Rétention des notes du bac : "Il y a un stress qui monte depuis trois jours à la maison"

Examens 2019
INCOMPRÉHENSION - Alors que l'hypothèse d'une rétention des notes du baccalauréat se précise dans plusieurs académies, des parents d'élèves tout comme des candidats eux-mêmes dénoncent "une prise d'otages". Au-delà de l'aspect logistique que cela impliquerait (rattrapages, début des jobs d'été, départs en vacances...), certains y voient surtout la rupture d'un "lien de confiance" avec les professeurs.

"On n'a rien à voir avec cette reforme". C'est sans doute cette phrase, entendue de la bouche de sa fille, Jeanne, et de celle de certains de ses camarades, qui résume le mieux l'état d'esprit des aspirants bacheliers, face à la menace d'une rétention des notes du baccalauréat. En tant que mère d'une lycéenne de terminale concernée, et Présidente de l'Association de parents d'élèves (Apel) du groupe scolaire d'enseignement privé Saint Joseph à Dijon, Valérie Grandet, voit de fait d'un très mauvais œil que des enseignants de l’académie qui ont corrigé des copies du bac aient décidé de ne pas les rendre en temps et en heure. Leur objectif ? Protester contre la réforme du lycée et faire pression sur le ministère de l'Education nationale. 


"Il y a un stress qui monte depuis trois jours à la maison", décrit-elle, évoquant le fait que "ne pas avoir le rendu des notes à temps implique beaucoup de choses" et qu'"en terme de logistique familiale aussi ça devient compliqué". Jeanne, qui est selon les mots de sa mère "une assez bonne élève" et qui "va certainement avoir son bac" est en effet admise dans une école à Lyon et n'attend plus que ses résultats pour finaliser, avec l'aide de ses parents, la recherche du logement qu'elle occupera à la rentrée. "Pour la visite, on n'a pas eu le choix c'est vendredi après-midi", explique la mère de famille.

"Un moment de partage entaché"

Mais en tant que représentante de l'Apel, Valérie Grandet évoque aussi des projets familiaux qui se verraient impactés par cet éventuel report de la communication des résultats. "Je connais par exemple un jeune dont les parents sont séparés et dont le père vit au Canada. Il doit partir en avion samedi avec ses petits frères, mais si les résultats sont reportés, il m'a expliqué que moralement même s'il est censé avoir son bac, c'est tout simplement impossible".


"Et comment ça va se passer pour ceux qui vont au rattrapage ? Comment vont-ils savoir quelle matière ils repassent ?" se demande sa fille, Jeanne, chez qui la mère de famille sent "monter franchement l'exaspération" et le "sentiment d'injustice". Selon elle, c'est d'ailleurs davantage l'aspect "symbolique" de la publication des résultats qui est menacé. "Ce moment des résultats, c'est censé être un moment de joie, ou tout du moins de partage. Or, il en train d être entaché par un sentiment de déception qui touche à la relation qu'entretenaient ces élèves avec leurs enseignant", poursuit-elle, évoquant le risque d'éroder "le lien de confiance" tissé ces dernières années.

"On aurait vraiment pu se passer de cet épisode"

Pour "dénoncer cette méthode" que les associations de parents d’élèves qualifient de "prise d'otages" et tenté d'éviter le pire, l'Apel et la Peep de Bourgogne et de Côte-d'Or ont appelé ce lundi les parents et les élèves concernés à un contre-rassemblement en lieu et place d'un rassemblement organisé devant le rectorat de Dijon par des enseignants correcteurs favorables à la rétention des notes. 


"Ça nous semble  inadmissible de retenir les notes, quelque soit les revendications, on ne peut pas agir comme ça. Ça n'est pas un bon moyen pour eux de faire entendre leur voix", explique Samuel Delalande, président de l'Apel de Bourgogne, qui en était. "Ça ajoute du stress à des élèves qui sont déjà dans une période stressante. Qui n'a jamais passé d'examens ?", poursuit-il, ajoutant que "c'est tout un processus qui se verrait retardé : le Parcours sup, la recherche de logement, les jobs étudiants..." Et de conclure : "on aurait vraiment pu se passer de cet épisode". 

"Une équipe de nuit" pour saisir les notes le cas échéant

S'il est difficile de prévoir l'ampleur de ce mouvement de rétention des notes, ces parents en colère tentent, pour ce qui concerne leur académie, de se raccrocher aux mots de la rectrice. "Les enseignants concernés ont une obligation de rendre les copies jeudi, c’est-à-dire que quand les jurys se réunissent, théoriquement toutes les copies doivent être au centre d’examen", souligne ainsi Valérie Grandet, évoquant "une injonction assez ferme" émanant du rectorat, sous peine de "signalement à Education nationale, et au procureur de la République avec un risque de blâme". Et de conclure : "la rectrice de Dijon s'est donc engagée a avoir une équipe de nuit qui saisirait les notes le cas échéant."


Dans plusieurs académies, des groupes d'enseignants ont voté en assemblées générales une "rétention des notes" du bac, pour inciter le ministre à rouvrir des négociations sur les réformes du lycée et du bac, qu'ils contestent. Selon le collectif d'enseignants "Bloquons Blanquer", quelque 108.000 copies (sur 4 millions) seraient à l'heure actuelle retenues par leurs correcteurs.

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