Lorsque tout se passe bien, un PC en fin de vie est déposé dans un site de collecte adapté, généralement dans une déchetterie. "Ici on collecte tous les déchets électriques produits par les petits particuliers. Il y a trois catégories : le froid (les réfrigérateurs essentiellement), le PAM (petits appareils électroniques) et les écrans", explique Patrice Martin, agent collecteur du groupe Semar. 

Des milliers d'appareils acquis illégalement...

En France, les fabricants d'appareils électriques ont ensuite l'obligation d'organiser le recyclage de leurs déchets. Ils sont donc apportés et triés dans d'immenses entrepôts. Le matériel va ensuite dans un centre de dépollution où les matières premières sont triées pour être réutilisées. "En moyenne, nous collectons trois appareils sur quatre. On pourrait faire encore mieux s'il n'y avait pas ces filières de trafic", indique Guillaume Duparay, directeur du développement à Écosystem, entreprise agréée par l'État pour la collecte et le traitement des DEEE. La convention de Bâle interdit, depuis son entrée en vigueur en 1992, d'exporter des produits dangereux dans les pays en développement. Des trafiquants contournent pourtant la loi. "Des acteurs commercialisent des lots déclarés comme 'appareils qui fonctionnent'. En réalité, ils ne fonctionnent plus et sont exportés de manière totalement illicite", précise-t-il. 

...écoulés en Afrique

Rachetés quelques euros en ligne, récupérés auprès d'entreprises, volés dans des déchetteries, ces appareils usagés partent par conteneurs entiers de grands ports européens mais aussi d'Amérique ou d'Asie. Beaucoup arrivent au port international de Téma, au Ghana. 

Des grossistes les revendent ensuite, entre 20 et 30 euros, à des réparateurs locaux. Nana Opuku est l'un d'entre eux. "Quand j'achète ces ordinateurs, ils ne sont pas testés. S'ils marchent, tant mieux. Sinon tant pis pour moi. En moyenne 30% marchent", témoigne-t-il. Quand ils fonctionnent, ce businessman revend ces ordinateurs d'occasion deux à trois fois moins chers que les neufs. Dans le cas contraire, ils sont directement abandonnés. "Quand on essaye de les réparer mais que ça ne marche toujours pas, les gars de la déchetterie viennent pour nous les acheter. Ils repartent avec mais après, je ne sais pas ce qu'ils en font", lance le Ghannéen. 

Une catastrophe humaine et environnementale

Voilà comment des machines électroniques, en provenance du monde entier, se retrouvent dans la déchetterie géante d'Agbogbloshie. Dans la proche périphérie de la capitale, ce site de désolation emploie 10.000 personnes en extrême précarité. Les travailleurs les plus pauvres de cette économie parallèle brûlent les composants électroniques des appareils pour en extraire les métaux précieux. Une vie de misère où chacun se bat pour survivre. "C'est dangereux. Tu as vu mes yeux ? C'est la chaleur qui fait ça. Ils sont rouges", se désespère Abdullah Dalla, 19 ans, devant les caméras de TF1. "Parfois je tombe malade et on doit m’emmener à l’hôpital",  décrit de son côté un autre habitant au micro de France Info. 

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Comme si cela ne suffisait pas, ce cimetière électronique produit d'immenses panaches de fumées toxiques. Le tout à quelques dizaines de mètres d'habitations et d'élevages de bestiaux... Comme si cela ne suffisait pas, tous les déchets - non dépollués - inutilisés finissent dans la nature. Selon le média en ligne Brut, les prélèvements effectués démontrent des niveaux de métaux (aluminium, plomb, cadmium, mercure) 100 fois supérieurs aux seuils autorisés. Une économie de la survie qui n'a pas le luxe de se soucier de l'environnement.

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