Appel à témoins après des violences policières à Nantes : " L'IGPN veut la peau du policier"

FAITS DIVERS

FAIT DIVERS - La police des polices a diffusé un appel à témoins pour identifier le policier qui aurait blessé au visage un homme au cours de la manifestation contre la loi Travail le 24 mars à Nantes. Alertés de la diffusion de ce document, les policiers de la ville de Loire-Atlantique n'ont pas tardé à exprimer leur mécontentement.

Les policiers de Nantes sont tombés des nues. Quelques jours après la manifestation contre la loi Travail à Nantes (Loire-Atlantique), manifestation émaillée d'incidents, un fonctionnaire est tombé nez à nez avec un appel à témoins pour le moins hors du commun.

Le document, qui avait en en-tête les logos du ministère de l’Intérieur et de l'IGPN, police des polices, a été collé et déposé dans les boîtes aux lettres du boulevard Amiral-Courbet, comme l'a révélé Libération ce jeudi. Sur cet appel, on peut ainsi lire : "Le 24 mars à Nantes avait lieu une manifestation contre le projet de la loi du travail. Aux alentours de 14 h 00, rue Amiral-Courbet, un manifestant aurait été victime de violences de policiers. Si vous avez été témoin de cette action policière, merci de prendre attache avec la délégation de l'IGPN à Rennes" suivi du numéro de téléphone dédié.

"Outrés de la façon de faire"

"Un collègue est venu me voir il y a quelques jours avec cette affichette qu'il avait ramenée du boulevard Amiral-Courbet. D'ailleurs, elle était déchirée. Il était tellement outré de la façon de faire. J'ai dû la recoller pour la garder", raconte Stéphane Léonard, secrétaire départemental d'Unité-Police SGP-FO, second syndicat des gardiens de la paix joint ce vendredi par metronews.

Ni une ni deux, Stéphane Léonard prend son téléphone et appelle le numéro figurant sur la feuille. "Je voulais vérifier que ça n'était pas un canular, c'était tellement gros" dit-il. Comme tout appelant, il doit décliner son identité à son interlocutrice. "J'ai dit que j'étais policier. Que je voulais vérifier que ce numéro était bien celui de l'IGPN". L'information est alors confirmée. "J'ai tout de suite exprimé ma colère. J'ai dit que nous, policiers, nous ne supportions pas ce genre de procédé et qu'il y avait deux poids et deux mesures".

Une autorisation pour afficher ?

Stéphane Léonard rappelle alors à son interlocutrice que le 22 février 2014, " 129 collègues ont été blessés au cours d'une manifestation de zadistes à Nantes ", que "90 plaintes avaient été déposées" et que celles-ci, deux ans après, "étaient toujours sans suite". "Je lui ai dit ensuite que je n'étais pas hostile sur le fond. Que l'IGPN faisait son travail dans le cadre d'une enquête. Mais que cette manière de faire, que ce procédé, déplaisait à tous les fonctionnaires" ajoute-t-il.

Le syndicaliste a d'ailleurs été plus loin. "La police des polices n'est pas habituée à ce qu'on lui pose des questions. Moi, j'ai quand même demandé si elle avait eu une autorisation de la ville de Nantes pour afficher cet appel à témoins. Elle m'a répondu : "Ecoutez Monsieur, un appel à témoins, il n'y a pas besoin d'autorisation !". Comme je ne voulais pas perdre la face vis-à-vis de mes collègues, j'ai poursuivi en disant : 'C’est pas compliqué, de toute façon mes collègues sont très énervés. Collez-en autant que vous voulez et on va tout arracher, il n'y en aura plus de toute façon".

"Faut pas abuser quand même !"

Le policier, comme ses collègues, estime qu'un appel à témoins est "très utile" mais que "c'est quand même un peu réservé à des cas spécifiques, dans des situations exceptionnelles dans ce pays comme ailleurs". "Un appel à témoins dans le cadre d'une alerte enlèvement, on comprend très bien, c'est efficace. L'appel à témoins pour retrouver l'homme au chapeau , c'est essentiel. Là, on est en train de mettre au même niveau un fonctionnaire de police et un terroriste ou un kidnappeur d'enfant. Faut pas abuser quand même ! Ça me paraît complètement indécent", s'énerve le syndicaliste.

Pour Unité SGP-FO, le fait de diffuser cet appel à témoins est "très à charge contre les policiers". "Avec ce document, vous comprenez que l'IGPN veut la peau du policier avant même qu'il ne soit jugé" estime Stéphane Léonard.

L'IGPN reconnaît une maladresse

Interrogée par Libération au sujet de cet appel à témoins, Marie-France Monéger-Guyomarc’h, directrice de l’IGPN, a indiqué qu' "un seul papillon avait été affiché sur un bâtiment, et une petite dizaine d’autres a été déposée dans des boîtes aux lettres". Elle ajoute : "C’est une technique qui n’est ni illégale ni illégitime. Tous les policiers qui cherchent des témoins font du porte à porte ou laissent des appels à témoin dans les boîtes aux lettres. Cela ne préjuge pas du tout de la nature des témoignages. Nous travaillons à charge et à décharge". 

Elle reconnaît toutefois une" maladresse" et comprend que "cela ait pu être mal reçu, dans le contexte où les forces de l’ordre sont l’objet de suractivité, reçoivent des quolibets, des œufs ou même des coups". Selon elle, ses collaborateurs " auraient pu afficher plus de neutralité dans la rédaction". Toutefois, elle estime que la "démarche n'a rien de scandaleux".

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