Attentats de janvier : le point sur l'enquête, un an après les faits

Attentats de janvier : le point sur l'enquête, un an après les faits

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CHARLIE HEBDO, UN AN APRES - Alors que les commémorations des attentats de janvier ont lieu cette semaine à Paris, de nombreuses questions restent sans réponse un an après les attentats de début 2015 qui ont fait vingt morts, dont trois terroristes. Sept personnes au total ont été mises en examen, six sont toujours écrouées. Dautres complices sont toujours en fuit. Certains n'ont toujours pas été identifiés. Metronews fait le point.

L'horreur débute le mercredi 7 janvier, vers 11h30 au 10 rue Nicolas-Appert dans le 11e arrondissement. Pendant plus de 48 heures, trois hommes sèment la panique dans toute l'Ile-de-France, ôtant la vie à 17 personnes et en blessant une vingtaine au total à Paris, mais aussi à Montrouge et à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Un an après les faits, alors que la capitale commémore ces terribles événements, de nombreuses questions restent en suspens. Metronews revient sur les éléments de l'enquête et sur les interrogations qui perdurent.

Ce qu'il s'est passé
Le 7 janvier vers 11H30, les frères Saïd et Chérif Kouachi, islamistes radicaux connus, se rendent rue Nicolas-Appert où se trouvent les locaux de Charlie Hebdo. En quelques minutes, au numéro 10, ils assassinent onze personnes : les dessinateurs Jean Cabut, dit Cabu, Georges Wolinski, Stéphane Charbonnier, dit Charb, Bernard Verlhac, dit Tignous, Philippe Honoré, dit Honoré, l'économiste et chroniqueur Bernard Maris, Mustapha Ourrad, correcteur, Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse, Michel Renaud, ancien directeur de cabinet du maire de Clermont, Frédéric Boisseau, agent d'entretien, et le policier Franck Brinsolaro, brigadier au service de la protection chargé de veiller sur Charb. "On a vengé le prophète", crient-ils avant d'exécuter un gardien de la paix, Ahmed Merabet, boulevard Richard-Lenoir et de prendre la fuite.

Le 7 janvier dans la soirée, un joggeur est grièvement blessé à Fontenay-aux-Roses par un individu armé muni d'un pistolet Tokarev. L'auteur du coup de feu, pas encore identifié à ce jour, prend la fuite.

Le 8 janvier, un homme abat une policière municipale à Montrouge et parvient à s'enfuir. L'individu s'appelle Amedy Coulibaly. On ignore s'il visait l'agent de police pour ses fonctions ou si elle n'était pas au départ sa cible. Une école juive située à proximité des lieux du drame sera évoquée .

Le vendredi 9 janvier, après deux jours de cavale, Saïd et Chérif Kouachi barricadés dans une imprimerie de Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne), sont tués par le GIGN.

Le vendredi 9 janvier également, une nouvelle attaque a lieu à Paris. C'est l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes (20e) qui est cette fois visé. Amedy Coulibaly s'apprête de nouveau au pire. Dans l'enceinte de ce commerce juif de l'est parisien, il tue quatre personnes et prend plusieurs personnes en otages. Il meurt dans l'assaut juste après les frères Kouachi. Les explosifs retrouvés sur lui ont permis d'établir qu'il serait également à l'origine de l'explosion d'une voiture piégée le jeudi 8 janvier au soir à Villejuif (Val-de-Marne). Il est par ailleurs fortement suspecté d'être l'auteur du tir qui a blessé un joggeur le 7 janvier à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine).

EN SAVOIR + >> Notre dossier consacré aux attentats de janvier

Les trois terroristes se connaissaient
Amedy Coulibaly a expliqué s'être coordonné avec les Kouachi et leur avoir fourni des armes. Il a rencontré Chérif la nuit précédant la tuerie de Charlie Hebdo. En route vers l'hebdomadaire, un Kouachi lui a même envoyé un texto, selon des informations du Monde .

Leur passé ramène à la filière des Buttes-Chaumont, groupe radical du nord-est parisien démantelé en 2005 : en 2010, Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly avaient rendu visite à Djamel Beghal à Murat (Cantal), où cet Algérien déchu de sa nationalité française était assigné à résidence après sa peine pour un projet d'attentat. Coulibaly et Beghal ont été condamnés dans un projet d'évasion en 2010 d'un des auteurs des attentats de 1995, un vétéran des GIA algériens, Smaïn Aït Ali Belkacem. Chérif Kouachi avait été entendu dans l'enquête.

Deux revendications
Les frères Kouachi ont revendiqué leur attaque au nom d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). Dans une vidéo, Amedy Coulibaly (alias Abou Bassir Abdallah al Ifriqi), s'est lui réclamé de l'Etat islamique.

Par ailleurs,  contrairement aux terroristes du 13 novembre , le lien avec la Syrie est moins direct pour les tueurs de janvier. Aucun des trois assassins ne semble en effet s'être rendu là-bas même si plusieurs anciens des Buttes-Chaumont y sont actuellement.

Chérif Kouachi s'est rendu en 2011 au Yémen avec une des "têtes d'affiche" du djihadisme français en Syrie, Salim Benghalem. Il y a sans doute rencontré une autre "figure", Peter Cherif.

Le 9 janvier, les attentats avaient été revendiqués par Nasser Ben Ali Al Anassi, porte-parole d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa).

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 Des complices en Syrie
Trois proches et complices présumés d'Amedy Coulibaly, sous le coup d'un mandat d'arrêt, auraient par ailleurs fui la France direction la Syrie. Ainsi, quelques jours avant les attentats, l'épouse religieuse d'Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, a quitté la France pour l'Espagne.

De Madrid, elle a rallié la Turquie en compagnie de Medhi Belhoucine avant de rejoindre semble-t-il la Syrie. Tous deux ont été vite rejoints par le frère de Medhi, Mohamed Belhoucine, condamné pour sa participation à une filière djihadiste. Ce dernier est également soupçonné d'avoir monté et diffusé la vidéo posthume d'Amedy Coulibaly dans laquelle il dit avoir agi au nom de Daech.

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Des mails dont l'auteur reste à être identifié
Les enquêteurs cherchent qui était l'interlocuteur francophone d'Amedy Coulibaly dans des mails retrouvés dans son ordinateur. Cet homme, qui semble se trouver en Syrie, demande le 8 janvier à Coulibaly de faire une vidéo pour "parler de ce qui se passe ici en particulier".

"Ok fé ske ta a fair", peut-on lire dans un des courriers électroniques. Sont également évoqués dans les mails des "amis" qui auraient pu aider Coulibaly dans la perpétration de ces actes et de "zygotos" qui pourraient désigner les frères Kouachi.

Sept mises en examen
Les enquêteurs se sont intéressés à deux réseaux de trafiquants en Belgique. Les tueurs disposaient notamment de six pistolets Tokarev, d'un revolver des années 1930, de fusils d'assaut, provenant de Slovaquie, de Russie ou de l'ex-Yougoslavie.

En France, sept hommes sont mis en examen, soupçonnés d'une aide logistique à Coulibaly. Une partie de ces délinquants avait des sympathies pour la mouvance islamiste radicale. Plusieurs ont rencontré Coulibaly en détention. Sur les sept personnes mises en examen, six sont toujours écrouées.

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