Femmes radicalisées en France : "Il n’y a pas de profil type"

FAITS DIVERS
DECRYPTAGE - L'arrestation de trois femmes dans l'Essonne jeudi, dont la plus jeune est âgée de 19 ans, a permis d'éviter un nouvel attentat en France, selon les autorités. La féminisation du terrorisme semble s’accélérer.

 Un commando de femmes "radicalisées" et prêtes à frapper. Le pire a semble-t-il été évité de justesse jeudi grâce à l’arrestation de trois "fanatisées" selon Bernard Cazeneuve, dans l’enquête sur la découverte d’une voiture chargée de bonbonnes de gaz. Une affaire qui illustre la difficulté à appréhender le djihadisme, un phénomène où le rôle des femmes semble avoir évolué au fil des mois. 


Au total, 59 femmes sont actuellement mises en examen par la justice française dans des dossiers de filières djihadistes ou de projets d'attentats. Parmi elles, des mineures aux "profils très inquiétants", à "l'origine de projets terroristes" aboutis, s'était inquiété la semaine dernière François Molins. Le procureur de la République de Paris l'avait alors reconnu : l’image de la femme au foyer qui s’occupe des enfants pendant que le mari est sur le front semble erronée. "On a peut-être été trop scrupuleux au début en se disant que les femmes suivaient leur mari et se cantonnaient à des tâches ménagères en Syrie. Aujourd'hui, elles sont systématiquement interpellées à leur retour et placées en garde à vue", expliquait ainsi le procureur.

Un phénomène en perpétuel mouvement

Un sentiment que semble partager Carole André-Dessornes.  Docteure en sociologie, elle a consacré un ouvrage aux femmes-martyres dans le monde arabe. "Nous avons trop tendance à vouloir simplifier et à caricaturer, souligne-t-elle auprès de LCI. Il s’agit d’un phénomène en perpétuel mouvement et le groupe Etat islamique, en perte de vitesse sur le terrain, est capable de tout. Comme d’augmenter la pression et la terreur grâce à des femmes qui, chacune pour des prétextes différents, sont peut-être prêtes à aller jusqu’au bout."


Une logique jusqu’au-boutiste ancrée dans l’histoire. Déjà, en 1985, le Parti social nationaliste syrien multipliait les attentats suicides contre Israël avec des femmes. Et ce, au nom d’une cause politique et non religieuse : l'armée israélienne occupait en effet le pays et les opérations-martyres menées étaient au nom de la libération du territoire. "Entre  2005 et 2008, des dizaines de femmes - mais aussi des enfants et des handicapés - ont commis des opérations suicides en Irak au  nom d’Al Qaïda quand le groupe a commencé à perdre des candidats et de l’intérêt", poursuit Carole André-Dessornes.


Vidéo. Depuis 2015, le rôle des femmes dans les attentats est devenu perceptible", selon Samia Maktouf, spécialiste des femmes radicalisées :


En vidéo

"Depuis 2015, le rôle des femmes dans les attentats est devenu perceptible", selon Samia Maktouf, spécialiste des femmes radicalisées

"La plupart sont dans une quête identitaire"

Vingt ans plus tard, le groupe Etat islamique semble s’appuyer sur les mêmes ressorts. "Il n’y a pas de profil type pour ces femmes, même si cela serait rassurant. Il y a tellement d’histoires qui rentrent en ligne de compte, amplifiées par les réseaux sociaux. On va avoir des filles perdues comme d’autres qui se radicalisent car elles n’ont rien d’autres dans la vie. La plupart sont dans une quête identitaire."


Sur les 59 femmes évoquées la semaine dernière par François Molins, 18 sont incarcérées. Plusieurs cas ont été révélés cet été, comme celui d'une adolescente de 16 ans originaire de Melun, mise en examen et écrouée alors qu'elle se disait prête à commettre un attentat sur la messagerie Telegram. Pour le journaliste de Mediapart Matthieu Suc, auteur de "Femmes de jihadistes" (Fayard), "il n'y a rien d'étonnant, cela suscite un émoi mais c'est notre regard d'Occidental qui est surpris".


En vidéo

Femme djihadiste sur le sol français: une évolution qui inquiète

En vidéo

Trio de femmes terroristes présumées : la chronologie des faits

Lire aussi

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Attentat manqué aux bonbonnes de gaz à Paris

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter