A l'intérieur du vol AF 463 : "En cinq minutes, tout l'avion s'est vidé"

A l'intérieur du vol AF 463 : "En cinq minutes, tout l'avion s'est vidé"

TÉMOIGNAGE - Débora Krunić, 22 ans, était à bord du vol AF 463, contraint d'atterrir en urgence, dimanche à Mombasa au Kenya après qu'un engin ressemblant à une bombe a été retrouvé dans les toilettes. La passagère, qui devait effectuer un simple retour entre l'île Maurice et Paris raconte ces longues heures d'angoisse.

Débora Krunić a quitté l'île Maurice samedi soir à 21 heures. "Le dîner a été servi, tout allait bien. C'est après le repas qu'il s'est passé quelque chose de bizarre. Le personnel navigant avait l'air très tendu. Il y avait beaucoup d'allers-retours dans l'appareil. Comme il y avait des enfants en bas âges à bord, on s'est dit que c'était pour les biberons" dit cette passagère, qui venait de passer une quinzaine de jours au milieu de l'Océan indien.

Ce n'est que vers minuit que les passagers sont finalement informés que l'avion va devoir se poser à Mombasa, victime d'un « problème technique ». La sœur de Débora Krunić, elle, le sent mal. "Elle avait pressenti qu'il y aurait un problème. Elle l'avait dit à notre mère. Quand il a été question d'un problème technique, elle a regardé la carte sur le petit écran télé à l'avant du siège. Elle a vu que l'avion était trop bas. Elle a tout de suite dit 'ça n'est pas possible, on va amerrir'. Dans l'avion, il y avait beaucoup de stress. Puis nous avons vu les hôtesses ramasser tous les magazines des passagers à l'arrière de l'avion et les placer près des sanitaires. Maintenant, j'ai compris pourquoi, c'était pour calfeutrer les portes des toilettes en cas d'explosion. Puis on nous a dit d'un ton sec et sérieux : 'Attachez vos ceintures. Ne paniquez pas !'".

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"Éloignez-vous de l'appareil, il va falloir courir"

L'avion se pose finalement dans un champ à environ 1 km de Mombasa. "Ça a été un peu brutal, confie Débora Krunić. Une fois l'appareil arrêté, on nous a lancé : 'Vous allez sortir en urgence par l'issue de secours la plus proche de vous. Ne prenez rien. Éloignez-vous de l'appareil. Il va falloir courir !'". Les 459 passagers et 14 membres d'équipage utilisent alors les toboggans et se mettent à courir. "En cinq minutes, tout l'avion s'est vidé. C'était confus. Il faisait nuit. Les hôtesses avaient des lampes. On entendait des prénoms, des 'mamans'. Chacun cherchait ses proches. Dans le même temps, on entendait les sirènes et on nous demandait de nous réfugier derrière les camions de pompiers situés à une cinquantaine de mètres du Boeing".

Une fois protégé par les véhicules des secours, tout le monde était "soulagé". "Certains faisaient même des blagues du genre : 'On aura fait Maurice, on aura fait le Kenya'. D'autres, quand on a rejoint l'aéroport chantaient 'Les sardines' de Patrick Sébastien", poursuit l'étudiante en communication, âgée de 22 ans.

Une couche avec un t-shirt

A l'intérieur de l'aéroport, les passagers sont réunis dans la salle d'attente. "On n'avait soif mais les serveurs de la cafétéria voulaient nous faire payer les bouteilles d'eau. Notre argent, comme tout le reste, était resté dans l'avion. Certains avaient besoin de leurs médicaments, des parents avaient besoin de lait pour leurs enfants. Mais nous n'avions rien. Il y a même un papa qui a fait une couche à son bébé avec son t-shirt".

C'est là, notamment aux toilettes, que les rumeurs ont commencé à courir. "Une femme qui voyageait en business a dit qu'elle avait entendu parler les hôtesses et qu'il avait été question d'une bombe derrière un miroir. Je n'y croyais pas !" Mais très vite, le bruit de couloir se confirme. A 3 heures, Débora Krunić parle avec une hôtesse qui lui confirme cette version.

Ça n'est qu'à 6 heures du matin que les passagers ont une confirmation officielle de la présence d'un engin dangereux dans leur appareil. Hébergée dans un hôtel, Débora quittera finalement les lieux vers 16 heures, heure locale. "Avant de repartir, nous avons pu récupérer nos effets personnels restés à bord du Boeing Air France. Nous allions dans l'avion par groupe de vingt personnes, escortées par la police. Quand je suis rentrée en cabine, la scène était surréaliste. Tout était resté figé. Il y avait des couvertures par terre, des gobelets renversés, des biberons qui traînaient, des ceintures enlevées à la hâte, et bien sûr, les toboggans, restaient tels que nous les avions quittés quelques heures plus tôt.

Mombasa Athènes - Athènes Paris

C'est finalement via un vol à destination d'Athènes que Débora regagnera Roissy. "Les membres de l'équipage du vol Air France AF 463 ont été applaudis deux fois. Ils ont été formidables. Les hôtesses avaient les larmes aux yeux, pour eux, l'enfer était passé". Mais à l'émotion a succédé la colère. Après cet épisode éprouvant, la jeune femme s'est en effet étonnée de l'accueil réservé aux passagers en France et des déclarations du PDG d'Air France.

En milieu de journée lundi, elle a finalement pris un dernier avion pour regagner Nice. Elle repartira le 7 janvier, un an jour pour jour après les attentats de Charlie Hebdo, direction Sidney. "Je n'ai pas peur. Mais une chose est sûre, plus jamais je ne voyagerai avec Air France. Encore une fois le personnel navigant a été formidable et acclamé. Mais la prise en charge à l'arrivée, c'était autre chose. Air France et moi, c'est terminé".

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