Après les attentats, des policiers désarmés

FAITS DIVERS
POLICE - Les forces de l'ordre ont payé un lourd tribut dans les attentats. Lundi matin, les syndicats de police sont reçus par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve. L'occasion pour eux de revenir sur le manque de moyens matériels et humains, mis en lumière par les récentes attaques.

L'image a fait le tour du monde : un manifestant embrassant un CRS lors de la marche républicaine en hommage aux victimes des attentats. "Ces moments-là font du bien même si on sait qu'ils ne dureront pas", commente un policier parisien. Derrière le gilet pare-balles, l'homme fend l'armure. "Les événements que nous avons vécus nous ont durement marqués. Le soutien de la population est formidable mais, maintenant, il faut que l'administration nous donne les moyens de la protéger et de nous protéger. Face à ce genre d'attaques, on se sent parfois désarmé", confie-t-il.

Cet officier de 42 ans se fait l'écho de nombre de ses collègues, les policiers ayant été mis à rude épreuve depuis dix jours. Trois d'entre eux, Clarissa Jean-Philippe, Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet, ont été tués dans les attentats. "La situation n'est pas nouvelle. Mais quand on commence à faire l'inventaire, la prise de conscience est rude. Les effectifs, le matériel, l'armement et les moyens de défense font défaut", assure Pascal Disant, du syndicat de policiers Alliance, qui décrit des policiers sous pression et inquiets depuis les attaques. “Dans le cadre du plan Vigipirate, tous les congés ont été supprimés. On sait que le contexte demande des efforts mais il faudra aussi prendre en compte la fatigue des organismes.”

"Des policiers en première ligne"

Un constat partagé par le syndicat UNSA Police. “Les unités spécialisées sont très bien équipées mais les ‘primo-intervenants’ dans la police française ne sont pas armés face à des terroristes, poursuit son secrétaire général, Philippe Capon. On s'en est malheureusement rendu compte avec le décès d'Ahmed Merabet. Le premier policier intervenant, le brigadier de Police-secours, celui qui répond au 17, se retrouve en première ligne.” Au soir de la mort de Clarissa Jean-Philippe, le président national du Syndicat de défense des policiers municipaux, Cédric Michel, nous faisait également part de sa colère  : “Elle n'était pas armée et n'avait pas de gilet pare-balles. Son collègue n'a pas pu riposter car il n'était pas armé non plus… ll est irresponsable que les policiers municipaux ne soient pas tous armés.”

Les syndicats de police, toutes tendances confondues et de manière inédite, ont demandé jeudi à être reçus par le président de la République. Lundi, ils rencontreront leur ministre, Bernard Cazeneuve. “Sans être alarmiste, nous savons que la situation n'est pas stabilisée. On sait qu'un certain nombre de radicaux se promènent en France. Les mesures qui seront notamment dévoilées dans la semaine en matière de terrorisme et de cybercriminalité sont très attendues, conclut Philippe Capon. On a un retard énorme, que l'on est en train de rattraper. Mais, jusque-là, on était complètement à la rue", juge-t-il.

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