Affaire Benalla : que s'est-il passé le 1er mai, place de la Contrescarpe ?

FAITS DIVERS
MINUTE PAR MINUTE - Depuis les révélations du "Monde", les investigations se multiplient concernant Alexandre Benalla et les circonstances des incidents survenus le 1er mai sur la place de la Contrescarpe à Paris. LCI reprend la chronologie des faits.

C'est un peu l'angle mort de l'affaire d'Etat que sont devenues les errements d'Alexandre Benalla. Que s'est-il passé précisément, place de la Contrescarpe, dans le 5e arrondissement de Paris, le 1er mai dernier ? Alors que trois enquêtes sont en cours (parlementaire, judiciaire et par l'Inspection générale de la police nationale), celle ouverte par le parquet le 19 juillet doit notamment établir les circonstances dans lesquelles Alexandre Benalla a violenté un couple en usurpant les attributions d'un policier. Retour ce que l'on sait du déroulement des faits.

1. Le couple jette des projectiles aux CRS

Autour de 18h30, le 1er mai, un "apéro militant" est organisé par le Comité d'action inter-lycéen, place de la Contrescarpe, peu après les manifestations tumultueuses de la Fête du travail. Y sont présents des dizaines de jeunes gens, parmi lesquels le couple qui sera par la suite molesté par Alexandre Benalla. Des CRS arrivent ensuite pour boucler la place, provoquant une confrontation avec les personnes présentes, selon le récit fait au Monde par une témoin, auteure d'une vidéo publiée le 19 juillet. Après une première charge de CRS, le jeune homme et la jeune femme sont vus près de la terrasse d'un café, jetant, pour le premier, "une carafe ou une bouteille d'eau" sur les forces de l'ordre, selon son avocat et, pour la deuxième, ce qui ressemble à "un cendrier", bras d'honneur à l'appui. Un comportement "irréfléchi" que leur avocat met sur le compte de "la première charge des CRS et des coups qu'ils ont reçus".

2. Benalla et Crase repèrent le couple

Pendant ce temps-là, Alexandre Benalla, brassard de police au bras, et Vincent Crase, salarié d'En Marche, se tiennent en retrait sur le trottoir de la rue Lacépède, à côté de Philippe Mizerski, le major détaché pour accompagner le chargé de mission dans sa journée "observation" au milieu des forces de l'ordre. Voyant agir le couple, Vincent Crase les désigne à Alexandre Benalla, et les deux hommes franchissent la barrière qui les sépare de la chaussée pour rejoindre les CRS, avec lesquels Benalla discute, désignant du doigt le couple. Ils reviennent ensuite vers Mizerski, sept minutes plus tard, calcule Libération qui diffuse la vidéo, avant de s'en prendre au couple.

3. Violence sur le couple, épisode 1

C'est la séquence par laquelle le scandale arrive, révélée par Le Monde dans la soirée du mercredi 18 juillet. C'est sur ces images qu'on voit Alexandre Benalla s'en prendre, casque à visière sur la tête, aux deux manifestants. Il est d'abord vu extirpant manu militari la jeune femme, son bras tenant fermement son cou, de la cohue, puis disparaît du champ de la caméra. Dans une autre vidéo, obtenue par le Huffington Post, et diffusée jeudi 19 juillet, on voit Benalla, accompagné par Philippe Mizerski (qui a traversé la rue), plaquer la jeune femme contre la vitrine d'un bar, et la faire tomber, s'y prenant à deux reprises. Dans le même temps, son compagnon tente d'échapper à l'emprise des CRS, leur opposant une résistance passive, tandis que Vincent Crase lève à plusieurs reprises la main sur lui et lui intime de se relever. "J'ai appréhendé quelqu'un et l'ai remis aux policiers", justifie-t-il auprès du Monde : "Ils cassaient en toute impunité".

4. Violence sur le couple, épisode 2

C'est à ce moment-là qu'Alexandre Benalla revient dans le champ de la vidéo publiée par Le Monde. Alors que le jeune homme est péniblement extirpé par les CRS et Vincent Crase de la place de la Contrescarpe, il tombe à genoux devant Vincent Crase, qui lui demande : "Tu me lâches !" ; "Ecoute-moi, écoute-moi !". Alexandre Benalla arrive derrière le jeune homme, le relève violemment en le tenant par le cou, et le traîne sur quelques mètres. Le jeune homme tente de s'échapper de son étreinte, mais Benalla lui inflige des coups sur la nuque, toujours sous le regard des CRS. Le jeune homme ploie sous les coups et se retrouve à nouveau à terre, où Benalla le frappe à nouveau, avant de s'arrêter quelques instants puis, s'apercevant qu'il est filmé par des vidéastes amateurs, s'en retourne auprès du major Mizerski. Le jeune homme, plié en deux, se relève péniblement, et, entouré de badauds, rejoint sa compagne, très éprouvée. En pleurs, elle s'écrie : "Ils sont malades, ils sont malades."

5. Le couple pris en charge par des CRS

C'est une dernière vidéo qui renseigne sur la conclusion de cette violente séquence. Diffusée sur Mediapart, elle montre Benalla amenant le couple aux CRS, leur indiquant semble-t-il de procéder à leur interpellation. Face à l'agitation devant la scène, le chargé de mission remet sa visière et se charge d'écarter les badauds qui s'attardent. Tandis que, deux mètres plus loin, le couple, la jeune femme debout tenant la main du jeune homme assis, tente d'éviter l'interpellation, recevant quelques coups au passage. La séquence se termine alors qu'on voit le jeune homme assis, de dos, menottes au poignet. 

De la bouche de leur avocat, Me Sahand Saber, mercredi 25 juillet sur LCI, on apprendra qu'il n'y a eu ni garde à vue, ni audition policière, mais relevé d'identité. Ce que l'avocat considérera comme une tentative d'"étouffer l'affaire". Le soir même, autour de 20h, Alexandre Benalla assistera au débriefing à la préfecture de Paris, comme le raconteront Gérard Collomb et Alain Gibelin en commission d'enquête. Le 2 mai, après que l'information de sa présence a été - on ne sait encore comment - notifiée à son supérieur hiérarchique, qui l'avait autorisé à participer aux opérations "en observateur", lui notifiera sa sanction de 15 jours de mise à pied. Les faits resteront ignorés du grand public jusqu'aux révélations du 18 juillet.

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Benalla, l'affaire sans fin

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