Attaque au couteau à Paris : sur les bords du Canal de l'Ourcq, élus et riverains dénoncent "la non assistance à quartier en danger"

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INSÉCURITE - L'attaque au couteau survenue dans le XIXe arrondissement de Paris a provoqué consternation et colère de la part des habitants. Dans ce secteur festif du nord-est de Paris, élus et riverains déplorent un sentiment d'insécurité de plus en plus prégnant. Le maire de l'arrondissement appelle à l'aide.

"Ça devait arriver. Ça ne doit plus arriver." Quelques heures après l'attaque au couteau survenue dans le quartier festif du Canal de l'Ourcq à Paris (XIXe), l'émotion se mêle à la consternation. Un homme d'une trentaine d'années a fait sept blessés à quelques pas du cinéma MK2. Quatre des victimes étaient toujours dans un état grave lundi soir. Si les analyses toxicologiques sont finalement négatives , ce fait divers n'en attise pas moins le sentiment d'insécurité plus marqué dans le quartier depuis plusieur ssemaines. 


Si les motivations de l'agresseur ne sont, pour l'heure, pas connues, la présence plus importante de toxicomanes ces dernières semaines dans ce quartier "à l'épreuve" - selon les mots du maire de l'arrondissement - exaspère et inquiète les habitants. 

Ce lundi, le long des berges du canal - très fréquenté par les promeneurs et les familles - des riverains font leur footing à quelques mètres de toxicomanes, assis à même le sol, dont le regard sans expressivité semblent fixer un point au loin. 


"Mon activité professionnelle  se situe à une heure de Paris. De ce fait, je dois quitter mon appartement sous les coups de 6h30", nous raconte  Daniel, 50 ans, et qui habite le Quai de l'Ourcq depuis 4 ans. "Je me déplace en transports en commun et je dois prendre le métro Jaurès. C'est le plus proche de chez moi", précise ce cadre dans le secteur de l'automobile. "Je dois reconnaître que cela m'angoisse complètement", peste cet homme trapu. "L'hiver dernier, en pleine nuit, il m’est arrivé de me faire courser par trois toxicomanes qui en voulaient à mon argent", révèle Daniel depuis le hall de sa résidence. 


"D'une part, je considère que c'est positif que de nombreuses associations œuvrent pour aider ces individus. Mais d’un autre côté, je trouve cela dommage qu’elles soient hyper concentrées dans notre arrondissement", poursuit le quinquagénaire à LCI

Des propos qui ne manquent pas de faire réagir la gardienne de l'immeuble de Daniel. "Les drogués volent dans le quartier", révèle cette femme âgée d'une cinquantaine d'années. "Ils volent dans les box des particuliers", détaille t-elle avant de dégainer son smartphone afin de dévoiler des images captées par les nombreuses caméras de surveillance de l'immeuble. "Ils agissent en toute impunité", affirme-t-elle, alors que ses photos dévoilent un jeune homme embarquant un vélo, à visage découvert. "Ils chapardent pour revendre ces marchandises.  Et avec l’argent, ils achètent de la poudre blanche", assure-t-elle. 



Lina, une jeune éditrice âgé de 24 ans abonde en ce sens. "J’habite l’Avenue Jean-Jaurès depuis six ans. Et je considère que le quartier s’est dégradée depuis 1 ou 2 ans. Je me fais souvent aborder par des toxicomanes pour de l'argent, aux abords de La Rotonde de la Place Stalingrad, mais je n’ai jamais été confrontée à une personne violente. J’évite de me balader tard le soir toute seule", explique cette jeune femme au regard vif.

Cédric, un électricien de 32 ans qui réside Avenue Secrétan n’a pas eu cette chance. "Je me suis fait agresser en janvier dernier devant mon immeuble. Je rentrais de soirée et il était presque 2 heures du matin quand trois individus m’ont roué de coups. Ils  sont parvenus à me prendre mon portefeuille", dépeint-il, la voix encore chevrotante.


Une situation qui ressemble au jeu du chat et de la souris selon Lucie, une étudiante en psychologie âgée de 25 ans qui promène son chien de race Jack Russell, rue Henri Nogueres. "Il y a toujours eu  pleins de toxicomanes dans le quartier. Pour éviter les problèmes, je suis les conseils de ma mère. Je ne promène pas mon chien tôt le matin ou très tard le soir. Et même si cela n’est pas très bien, je le laisse faire ses besoins dans la cour de notre immeuble."

"La drogue du pauvre"

Le crack, dite "drogue du pauvre", est majoritairement consommée par des SDF. D'après les autorités et les associations, la présence de fumeurs de crack dans les rues de Paris n'est pas un phénomène nouveau. Cette dernière fabriquée à base d’un dérivé de cocaïne et de bicarbonate, voire d’ammoniac, fait des ravages dans la capitale depuis plus de dix ans. 

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Crack dans métro : la peur des conducteurs

Le démantèlement de la "colline du crack" a tout changé

"À partir de 2007, on a assisté à un tournant. Certains trafiquants issus de cités de banlieue ont investi le marché du crack, le produisant en très grande quantité. Un quartier du 19e arrondissement de Paris est devenu une véritable plaque tournante du trafic, ouverte 7 jours sur 7. En 2014, ce lieu de vente a été démantelé et les trafiquants et les usagers se sont retrouvés dans le métro", a notamment raconté en janvier dernier à La Croix le docteur Agnès Cadet-Taïrou, médecin de santé publique à l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).  Mais depuis l'été, suite à l'évacuation de la "colline du crack" , un lieu de consommation situé dans le quartier de la Chapelle, le retour de consommateurs de crack dans le XIXe semble avoir attiser les tensions. Une pétition en ligne a demandé d'urgence au préfet d'agir  afin d'éviter à ce quartier Stalingrad de redevenir - comme il y a plus de 20 ans - un quartier gangrené par le trafic de drogue. 

"Non assistance à quartier en danger" ?

Dans une tribune postée lundi en début de soirée, le maire de l'arrondissement François Dagnaud a une nouvelle fois réclamé des moyens et condamné la "non assistance à un quartier en danger": "Ces faits sont un coup de tonnerre dans un ciel que l'on savait menaçant. [..]  Le fait est que Stalingrad est (re)devenue une scène à ciel ouvert de consommation et de deal de crack. [..] Personne ne doit avoir la boule au ventre en traversant la place Stalingrad."  

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