Un an après l’attentat de Nice : "Ce que je redoutais le plus, c’était un second attentat", le témoignage d'un des premiers secouristes

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HOMMAGE – Eric Criscuolo, directeur départemental de la Protection civile des Alpes-Maritimes et chef de mission après l’attentat perpétré à Nice sur la promenade des Anglais qui a fait 86 morts et 434 blessés, revient sur cette terrible soirée. Cette année, le bénévole remplira de nouveau sa mission de secouriste, il sera présent les 13 et 14 juillet dans la ville, où une série de commémorations sont organisées.

Comme tout le monde, il se souvient très bien où il était et ce qu’il faisait ce soir-là. Comme beaucoup, en ce 14 juillet 2016, il était sorti pour voir le feu d’artifice« J’étais à La colle –sur-Loup avec mon épouse, le petit village où nous vivons. Entre 22h30 et 23 heures, il y a eu des messages inquiétants sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter essentiellement. Les posts étaient de plus en plus nombreux, et décrivaient tous à peu près la même chose : ‘quelque chose de grave qui se passait sur Nice’, se souvient Eric Criscuolo, directeur départemental de la Protection civile des Alpes-Maritimes et chef de mission après l’attentat perpétré à Nice sur la promenade des Anglais. 

Les messages ne cessent d’arriver. Des bénévoles de l’association venus admirer le feu d’artifice à Nice appellent eux aussi leur directeur départemental qui constitue très vite des équipes."Au départ, nous n’avions pas du tout la notion d’attentat. Ce mot n’avait été ni écrit ni prononcé à cette heure-là. On savait qu’un camion avait écrasé des gens. Mais on ne connaissait pas le nombre précis de blessés ou de décédés".

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Des gyrophares, des cris, et des personnes au sol

Eric Criscuolo arrive sur place aux alentours de minuit, on parle désormais d’attentat. "C’était une véritable scène de chaos, Il y avait des cris de tous les côtés, des gyrophares partout, des personnes appelant à l’aide, d’autres cherchant des proches perdus de vue dans la fuite. Et bien sûr, tous ces corps allongés au sol, et les secours à leurs côtés, raconte le secouriste un an après le drame. Il fallait gérer la situation. Tout organiser dans cette ambiance très particulière.  A ce moment-là, ce que je redoutais le plus c’était un surattentat", c'est-à-dire une seconde attaque au même endroit et/ou au même moment. 

La protection civile n’est alors pas engagée dans une mission de secours à personne mais de prise en charge psychologique immédiate des victimes qui ne sont pas physiquement blessées. "Nous avons monté plusieurs centres avec des personnes de tout âge sur les différents sites. Certaines ont été amenées par les sapeurs-pompiers, d’autres sont venues spontanément. Notre mission est alors une mission d’écoute, puis de réorientation vers des spécialistes. Nous savons très bien que ceux qui sont là ont besoin de parler, de se confier, d’être écoutés. Il y avait bien sûr beaucoup d’interrogations auxquelles nous ne pouvions pas forcément apporter de réponses : pourquoi le camion s’est retrouvé là ? Qui le conduisait ? Combien de morts ?...".  

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"Charge émotionnelle énorme"

Pendant 17 jours, les bénévoles de la protection civile accompagneront les proches des victimes. "Le plus dur a été sans doute l’accueil des familles, présentes ou non sur la promenade des Anglais le soir de l’attentat, à l’institut médico-légal où nous avions installées des structures pour les recevoir. A l’IML, les personnes viennent plus réfléchies, plus posées. Mais la charge émotionnelle est énorme ". 

Eric Criscuolo organise alors des relèves très fréquentes des bénévoles, qui eux aussi doivent tenir le coup. "J’ai bien sûr eu le souci de les protéger physiquement le soir de l’attaque en cas de surattentat. Mais j’ai eu aussi le souci de les protéger psychologiquement par la suite. A un moment donné, ça fait éponge, ça absorbe en continue, ça écoute, il y a la fatigue en plus… Une de mes priorités était que les bénévoles ne soient pas exposés trop lourdement". 

Soutien psychologiste pour les secouristes

Au total, 149 bénévoles de la Protection civile provenant de treize départements français ont été engagés sur l’attentat de Nice. Ils ont pris en charge 3048 personnes en état de choc psychologique et traité 3500 appels à la CIP (Cellule d’information du Public). 

Après leur mission, tous les secouristes qui l'ont souhaité ont pu bénéficier d'un soutien psychologique. "Nos bénévoles, s'ils sont formés, ont eux aussi besoin de parler après de tels événements. Tout le monde peut avoir un trop-plein d'émotions, saturer, craquer. Après Nice, nous avons tous eu des flashs dans la tête, des images incessantes et des bruits qui reviennent, comme les gyrophaphares et les cris.. Il faut du temps pour que cela passe", commente Eric Criscuolo. 

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Présents pour les commémorations

Vendredi prochain, plusieurs bénévoles engagés le 14 juillet 2016 et dans les jours qui ont suivi assisteront à l’hommage qui sera rendu à Nice. Certains seront engagés d’ailleurs dans des missions pour l’occasion, notamment la sécurité du défilé militaire, la sécurité aux abords de l’écran géant. Une cellule sera également mise en place dans la zone d’accueil des familles, dont beaucoup sont attendues dès le jeudi 13 juillet avec un accueil de la Protection civile dans les différents terminaux. 

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