Affaire Maëlys : pour l’avocat du principal suspect, le procureur a dit des choses "totalement contraires à la réalité du dossier"

RIPOSTE - Cent jours après la disparition de Maëlys, 9 ans, au cours d'une fête de mariage organisée à Pont-de-Beauvoisin Isère, l'avocat du principal suspect, Nordahl L. s'est longuement exprimé ce lundi soir chez nos confrères de BFMTV. Pendant une vingtaine de minutes, Me Alain Jakubowicz a défendu son client, assurant notamment que la chronologie donnée jeudi par le procureur de la République de Grenoble était "impossible".

"Le réquisitoire télévisuel du #Procureur de Grenoble me contraint à sortir de la réserve à laquelle je me suis astreint dans le terrible dossier de la petite #Maelys. Je m’exprimerai lundi à 19h30 sur le plateau de @ruthelkrief sur @BFMTV." C'est en ces termes que, vendredi dernier,  Me Alain Jakubowicz avait annoncé sur le réseau social Twitter qu'il sortirait de son silence.  

Jeudi dernier,  à l'issue de l'interrogatoire de Nordahl L., principal suspect dans l'affaire Maëlys, le magistrat Jean-Yves Coquillat avait en effet donné une conférence de presse. Au cours de celle-ci, il avait indiqué que le trentenaire avait été mis en examen pour "meurtre précédé d'un autre crime" (enlèvement en l'occurrence). 

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Affaire Maëlys : le suspect mis en examen

Jusqu'alors, l'ancien militaire âgé de 34 ans était mis en examen pour "enlèvement, séquestration ou détention arbitraire de mineur de 15 ans". Il avait été placé en détention provisoire le 3 septembre dernier. 


Pour l’avocat de Nordahl L., la communication du procureur de la République jeudi dernier devant la presse a été le facteur déclencheur qui l’a poussé à parler. "Lorsque le procureur vient devant la presse énoncer des choses qui sont totalement contraires à la réalité du dossier, je ne peux plus le supporter. Il n’est pas acceptable de tenir les propos qui ont été tenus ". 

Une chronologie qui ne colle pas selon l'avocat de Nordahl L.

Me Jakubowicz assure sur BFMTV que la chronologie donnée il y a quatre jours par le magistrat  est "objectivement contraire à la réalité du dossier pénal". 


Jeudi soir, Jean-Yves Coquillat avait ainsi indiqué que Maëlys avait disparu dans la nuit du 26 au 27 août 2017  "à 2h45". "A 2h46 et 12 s, Nordahl L. mettait son téléphone en mode avion. A 2h47, son véhicule est filmé par une caméra de vidéosurveillance du centre-ville de Pont-de-Beauvoisin, avait poursuivi le magistrat. A l’avant du véhicule, une silhouette frêle, de petite taille, qui est vêtue du robe blanche se trouve sur le siège passager avant. A 3h24 et 29 s le véhicule est de nouveau filmé en sens inverse par une caméra vidéo, dans le sens du retour, le conducteur est alors seul dans la voiture". 


"Ça c’est l’interprétation qui été jetée en pâture aux Français. Il n’y a qu’à voir les titres le lendemain : ‘Les preuves accablantes’, Nordahl L. est coupable, il ne reste plus qu’à appuyer sur un bouton pour qu’il soit condamné. Ce n’est pas le dossier, je vous le dis les yeux dans les yeux et je le dis à toutes les personnes qui nous entendent et qui nous écoutent".

 

L’avocat explique que si l’on prend la chronologie donnée par le procureur, "le meurtre – puisque l’on parle désormais de meurtre de façon pour le moins hâtive,  a donc été perpétré entre 2h45 et 3h24." 

