Attaques dans l’Aude : "La lutte antiterroriste ne se résume pas à la gestion de fichiers"

FAITS DIVERS
RADICALISATION – Au nom de Daech, Radouane Lakdim a tué quatre personnes dans l’Aude vendredi dernier. Il était pourtant connu des services de renseignement. Assez pour relancer le débat sur la "culture du fichier" dans la lutte contre le terrorisme.

Chercher une aiguille, potentiellement meurtrière, dans une botte de foin. Telle est la tâche ardue des services de renseignement français qui travaillent d’arrache-pied pour empêcher les personnes radicalisées de passer à l’acte. Alors qu’un nouvel attentat a ensanglanté la France, vendredi, avec la série d'attaques menées dans l'Aude, les enquêteurs sont pointés du doigt pour leur gestion du cas Radouane Lakdim. D’aucuns s’offusquent ainsi qu’un individu, pourtant déjà connu des autorités pour ses accointances avec le djihadisme, ait pu passer entre les mailles du filet. 

L’homme, qui a fait quatre victimes, était effectivement fiché S et inscrit au Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). Mais comme le souligne sur Twitter Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, "la lutte antiterroriste ne se résume pas à la gestion de fichiers". Il s'explique : "les fichiers ne préviennent pas des attentats, ils sont des marqueurs, des outils pour les services, rien de plus. L’essentiel se joue ailleurs, dans l’analyse et sur le terrain, au plus de près de la menace".

Lakdim, un profil difficile à cerner... comme Merah en son temps

Et Jean-Charles Brisard de rappeler que "60% des individus qui ont frappé la France depuis trois ans ne figuraient sur aucun fichier". D’où l’importance du travail de terrain et de l’analyse poussée des profils suspects. "Aujourd’hui, on a près de 20.000 personnes fichées pour radicalisation à caractère terroriste", abonde Yves Trotignon, ancien agent de la DGSE cité par La Croix. "Soit il y a trop de monde dans ce fichier et il faut en revoir les critères, soit c’est un phénomène de société qui nécessite une stratégie plus large que la seule vision opérationnelle et répressive qu’on en a aujourd’hui."

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Le cas de Radouane Lakdim illustre bien les limites de la "culture du fichier" dans la lutte contre le terrorisme. Fiché S en 2014 pour radicalisation, le Franco-Marocain avait ensuite été ajouté au FSPRT en 2015. Faute de preuves tangibles, son nom sera retiré du fichier au bout de quelques mois. Avant de finalement réapparaître, l’homme de 25 ans ayant consulté des sites djihadistes. Selon nos informations, ses liens avec des groupes radicaux n’étaient toutefois pas jugés "assez forts" ces derniers mois. Si bien que les services prévoyaient d’enlever son nom du FSPRT.

"Cela montre à quel point les services n’ont jamais trop su sur quel pied danser en l’observant, exactement comme avec un certain Mohamed Merah", constate Georges Brenier, spécialiste police de TF1. En 2012, alors qu’il n’était pas encore passé à l’acte, les enquêteurs avaient ainsi de gros doutes sur son profil. "S’agissait-il d’un énième voyou de cité sans envergure ou d’un potentiel terroriste sanguinaire ? Quelques jours avant qu’il n’abatte sept personnes, les policiers étaient incapables de se mettre d’accord", se souvient le journaliste. 


Si la lutte contre le terrorisme est loin d’être infaillible, les services de renseignement français ont néanmoins réussi à déjouer 20 attentats en 2017 et 2 depuis le début de l’année, selon le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb. 

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