Attentats de Paris : comment ne pas céder à la peur collective ?

Attentats de Paris : comment ne pas céder à la peur collective ?

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MOUVEMENTS DE FOULE - Depuis les attentats de Paris, qui ont fait 129 morts dans plusieurs endroits de Paris, peur et traumatisme surgissent chez les Parisiens. Est-ce normal ? Comment l’éviter ? Réponses avec le psychiatre Alain Mercuel, du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris.

La peur. Elle monte, tentante. Regarder autour de soi dès qu’on sort dans la rue. Repérer les issues de sortie dès qu’on est dans un lieu fermé. Se poser la question, dans le métro, de savoir si on est en sécurité. Regarder davantage les gens, devenus suspects a priori.  Tiquer en entendant les sirènes des pompiers. Depuis ce week-end, depuis les attentats de vendredi, la peur s’immisce dans la vie quotidienne des Parisiens. Chacun l’éprouve.

Il y a Sébastien, qui nous raconte être allé au restaurant, et avoir demandé une table tout au fond, loin de la vitrine. Il y a Aurélie, qui dimanche s’est trouvée prise dans un mouvement de foule près de l'Hôtel de Ville. Avec ses deux enfants, elle s’est mise à courir, vite, sans savoir ce qu’il se passait, et s’est réfugiée dans une cave.

C’était une fausse alerte. Mais il y avait des gens, qui même endroit, disaient avoir entendu des tirs. D’autres qui relayaient des fusillades sur les réseaux sociaux. Depuis les attaques de vendredi soir, l’ambiance est pesante, tendue. Il est difficile de ne pas céder à la panique. Est-ce normal ? Comment l’éviter ? Eléments de réponse avec le Docteur Alain Mercuel, psychiatre au Centre Hospitalier Sainte-Anne à Paris.

Depuis ce week-end, on sent une psychose généralisée qui monte dans la population. Est-ce normal ?
On ne peut pas parler de psychose, car ce terme qualifie une crainte qui est en dehors de la réalité, comme par exemple une météorite qui pourrait potentiellement détruire la Terre. Là, la crainte est basée sur des faits très réels. C’est plutôt une peur collective. Mais ce type de réaction est très normal. D’abord parce qu’il est légitime de penser qu’il peut y avoir des répliques. Nous ne sommes pas dans la même situation qu’en janvier dernier, après les attentats de Charlie Hebdo : aujourd’hui, une ou plusieurs personnes vadrouillent dans la nature sans qu’on sache où elles sont. Il y a un risque potentiel. On se doute aussi de répliques possibles, pourquoi pas d’autres actes de vengeance. Il est normal d’être prudent.

Mais surtout, les gens sont dans un état de très grande vulnérabilité : avec ces attentats, ils commencent à percevoir que la vie peut être belle, mais qu’elle est très fragile. Quand on prend un train, on sait qu’il peut y avoir un accident, on sait qu’un avion peut tomber, on sait qu’il y a toujours un risque. Mais prendre un pot, était jusqu’à maintenant un acte qu’on pensait sûr. C’est ça qui cause le décalage, l’anxiété. Maintenant, on vit dans la prudence. Et on n’y est pas habitué. A Beyrouth, à Jérusalem, les populations vivent déjà avec cette peur. Là-bas, on est habitué à vivre dans cette sorte d’irritabilité permanente. Désormais, en France, on va être plus sensible au moindre bruit, au moindre choc.

Comment éviter de tomber dans cette peur collective ? Comment gérer ce stress ?
Il faut à tout prix échanger, recréer des liens sociaux, rester ensemble. Le plus dur dans la gestion de ces événements va être pour les personnes qui vivent seules et qui ont peu de liens sociaux. Ils ne peuvent pas confronter leurs perceptions aux autres, et risquent de se "monter la tête". Au contraire, dans un groupe, il y a toujours des personnes plus calmes, plus mesurées, qui évitent les emportements. Ce qui serait dangereux, ce serait que les gens se replient, ne restent plus en lien. Car cela, c’est l’objectif premier du terrorisme.

Faut-il en parler aux enfants ? Et comment ?
Il n’y a pas vraiment d’âge pour évoquer le sujet avec les enfants. Il faut voir en fonction de ce qu’ils demandent, si cela fait partie de leurs préoccupations. Et si on leur en parle, il faut le faire avec des mots choisis. Comme on leur explique qu’un avion peut tomber, qu’un train peut dérailler. Là, leur parler d’un risque devant des gens présentes comme fanatisés, qui peuvent faire n’importe quoi. Et leur expliquer qu’il ne faut pas s’éloigner dans les parcs et jardins, qu’il faut rester à proximité de leurs parents.

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