Un an après l’attentat de Nice (3/5) : "Si j’avais su, je ne lui aurais pas donné cette arme", se défend le dealer de Bouhlel, le terroriste du 14 juillet

FAITS DIVERS
ENQUÊTE – LCI a pu consulter l'intégralité de la procédure judiciaire de l’attentat de Nice. Nous revenons sur les progrès de l’enquête et les zones d’ombre entourant, toujours un an après, l’attentat qui a fait 86 morts sur la Promenade des Anglais. Dans ce troisième volet, nous nous intéressons à l’environnement criminel de Lahouaiej-Bouhlel : une poignée de délinquants niçois et de trafiquants de drogue qui ne le prenaient pas vraiment "au sérieux"…

Depuis un an, l’enquête sur l’attentat de Nice s’attache à retrouver tous ceux qui ont eu entre leurs mains les armes retrouvées à l’arrière du camion loué par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et qui a servi à perpétrer son massacre. Dans un sac vert, plusieurs armes – la majorité factices – sont retrouvées : deux imitations de fusils d’assaut M16, une imitation de grenade quadrillée, un chargeur vide de pistolet semi-automatique, une réplique d’un pistolet semi-automatique de type Beretta, un pistolet semi-automatique RR51 de calibre 7,65mm.


C’est cette dernière arme qui a intéressé les enquêteurs. Elle a été déclarée volée voilà plus de 16 ans, à la suite d’un cambriolage commis le 23 décembre 1981 à Vallauris. L’enquête a établi que l’auteur de la tuerie l’a achetée à un Albanais, Artan H., le 12 juillet, soit deux jours avant son passage à l’acte meurtrier, en fin de soirée, grâce à l’entremise de son dealer, Ramzi A., moyennant 1.400 euros en liquide.

"Je ne pouvais pas savoir qu’il allait vendre des armes […] à un terroriste"

Ils auraient aussi tenté de se procurer une Kalachnikov retrouvée lors d’une perquisition le 20 juillet 2016. "Les investigations autour de ces armes ont mis en évidence que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était en lien avec des trafiquants de drogue et des délinquants du milieu niçois", souligne une source proche de l’enquête. Toutefois, leur proximité n’est pas à ce jour clairement établie. En effet, ces individus ont tenté dans un premier temps d’escroquer Bouhlel en lui vendant des armes en plastique. Preuve qu’ils le prenaient pour une "petite frappe".


Si au moins cinq individus sont aujourd’hui mis en examen et impliqués dans le volet "armes" du dossier, savaient-ils que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel préparait un attentat ? Dans une lettre écrite au juge d’instruction en décembre dernier, la femme d’Artan H., clame son innocence. "Je ne pouvais pas savoir qu’il allait vendre des armes à un ami et que cet ami allait les revendre à un terroriste qui allait faire tant de victimes à Nice", jure-t-elle, demandant à être libérée de prison pour "retrouver [ses] enfants".

"Je n’ai pas imaginé qu’il pouvait faire même un braquage d’un Vival"

Si l’enquête sur les armes n’est qu’un volet mineur du dossier, et n’apportera sans doute pas de révélations fracassantes dans les prochains mois, elle éclaire le profil de Lahouaiej-Bouhlel. Ou en tout cas, la façon dont il était perçu par les délinquants niçois. Interrogé par le juge d’instruction le 24 janvier dernier, le dealer de Lahouaiej-Bouhlel, Ramzi A., semble ne pas avoir vraiment pris au sérieux son client, lorsque ce dernier lui demande s’il peut lui fournir une arme. "Quand on est monté dans l’escalier j’ai demandé à Momo [Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, NDR] ce qu’il voulait faire avec cette arme, il m’a répondu qu’il avait un problème pourri à régler en bas de chez lui", assure-t-il.


Depuis trois mois, Bouhlel allait régulièrement chez son dealer pour se servir en cannabis ou en cocaïne. "Si j’avais su quels étaient les projets de Momo, je ne lui aurais pas donné cette arme", soutient ce dernier devant le juge d’instruction. En aucun cas, en tout cas, il n’a eu connaissance d’un tel dessein meurtrier. "Franchement je le considérais comme un gogol, il avait une petite voix, il paraissait gentil et tout mignon", ajoute-t-il. Avant de préciser : "Je n’ai pas imaginé qu’il pouvait faire même un braquage d’un Vival." Sollicité par LCI, son avocat Me Bruno Vinay, se veut confiant : « Mon client n’est  ni de près ni de loin lié à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. »

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Attentat de Nice

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