Patrice Evra après France-Irlande (2-1) : "Maintenant, il faut se lâcher"

Patrice Evra après France-Irlande (2-1) : "Maintenant, il faut se lâcher"
EURO 2020

INTERVIEW – Il avait décliné notre demande d’entretien la semaine dernière, en promettant qu’il reviendrait nous voir après le 8e de finale France-Irlande de ce dimanche, finalement remporté 2-1 par les Bleus au Parc OL. Patrice Evra est un homme de parole. Qui sait aussi l’utiliser pour répondre très franchement aux questions. La preuve.

Est-ce que l’équipe de France va souffrir comme ça à chaque fois pour gagner ?
Toutes les équipes souffrent pour gagner ! Mais ça tombe toujours sur nous, la dernière seconde, etc. Hier (samedi) on a bien vu. Tout le monde disait que le Portugal ne pouvait pas passer contre la Croatie, puisqu’il y a des magiciens qui disaient que la Croatie avait déjà gagné ce tournoi. Donc voilà. Bien sûr que je sais que tout n’est pas parfait. Après cette 1ère période, ce n’est pas qu’on avait peur. On était très frustrés. On était vraiment en colère. On s’est bien parlé. On s’est dit ce qu’on pensait. Et en 2ème période, on a montré un autre visage.

Qu’avez-vous dit à vos partenaires ?
Juste qu’on ne pouvait pas sortir comme ça de ce tournoi. Parce que c’est bien beau de dire qu’on respecte ce maillot... On s’est dit qu’il fallait arrêter avec les excuses comme la chaleur, et qu’il fallait mourir sur le terrain, pour faire plaisir à tous nos supporters. Moi, je me fixe comme objectif une demi-finale. Parce que si on sort en quarts, comme au Brésil, pour moi, cette équipe n’aura pas évolué. Passer un palier, c’est au moins passer les quarts.

Comment expliquer votre entame difficile dans ce 8e de finale ?
Ce qui m’a dérangé, c’est qu’on est entrés dans leur jeu. On a commencé à balancer de longs ballons. Ce n’est pas le jeu de l’équipe de France. C’est pour ça qu’à la mi-temps, le coach a changé certains joueurs (N’Golo Kanté a été remplacé par Kingsley Coman, ndlr). On a aussi changé de tactique (passage du 4-3-3 au 4-2-3-1, ndlr). On s’est dit : "Les gars, il faut avoir confiance en notre football." Et on a réussi à poser le jeu à terre en 2ème période. On les a fait courir en gardant bien le ballon. Puis après, on a été plus agressifs. Puis après, on a eu un killer comme Grizou (Antoine Griezmann, ndlr) qui a mis les buts qu’il fallait.

La réorganisation tactique, c’est un tournant ?
Il y a aussi eu l’état d’esprit. Pourquoi être dans les duels ? On pouvait garder le ballon. Pour eux (les Irlandais), c’était tout benef’. En plus, ils démarrent avec un penalty dès la 2e minute. C’était mal parti. Le message est bien passé. Parce qu’il ne s’agissait pas non plus que d’aboyer à la mi-temps, pour revenir sur le terrain et faire n’importe quoi. On a assumé en 2ème période.

Est-ce qu’Antoine Griezmann est enfin à 100%, après un début de tournoi en demi-teinte ?
Eh les gars, ce n’est que le début ! Les choses sérieuses commencent maintenant. Là, ça passe ou ça casse. Tu ne peux plus faire des matchs à moitié, tu dois être costaud et assumer les responsabilités. C’est ce qu’a fait Grizou. C’est bien pour l’équipe. Maintenant, il va falloir faire pareil en quart.

Dans l’axe, on le sent beaucoup plus à l’aise...
Ce sont les choix de l’entraîneur. Après, bien sûr, Grizou préfère être dans l’axe, il y joue en club. Donc il a des repères. Et sur le côté ce n’est pas facile, parce qu’il y a des efforts à faire pour défendre.

Mais ça ne va pas être compliqué de le remettre à droite maintenant ?
Je ne suis pas le sélectionneur (rires). Il faut lui demander. Pour moi, peu importe où il joue, il faut que l’équipe de France gagne.

Sentez-vous des progrès dans le jeu de l’équipe de France ?
Bien sûr, quand on regarde notre 2ème mi-temps contre l’Irlande. Mais on est encore dans un temps de réaction. Il faut agir d’entrée. Parce qu’il y a un moment où ça ne passera plus. Surtout qu’on arrive en quarts. Il faut mieux entrer dans le match dès le début.

Est-ce encore la pression qui vous joue des tours ?
On attend beaucoup de cette équipe de France. Oui, peut-être que certains se mettent une pression inutile. Mais je crois surtout qu’on veut trop bien faire. Et à force, tu ne te relâches pas. C’est ce qu’on s’est dit aujourd’hui à la mi-temps. Maintenant, il faut se lâcher.

Faudra-t-il mettre l’accent là-dessus cette semaine ?
Oui, je pense que c’est là.

Est-ce qu’affronter une grosse équipe comme l’Angleterre vous aiderait à vous lâcher ?
Et voilà. Chez nous, les Français, il y a beaucoup de magiciens. On sait déjà contre qui on va jouer... Pour tout le monde, la Croatie avait déjà gagné le tournoi, on pouvait déjà partir en vacances. A l’arrivée, ils sont à la maison. Donc les gars, il faut faire attention ! Ce tournoi n’est pas facile. On sous-estime l’Islande. On verra, contre les Anglais... Dans les deux cas, ce sera un gros match pour nous. Et contre l’Islande, j’aurais la même concentration que contre l’Angleterre.

Êtes-vous contents d’avoir une semaine pour récupérer ?
Oui, parce qu’on a enchaîné. Mais bon, des fois, on a l’impression que c’est un peu trop long. Le problème, après, c’est que tu commences à penser au match. Il ne faut surtout pas le jouer avant dans sa tête. Parce que, quand arrive le jour J, tu te retrouves à plat.

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