Attaque du Thalys : le passé trouble d'Ayoub El Khazzani

Attaque du Thalys : le passé trouble d'Ayoub El Khazzani

FAITS DIVERS
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PROFIL - En garde à vue, Ayoub El Khazzani, suspecté d'avoir voulu attaquer les voyageurs d'un Thalys qui reliait Amsterdam à Paris, nie tout projet terroriste. Armes lourdes, profil radical, signalement des services de renseignements... l'enquête s'oriente pourtant vers la piste d'une attaque terroriste.

Ils tentent depuis samedi de le faire parler. Mais Ayoub El Khazzani ne "lâche rien", confie une source policière. Devant les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste (SDAT), le jeune homme de 26 ans, soupçonné d'avoir voulu commettre "un massacre" dans le train Thalys Amsterdam-Paris vendredi, maintient sa ligne de défense : il n'avait aucun projet terroriste. Selon sa version des faits, il aurait fortuitement trouvé des armes - une kalachnikov, un pistolet automatique Luger et un cutter - dans une valise à Bruxelles. "SDF paumé sans le sou" comme l'a décrit son avocate, il aurait alors décidé de s'en servir pour détrousser les passagers d'un train afin de "pouvoir se nourrir".

"Il tente de noyer le poisson et joue la montre (sa garde à vue devrait se terminer mardi soir, ndlr), estime notre source. C'est la stratégie classique des derniers djihadistes interpellés en France". Car malgré ses dénégations, les policiers en sont convaincus : le jeune Marocain avait l'intention de faire un carnage s'il n'avait pas été stoppé dans son entreprise par l'intervention héroïque de plusieurs passagers. Reste à établir si ce petit délinquant, flirtant avec la mouvance djihadiste, a agi seul ou a bénéficié de complicités.

Trafic de drogue et prison

Dans la région d'Algésiras, au sud de l'Espagne, où la famille El Khazzani s'était installée en 2007 , le jeune homme fréquentait une mosquée salafiste réputée radicale. Mais c'est pour des petits trafics de haschisch qu'il se fait d'abord connaître de la police espagnole en 2009. Trois ans plus tard, il est de nouveau arrêté pour une affaire de drogue. Son séjour en prison aurait, selon plusieurs sources, renforcé son extrémisme. Ses relations avec des islamistes sous surveillance vont alors interpeller les renseignements espagnols, relate le quotidien El País. Lesquels informeront la DGSI en février 2014, soupçonnant Ayoub El Khazzani de vouloir rejoindre une de ses connaissances en région parisienne. Les renseignements français émettent alors une fiche S, pour sûreté de l’Etat, de niveau 3 (élevé).

Le dernier signalement du jeune homme remonte au 10 mai dernier, en Allemagne, où il prend un vol pour la Turquie. Direction la Syrie ? Le parcours du jeune homme reste jalonné de zones d'ombre. Madrid affirme qu'il serait parti de France pour rejoindre la Syrie avant de revenir dans l'Hexagone. Des informations dont les autorités françaises ne semblent pas avoir eu connaissance. Pourtant, selon Mohamed El Khazzani, le père du suspect interrogé par The Telegraph, son fils aurait travaillé dans une société de télécommunication française, en Seine-Saint-Denis, début 2014. Une information confirmée en début de soirée sur France Info par son ex-employeur Alain Jochimek, directeur général de l'opérateur de téléphonie mobile Lycamobile : "Il a effectivement travaillé chez nous sur un CDD de trois mois: du 3 février 2014 jusqu'au 3 avril 2014 ", mais Lycamobile "a dû mettre fin à ce contrat au bout de deux mois car les papiers qu'il avait présentés ne lui permettaient pas de travailler en France".

Portables et compte Facebook

Au cours de son audition, Ayoub El Khazzani a simplement indiqué avoir séjourné ces six derniers mois en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en France ainsi qu'en Belgique, se déplaçant essentiellement en train. Mais comme le note Libération, ces pays ne disposent d'aucune adresse connue du suspect. "Hormis un numéro de rue à Algésiras qui remonte à plus d’un an, il n’y a rien. Du coup, aucune perquisition n’a pu être diligentée", explique une source au journal. Les policiers tentent donc de faire parler les téléphones qu'Ayoub El Khazzani avait en sa possession lors de son arrestation ainsi que son compte Facebook, qui fait état de 75 contacts.

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