"A 3h28, Maëlys n'est pas portée disparue"

Chez nos confrères, l'avocat, s’appuyant sur plusieurs témoignages, a donné une toute autre chronologie de la soirée. Ainsi, les grands-parents de Maëlys auraient dit qu’ils avaient vu la petite à 2h45 et qu’ils lui aurait "demandé de rentrer avec eux car il était tard". La fillette aurait dit : "Je m’amuse et je ne rentre pas". A 2h45, un témoin assure avoir "joué au football avec la petite Maëlys dans la salle  réservée aux enfants", ajoute l'avocat  


Par ailleurs, à 3 heures du matin, d'autres personnes disent que Maëlys était encore à la fête. "L'un d'eux déclare : ‘elle était avec tout le monde, ils dansaient, ils chantaient. Un autre dit qu'à ce moment, il n'y avait ‘rien d’anormal’, que Maëlys n’a pas disparu", fait savoir Me Jakubowicz. 


"A 3h15, le cousin de la maman de Maëlys quitte le mariage. Il croise Maëlys qui lui dit ‘Au revoir, fais un bisou à ta fille de ma part’". Selon Me Jakubowicz, ce témoin a confirmé à trois reprises cette heure de 3h15. Comme sa compagne... "Ces gens-là qui troublent l’accusation ont été entendus plusieurs fois", insiste l’avocat de Nordahl L. 


 "Nous savons avec une quasi-certitude qu’avant 3h30, personne ne s’inquiète de la disparition de Maëlys. Que des gens qui partent à 3h30 du mariage disent qu’elle n’a pas disparu (…) La chronologie donnée par le procureur est impossible", martèle l'avocat Jakubowicz, qui déplore que "tous ces témoins" soient "passés par perte" par le parquet même s'il concède des "zones d'ombre" dans le dossier.

"Nordahl L. a quitté la soirée à 3h55"

Interrogé sur l'horaire de départ de Nordahl L. de la fête, Me Jakubowicz dit qu'il a quitté les lieux à 3h55. "Toute l’accusation du procureur de la République dans son réquisitoire de jeudi soir repose sur le postulat selon lequel cette enfant a disparu à 2h45 et à partir de là, Nordahl L. devient l’ennemi public numéro 1, voué aux gémonies. Toute la France hurle contre lui. Il faut voir ce qu’il y a sur les réseaux sociaux. On oublie simplement qu’à 3h15, on la voit dans le mariage". 


Concernant l’Audi que l’on voit sur les images extraites des caméras de vidéosurveillance, semblable à l'Audi de Nordahl L., l'avocat rétorque : "Il y a trois fêtes ce soir-là dans la bourgade, on est en plein mois d’août. Vous savez combien il y a d’Audi A3 en France ? Il y a plusieurs centaines de personnes qui en ont une". 

Sur les images, pas Maëlys mais une femme

Interrogé  sur les images sur lesquelles l'enfant  "semble apparaître" côté passager dans la voiture filmée dans la nuit du 26 au 27 août,  l’avocat  dénonce le "montage photographique" fait par BFMTV. "C’est une honte", dit-il. "J’aimerais savoir comment quelqu’un a vu cette photo. Comment cette violation supérieure  du secret de l’instruction a été faite. C’est scandaleux !". 


Me Jakubowicz est catégorique, la "silhouette frêle" évoquée par le procureur n'est pas Maëlys. "Venir dire qu’il s’agit d’une petite silhouette d’une enfant, c’est contraire à la réalité. (…) On distingue un passager qui est une passagère, qui a les cheveux longs et bruns. Maëlys avait les cheveux relevés. (…) Très important, le décolleté de la robe. La petite fille a une robe avec un col rond qui descend un peu bas. Le décolleté en question est le décolleté de femme, qui est profond, qui va jusqu’à la naissance de la poitrine et qui est carré. C’est une des choses rares que l’on peut distinguer." 

Depuis le premier jour, Nordahl L. "clame son innocence"

"Je suis aux côtés d’un homme que l’on accuse du pire meurtre qui puisse exister. D’avoir enlevé une enfant, d’être un pédophile… Alors que dans le dossier il n’y a pas l’ombre d’un soupçon de commencement qui pourrait laisser penser qu’il ait  ne serait-ce qu’un penchant pédophile", commente  l’avocat sur BFM. 


Et de conclure : "Dans une affaire de cette nature, on veut tous savoir la vérité. Mon client s’est toujours exprimé. Il répond aux questions qui lui sont posées. Depuis le premier jour il a clamé son innocence". 

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Disparition de Maëlys à un mariage

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