Affaire Alexandre Junca : face à la mère, Mickaël Baehrel livre sa part de vérité

Affaire Alexandre Junca : face à la mère, Mickaël Baehrel livre sa part de vérité
FAITS DIVERS

COMPTE-RENDU - Au quatrième jour d'audience, Mickaël Baehrel, soupçonné d'avoir frappé à mort Alexandre Junca, 13 ans, le 4 juin 2011, a livré une nouvelle version des faits. Habilement bousculé par le président et touché par les mots d'une mère, Mickaël Baehrel a notamment reconnu avoir transporté, "seul", le corps.

Elle lui montre le médaillon avec le visage d’Alexandre qu’elle porte autour du cou. Et qu’elle embrasse matin et soir "depuis cinq ans". Valérie Lance est debout face à l’homme qui est soupçonné d’avoir frappé son fils à mort. Son regard est accroché au sien. Elle ne tremble pas. Ne pleure pas non plus. "On a des questions, vous avez les réponses. La plus lourde : est-ce qu’Alexandre était vivant ce soir-là, après le coup ? S’il n’était pas mort, qu’est-ce qu’il vous a dit ? Arrête ? Ne me tape pas ? On ne peut pas se contenter de sortir de ce procès avec ce qui est écrit dans le dossier. (…) Vous m’avez pris mon bébé, mon poussin. Je ne vais pas vous supplier mais s’il faut le faire, je le ferai. Donnez-nous la vérité. On en a besoin.".

Après quatre jours d’un procès sans réelle réponse, la mère d’Alexandre Junca vient de trouver les mots qui vont ramener Mickaël Baehrel sur le chemin de la vérité. Un peu plus tôt, appuyé par l'avocat général, le président avait entamé un long travail au corps sur l'accusé, enfermé dans sa carapace de contradictions et de dénégations. "Rejoignez-nous dans l'humanité. Les parents ont le droit de savoir (...) Soyez un homme", lui avait-il glissé en évoquant habilement son père, qu'il érige en "modèle", et qui viendrait témoigner à la barre quelques heures plus tard.

"Je l'ai traîné"

"Ce soir-là, reprend alors Mickaël Baehrel touché, j’ai croisé Alexandre. Camy lui avait déjà volé le téléphone, j’ai voulu le récupérer. Alexandre est revenu. Il y a eu deux coups de poing de ma part, puis je ne sais pas pourquoi, j’ai sorti le marteau, et j’ai donné un premier coup. Camy est parti en courant. J’ai été le seul à violenter Alexandre". Valérie Lance n’ose bouger devant les prémices de ses révélations. "Qui a transporté le corps?", relance d'une voix posée le président. "C'est moi", lâche l'accusé. "Tout seul?" - "Oui. Je l’ai attrapé par les bras et je l’ai traîné. C'est horrible... J'ai du mal à l'assumer". C'est la première fois que le jeune homme de 30 ans reconnaît que Christian Pierre, cet ami marginal décédé en 2012, n’était pas à ses côtés pour porter le corps de l'enfant jusqu’à l’immeuble de sa compagne Fatima Ennajah, à 100 mètres de là.

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Christian Pierre, appelé à la rescousse, ne l’aurait rejoint qu'après avec une poubelle dans laquelle ils auraient déposé le cadavre. "On est rentrés chez Christian Pierre rue Montpensier avec la poubelle qu'on a laissée dans la cour sous le porche". Une version qui collerait plus facilement avec les constatations des enquêteurs et l’examen téléphonique des différents protagonistes. Mickaël Baehrel maintient en revanche que Claude Ducos, 76 ans, soupçonné d'avoir démembré le corps, lui a rendu service le lendemain en emportant le corps dans sa 605. "Ce sera notre petit secret" aurait murmuré le chasseur de Cabidos avec qui il entretenait des relations sexuelles tarifées.

"Une part d'humanité"

Quelques jours plus tard, le retraité serait revenu avec "dix sacs plastiques" entreposés à l'arrière de son 4x4. "C’est vous qui avez eu l’idée de mettre le corps à cet endroit (une digue du Gave) ? - "Honnêtement oui", poursuit Baehrel. A l'aube, tandis que le plus vieux lançait un gros sac dans la rivière, le plus jeune enfouissait les morceaux de corps. Puis à la question qui hante cette mère, reprise par un des avocats," êtes-vous sûr qu'après les coups, Alexandre était mort ?", Mickaël Baehrel prononce trois mots : "Pour moi, oui". Après une matinée particulièrement dense, l'audience est suspendue. Le public semble secoué, Valérie Lance, soulagée. Sur celui qui s'était lui-même décrit comme un "monstre", la mère d'Alexandre confie : "Je ne dirai pas que j'ai vu un humain, parce que c'est un peu dur encore pour moi de dire ça, mais oui, j'ai vu une part d'humanité aujourd'hui chez M. Baehrel". 

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LE PARCOURS DES ACCUSÉS
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