Accusée d’avoir tué son mari violent, Bernadette Dimet s’exprime : "J’étais devenue sa chose"

FAITS DIVERS
COMPTE RENDU D'AUDIENCE - A quelques heures du verdict dans l’affaire Bernadette Dimet, poursuivie pour l’assassinat de son mari violent et violeur, retour sur les propos d’une éternelle victime devenue coupable présumée. Et que son avocat présente comme celle qui a en fait, le jour du crime, raté son suicide.

La comparaison était tentante. Dès l’ouverture de son procès, jeudi 4 février aux assises de l’Isère, Bernadette Dimet a pu être présentée comme un nouveau cas Jacqueline Sauvage. Il faut dire que les deux affaires résonnent entre elles, dans un écho dramatique. Voilà deux femmes qui, pendant une large partie de leur vie, ont été victime d’un homme colérique, violent et violeur. Deux femmes qui, incapables de sortir du silence, finissent par riposter d’un coup de fusil de chasse. Deux femmes qui deviennent coupables présumées, après avoir passé des décennies à être celles qui subissent.

Mais lors de sa plaidoirie ce vendredi, Frédéric Doyez, le conseil de Bernadette Dimet, a choisi de donner sa propre direction à cette affaire. Contrairement aux avocates de Jacqueline Sauvage qui en avaient fait un axe de défense, il annonce d’emblée que lui ne plaidera pas la légitime défense. Ce qu’il souhaite pour sa cliente, c’est que la préméditation ne soit pas retenue et que l’assassinat - pour lequel elle est poursuivie - devienne un meurtre. Et pour démontrer que Bernadette Dimet n’avait en tête aucun projet d’homicide, il explique qu’elle souhaitait, ce fameux 2 janvier 2012, mettre fin à ses jours. "Ce jour-là, elle veut en finir. Bernard se moque d’elle, il ne l’en croit pas capable. Il la suit dans la clairière où elle s’enfuit. Et quand le coup part, Bernadette n’entend même pas la détonation. Elle ne se souvient plus avoir appuyé sur la gâchette. Ensuite, elle dépose le fusil dans les ronces, pour que lui, qu’elle croit encore vivant, ne le retrouve pas." Il ajoute : "Cette histoire, c’est la mort qu’elle a voulu se donner et à côté de laquelle elle est passée."

"Il m'emmenait par les cheveux"

Et Bernadette Dimet dans tout cela, qu’en pense-t-elle ? Au cours de cette audience express de deux jours, on ne l’aura que très peu entendue. Quand elle prend enfin la parole, après les dépositions de ses soeurs, de ses amies et voisines, qui toutes évoquent dans un même élan "ce rustre de Bernard", sa voix est ténue, parfois entrecoupée de sanglots. Quand elle se met debout dans le box des accusés, cette petite femme paraît flotter dans sa veste de costume trop grande pour elle.

Pour sa défense, elle aussi ne sait qu’évoquer la souffrance imposée par son mari : "A 15 ans, je croyais que j’avais rencontré le prince charmant. Mais je suis devenue sa chose, j’étais une bonne à rien. Je ne méritais même pas ce que je mangeais. J’ai n'ai jamais eu le droit de passer mon permis, alors il m’emmenait au boulot. Mais après, il a plus voulu, donc je me suis achetée un scooter. Mais il n’aimait pas ça, je devais garer mon scooter chez la voisine". Elle poursuit, évoquant des rapports sexuels forcés au sein du couple : "Il me forçait, il m’emmenait par les cheveux. Il appelait ça ‘tirer un coup’".

"Où vouliez-vous qu'elle aille, à New York ?"

Un peu plus tôt dans la journée, l’avocate générale, qui a requis huit ans d’emprisonnement, avait insisté sur les différentes structures mises en place par la justice "pour faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité". Alors, avant qu’ils ne partent délibérer, Frédéric Doyez a tenu à préciser que la fuite d’une femme battue vers l’inconnu, possible dans les faits, relève souvent d’un fantasme : "Elle a essayé de partir. Mais où vouliez-vous qu’elle aille ? A New-York ? Comment lui demander de tout quitter, ses enfants, ses soeurs, son travail ?" Et l’avocat de la défense d’exprimer sa dernière requête : que Bernadette Dimet, qui comparaissait libre, ne retourne pas en prison ce soir. Verdict attendu en fin d’après-midi.

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