Attentats : comment sont pris en charge les victimes et leurs proches

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INTERVIEW - Elle était déjà présente aux côtés des victimes et de leurs proches lors des attentats de 1995. L'association "Paris aide aux victimes" a de nouveau été saisie par le parquet de Paris au soir de l'attaque contre Charlie Hebdo. Le docteur en psychologie Carole Damiani, directrice de cette structure, explique à metronews comment sont prises en charge les blessures psychologiques des victimes, des familles et des témoins.

Concrètement, comment fonctionnez-vous et qui aidez-vous ?
Depuis mercredi, nous avons mis en place une cellule spécifique pour les victimes des attentats : une trentaine de psychologues - spécialisés dans le psycho trauma - et de juristes. Nous ne pouvons aider toutes les personnes qui nous sollicitent parce qu'elles connaissaient les lieux ou parce qu'elles habitaient non loin des attaques. Nous accompagnons celles qui étaient physiquement présentes sur les lieux des attentats, victimes et passants très choqués, ainsi que leurs familles et leurs proches.

Comment les aider à faire face à de tels drames ?
Notre premier travail est le soutien psychologique. La partie juridique viendra dans un second temps. Nous avons accompagné collectivement les familles au moment de la reconnaissance et de la restitution des corps. Les blessures psychologiques sont immenses et les victimes sont souvent hébétées. Mais le but est de les amener, petit à petit, à parler de ce qu'elles ont vécu, de leurs émotions afin qu'elles ne gardent pas toutes ces choses pour elles. Certaines personnes ne peuvent pas ou n'ont pas envie de raconter à leurs proches ce qu'elles ont ressenti. Parler à un professionnel extérieur est donc important. Il va les amener à aller plus loin dans ce qui est dit. La personne n'oubliera jamais ce qui s'est passé aujourd'hui mais elle pourra par la suite reparler de ces événements sans être détruite. Ce travail est parfois long.

Combien de temps suivez-vous les victimes ?
Tout dépend des personnes. Pour les attentats de 1995 (qui ont fait huit morts et plus de 200 blessés à Paris, ndlr), nous les avons suivies jusqu'au procès, sept ans après. Leur état psychologique est en effet aussi lié à la procédure judiciaire. Le fait d'en parler de nouveau, de se replonger dedans, ravive parfois les traumatismes.

Lors des attentats à la bombe de 1995, votre association était aussi mobilisée. Retrouvez-vous des "similitudes" dans ce qui se passe aujourd'hui ?
Oui, évidemment. Ce qui est commun à l'ensemble des attentats, ce sont les traumatismes psychiques. La différence aujourd'hui est cet énorme mouvement de solidarité. C'est très réconfortant pour les victimes. Mais quand la mobilisation retombera, il ne faut pas qu'elles se sentent abandonnées. Le professionnel est donc là pour gérer cet après.

Vous accompagnez ensuite les victimes sur l'aspect juridique...
Qui sont les auteurs des attentats, va-t-il y avoir un procès pour les complices puisque a priori les principaux auteurs sont morts ? Les victimes sont très attentives à toutes ces questions et nous les accompagnons tout au long de la procédure pénale. On leur explique également l'aspect indemnitaire. On ne se rend pas toujours compte mais être victime 'coûte cher'. Outre les séquelles psychologiques, il y a aussi les soins des blessés, les jours d'arrêt de travail... Nous avons en France un système d'indemnisation très performant mais encore faut-il savoir le saisir. Les juristes sont donc là pour guider les victimes dans les méandres du système juridique.

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