Pourquoi La Réunion est l'endroit où il y a le plus d'attaques mortelles de requins au monde ?

FAITS DIVERS

DENTS DE LA MER - Depuis quelques années, l'île française de La Réunion fait face à une "crise requins" sans précédent. L'opinion publique se divise sur les causes des attaques et sur la responsabilité de la "Réserve marine", à laquelle la Région a annoncé suspendre ses aides mardi 7 mars.

Le 21 février dernier, l'île de La Réunion a été une nouvelle fois endeuillée par la mort d’un jeune homme attaqué par un requin. L'homme de 26 ans, qui faisait du bodyboard dans une zone interdite à la baignade, a été tué par un squale à Saint-André, sur la côte est de l'île. Mordu à l'artère fémorale, il s'est vidé de son sang et était déjà décédé lorsque les pompiers lui ont porté secours. 

Le drame, le vingtième depuis 2011, intervient dans un contexte particulier où chaque attaque de requins soulève l'indignation dans l'opinion publique réunionnaise, divisée entre ceux qui estiment que les requins "sont chez eux dans la mer" et ceux qui veulent juguler la crise. 

"La Réunion est actuellement l'endroit le plus mortel du monde en matière d'attaques de requin"- George Burgess, directeur de l'Université de Floride

D'après l'Université de Floride, qui recueille les statistiques sur le sujet depuis 1958, 98 attaques de requins se sont produites dans le monde en 2015, un record. L'île française de la Réunion est celle qui a subi, proportionnellement, le plus d'attaques mortelles. "La Réunion est actuellement l'endroit le plus mortel du monde en matière d'attaques de requin", soulignait en septembre 2016 auprès de l'AFP le directeur de cette université, Georges Burgess. Sur les vingt attaques qu'a connues l'Île de la Réunion depuis 2011,  huit ont été mortelles et plus de la moitié concernent des surfeurs ou des bodyboardeurs, ce qui représente "un taux très, très élevé de mortalité", indiquait-il. 

L'explication de cette recrudescence ne fait pas consensus. Pour George Burgess, l'augmentation pourrait être liée au changement climatique et à la hausse des températures des océans. Celle-ci a contribué à ce que les squales s'aventurent dans de nouvelles régions, élargissant les zones où ils vivent et se nourrissent.

Localisation des attaques de requin à La Réunion depuis 2007 : mortelles (en rouge) et non mortelles (en bleu). (Source :  International Shark Attack File)

La réserve marine créée en 2007 pointée du doigt

Dans un communiqué sur la crise que traverse l'île, la Fédération française de surf indique que "les relevés des récepteurs indiquent qu’ils sont présents de façon très régulière près de la côte, à proximité immédiate des zones balnéaires, et quelles que soient les heures de la journée (...)". "Il est aujourd’hui empiriquement et scientifiquement avéré que la population de requins est anormalement élevée à La Réunion. En avril 2015, les scientifiques en charge du dossier sur place ont estimé à 1.200, le nombre de requins bouledogues croisant sur la zone", peut-on lire dans ce communiqué.  

Les causes de l'accroissement récent et incontesté de la population des squales aux abords des côtes réunionnaises font débat : les uns pointent du doigt le rejet dans la mer des eaux usées de zones de plus en plus urbanisées. D'autres mettent en cause la "Réserve naturelle marine de La Réunion"créée en 2007, une bande littorale maritime de 40 km de long, dans laquelle la pêche et le jet-ski est désormais, soit interdite, soit strictement réglementée. Ce parc marin se situe sur la principale station balnéaire de La Réunion avec les plages touristiques de Boucan-Canot, Roches-Noires, Trois-Bassins, située à l'Ouest de l'île.

Les solutions divisent

Après une recrudescence de ces attaques en 2011, la préfecture a dû prendre un arrêté en juillet 2013, interdisant "dans la bande des 300 mètres du littoral (...), sauf dans le lagon et dans les espaces aménagés et les zones surveillées définies par arrêté municipal, les activités les plus exposées au risque requin", a-t-elle insisté. 

D'autres dispositions ont été prises ces dernières années afin de réduire les risques. Parmi celles-ci, la "Vigilance Requin renforcée", "un dispositif de surveillance permettant aux surfeurs licenciés de pratiquer leur sport dans des conditions optimales, même si le risque zéro n'existe pas", a précisé Eric Sparton, président de la ligue locale de surf, auprès de l'AFP.  Autre solution, le programme Cap Requins, qui implique à la fois la pêche ciblée des deux espèces dangereuses (bouledogue et tigre) et la préservation des autres espèces présentes dans les eaux côtières réunionnaises car son déploiement est exclu dans le périmètre de la Réserve Marine.

Certaines associations d'usagers de la mer accusent les chercheurs de "vouloir plus protéger" les animaux marins que la population. Véritable légende du surf et très engagé auprès de la protection de l'environnement, Kelly Slater prône, lui, une régulation des requins bouledogues. Interrogé par L'Equipe sur le sujet, François Sarano, océanographe indique lui que "ce que Slater demande existe depuis trois ans à la Réunion. Cette pêche à l'aide de gros appâts dans les zones de baignade non seulement attire le requin mais, pire encore, elle le fixe". 

Au lendemain de l'attaque à Saint-André, en février dernier, le maire de la commune et conseiller régional Jean-Paul Virapoullé s'était exprimé sur le sujet auprès d'Antenne Réunion, pointant du doigt la Réserve marine et ses "soi-disant scientifiques qui viennent en vacances ici et qui nous disent que l’on ne peut pas tuer les requins".  "Aux Seychelles et à Maurice, on les tue ... Et nous, on les élève", déplorait-il.

Le 7 mars, la Région a annoncé le retrait des 230.000 euros d'aides allouées à la Réserve marine pour financer les outils de gestion de la crise requins : vigie requins, Cap Requins, l’entretien et la maintenance des sites de baignade. Une solution durable ? 

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