Affaire Maëlys : aveux, ossements retrouvés... retour sur une journée "éprouvante" qui clôt six mois de questionnements

FAIT DIVERS - Les restes de la petite Maëlys, disparue fin août en Isère, ont été retrouvés mercredi en fin d'après-midi sur les indications de Nordahl Lelandais qui a admis avoir tué "involontairement" l'enfant. Retour sur une journée qui a tout chamboulé.

"Ils ne sont plus dans l’ignorance, mais savent que leur fille est morte, qu’elle a été tuée et, il y a quelques minutes, nous venons de leur apprendre que nous avons découvert les restes de l’enfant." Les mots sont brefs, mais disent tant de choses. D’emblée, en prenant la parole ce mercredi soir à 18h, le procureur de Grenoble met un point final à six mois de questionnements. Ce mercredi 14 février au soir, l’affaire Maëlys trouve son épilogue.  


Ce fut une "journée dense et éprouvante pour tout le monde", dit le procureur devant les journalistes, lors d’un point-presse à Pont-De-Beauvoisin. "Une journée extraordinaire", commente un peu plus tard Alain Jakubowicz, l’avocat de Nordahl Lelandais. Une journée aussi sans doute attendue, mais si éprouvante pour les parents de la petite Maëlys, dans l'espoir d’un dénouement.

Heure par heure

Dans la matinée, l’information est tombée : mercredi matin, un peu avant 8h, Nordahl Lelandais, écroué depuis septembre comme principal suspect dans l’affaire de la disparition de la petite Maëlys, a été extrait de sa cellule pour se rendre à Grenoble, où il a été entendu par les juges d'instruction chargés de l'affaire. Un petit évènement en soi, puisque ce n'est que la deuxième fois que l'ancien maître-chien rencontre les magistrats. Un peu plus tard dans la matinée, une précision tombe : l'entretien a eu lieu à la demande de Nordahl Lelandais. Voilà qui change encore la donne, l’homme ayant toujours nié le crime et refusé de coopérer, enfoncé dans un profond mutisme.

À cette heure, le scénario et les déplacements de la matinée s'écrivent à l'aveuglette : après Grenoble, Nordahl Lelandais a été conduit vers 11h à Pont-de-Beauvoisin, en Isère, lieu de la disparition de la fillette. Et c’est sous bonne escorte qu’il arrive à la gendarmerie de la commune, accompagné du procureur Jean-Yves Coquillat, du procureur adjoint de Grenoble, des juges d'instruction et de son avocat Me Alain Jakubowicz. Il y reste environ une heure, puis est transporté "sur un autre lieu", en compagnie d'un convoi de sept à huit véhicules de gendarmerie, dont celui de l'identification criminelle : Domessin, en Savoie, résidence du suspect et de ses parents. C'est là, a-t-on appris par la suite, que le suspect a déposé une première fois le corps de Maëlys, avant de retourner à la soirée de mariage, puis de revenir le chercher pour le cacher plus loin.

Nordahl Lelandais a admis avoir tué l'enfant involontairementJean-Yves Coquillat, procureur de Lyon

Le laboratoire mobile et une vingtaine d’experts de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale) suivent les troupes. Des effectifs qui laissent à penser que des fouilles se préparent. Le convoi quitte d'ailleurs Domessin vers 12h45 et s'engouffre vers des routes de montagne. Des sources proches de l’enquête indiquent que le suspect "coopère". Les recherches se déroulent désormais dans un endroit reculé, escarpé, les gorges de Chailles. En fin d’après-midi, Le Dauphiné Libéré croit savoir que Nordahl Lelandais a avoué avoir tué "accidentellement" Maëlys. Mais rien ne filtre encore vraiment : a-t-on retrouvé le corps ? Le suspect numéro un a-t-il vraiment avoué ?


C’est la conférence de presse du procureur de Grenoble Jean-Yves Coquillat, à 18h, à Pont-de-Beauvoisin qui vient éclairer le dossier, ouvert le 27 août dernier. Il prend la parole, visiblement ému. Il annonce que "les restes de la petite Maëlys ont été découverts", que "Nordahl Lelandais a admis avoir tué l'enfant involontairement", et qu’il a "refusé de s'expliquer sur les circonstances de la mort de Maëlys". Une nouvelle ligne de défense pour le suspect numéro 1 qui intervient après une découverte déterminante : une trace de sang de l'enfant prélevée dans le coffre de sa voiture. Acculé, l'homme a fini par parler. 

Cela a été une journée dense et éprouvante pour tout le mondeJean-Yves Coquillat, procureur de Grenoble

Sur place, la journée de recherche semble avoir été difficile. Il a emmené les enquêteurs à une dizaine de kilomètres, dans les Gorges de Chailles, un lieu "où il y a de la forêt, où il y a un petit ravin, extrêmement reculé", a précisé le procureur. "Il nous a fallu la journée pour retrouver l’endroit où il s’était débarrassé du corps. Les recherches ont été rendues très difficiles, la neige étant tombée cette nuit. Les constatations ont été extrêmement difficiles". Des ossements, un crâne et un os long, ont été découverts peu avant la nuit par les chiens des gendarmes. "Cela a été une journée dense et éprouvante pour tout le monde, juges d’instruction, enquêteurs, les conditions atmosphériques ne nous ont pas facilité la tâche", a-dit encore le procureur. 


Alain Jakubowicz, l’avocat, a, juste après, raconté lui aussi cette "journée extraordinaire". Et s'est félicité de la bonne coopération de son client. "Quand Nordahl Lelandais a caché le corps, c’était la nuit. Il n’était pas du tout sûr de retrouver cet endroit. On a pris une route, une autre route", raconte l’avocat. "Puis à un moment on a appelé une déneigeuse, et petit à petit on a vu qu’il se réappropriait les lieux. Ce sont des endroits extrêmement escarpés, on le voyait montrer des rochers, en disant je pense que c’est là... C’est sûr certains pensaient qu’il nous menait en bateau. Lorsqu’il a indiqué ce lieu, nous avons commencé à redescendre, tous. A un moment, il a dit 'je veux y retourner'. Nous avons rebroussé chemin. Il s’est effondré, à genoux et en larmes." Les parents de la petite Maëlys, eux, accusent le coup après six mois d'une attente insoutenable. "Nous gardons le silence par respect et dignité après cette terrible nouvelle",  ont-ils fait savoir par l'intermédiaire de leur avocat. Ils ignorent toujours ce qu'il s'est passé cette funeste nuit d'août quand leur fillette de 9 ans a croisé le chemin de Nordahl Lelandais. Ce jeudi, les recherches sur le terrain reprenaient pour tenter de retrouver l'intégralité de son corps et tenter de comprendre comment elle est morte. 

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