France-Irlande (2-1) : au Parc OL, le souffle du boulet s’est fait sentir

France-Irlande (2-1) : au Parc OL, le souffle du boulet s’est fait sentir
EURO 2020

EURO 2016 – Avant le doublé d’Antoine Griezmann pour qualifier la France en quarts de finale de l’Euro 2016, il y a eu la peur de l’élimination, ce dimanche au Parc OL. La phase à élimination directe a repris ses droits, après deux ans de matchs sans saveur. Au stade, le public, comme les joueurs, en a fait les frais.

La main de Thierry Henry en 2009 ? "On a oublié et pardonné, nous ont répondu des supporters irlandais croisés dans les allées du rutilant Parc OL. On s’en fout !" En ce qui nous concerne, on s’est attardé sur un autre souvenir : la finale de l’Euro 2000 remportée à Rotterdam. Il s’agissait là de la dernière victoire d’une équipe de France dans un tour à élimination directe d’un Championnat d’Europe des Nations. 

Une mi-temps angoissante

Marcher au bord d’un précipice n’est pas chose aisée. Courir avec un ballon au pied en ressentant ce vertige, encore moins. C’était l’affaire que les Bleus devaient régler en ce dimanche ensoleillé, en 8e de finale de "leur" Euro 2016, face à l’Irlande, après avoir terminé premiers de leur poule.

On a d’abord pensé que le contexte du match couperet n’avait pas tellement de prise sur cette jeune équipe, quand, pendant l’échauffement, Paul Pogba a malencontreusement envoyé un ballon en plein dans la poire de Guy Stephan, l’adjoint de Didier Deschamps, faisant se marrer tous ses partenaires comme des baleines. Et pourtant, on a eu tort : dès les premiers instants du match, la défense a flanché et le même Pogba concédé un penalty imbécile. Menée au score dès l’entame, l’équipe de France n’appréhendait plus le gouffre de l’élimination. Elle le contemplait.

Un stade à bout de nerfs

A suivi un incroyable quart d’heure, durant lequel le stade tout entier a vécu avec exaltation, en poussant des cris, chaque geste, chaque ballon, chaque duel. Des tribunes, le vertige s’est ainsi accentué. Tandis que sur le terrain, les Bleus affichaient leurs lacunes collectives, malgré une indéniable domination technique. N’Golo Kanté et Adil Rami, menacés d’une suspension en cas de carton jaune, en ont pris un chacun. Le défenseur du Séville FC a aussi balancé en touche une passe anodine pour Patrice Evra. Paul Pogba et Dimitri Payet n’arrivaient même plus à faire un une-deux.

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Dans le même temps, le public français, lui, a commencé à se taire, contrit par l’angoisse sur son siège. A la demi-heure, il n’y avait plus que des Irlandais goguenards pour chanter. Et à la pause, des sifflets se sont élevés des tribunes pour accabler les Bleus, pour la première fois depuis le début de l’Euro. Une manière de leur demander de se réveiller. A la reprise, le silence a repris, entrecoupés de clameurs assourdissantes à chaque fois que s'esquissait une occasion de but. Une drôle d’atmosphère qui correspondait à la réalité de l’instant, entre espoir et incrédulité.

Quand Antoine Griezmann a égalisé d’une tête rageuse, forcément, la cocotte a explosé. Et on a vu Christophe Jallet jaillir du banc tel un dératé pour pénétrer sur la pelouse et étreindre Bacary Sagna, son concurrent. Sa joie intense, comme celle de tout le staff, était à la hauteur de sa crainte quelques minutes auparavant. Il aurait ensuite fallu des boules Quies pour préserver ses tympans sur le 2e but de Griezmann. Et on concède qu’on a dû s’arrêter d’écrire quand notre pupitre s’est mis à trembler sous les bonds du "Qui ne saute pas Français, eh !".

On va remettre ça

L’équipe de France n’a alors plus eu qu’à se laisser porter par l’ambiance, et réciproquement. L’ivresse de la qualification. On racontera plus tard que les Irlandais, à compter de la 70e, ont basculé physiquement parce qu’ils ont eu moins de jours de repos. Nous, on a ressenti chez eux un sentiment de l'ordre de la peur, qui leur a fait commettre des erreurs.

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Cette même peur qui a traversé le camp français pendant le premier acte. Quand il n’y a plus de filet pour amortir sa chute, on risque de mourir, même métaphoriquement. Toutes les grandes heures de l’histoire du football se sont jouées au-dessus du vide. Et à la fin, ce sont toujours ceux qui domptent leur vertige qui gagnent. Dimanche prochain, au Stade de France, face à l’Angleterre ou l’Islande, les Bleus l’expérimenteront encore. Nous aussi.

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