Attentats de Paris : le business gênant des vidéos amateurs

Attentats de Paris : le business gênant des vidéos amateurs

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SAUVETTE - Sur les scènes de crimes du centre de Paris, à proximité de l'assaut de Saint-Denis, certains témoins opportunistes tentent de revendre à prix d'or les vidéos tournées sur place à des médias en quête de sensationnel. Parfois avec succès.

C'est une vidéo choc des attentats du 13 novembre publiée sur le site du Daily Mail. Il s'agit des images filmées par les caméras de vidéosurveillance à l’intérieur du restaurant Casa Nostra, rue de la Fontaine-au-Roi, inscrit sur la liste funeste du commando à la Seat Leon noire. On y voit les vitres voler en éclat, les clients et les employés apeurés ainsi qu'une jeune femme qui échappe par miracle à une mort certaine, à bout portant.

Des images aussi fortes que choquantes sur le site du quotidien britannique, qui avait déjà publié les photos insoutenables de la mare de sang du Bataclan. Une vidéo que le tabloïd pourrait s'être procuré moyennant finances. En effet, un serveur du restaurant aurait fait le tour des journalistes venus couvrir l'après-fusillade pour leur vendre ses images. Et c'est loin d'être un cas isolé. Moins d'une semaine plus tard, lors de l'assaut sur la planque de Saint-Denis mercredi, cette pratique devient un véritable marché, avec des dizaines de riverains proposant leurs images des événements aux très nombreux médias présents sur place.

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De 500 à 50.000 euros les quatre minutes

La vidéo du Daily Mail (vers lequel nous ne renvoyons pas à dessein) a été proposée contre de l'argent au journaliste de France 2 Jean-Baptiste Marteau alors que ce dernier tourne un reportage sur la scène de crime. Ses confères de BFM et de TF1 sont confrontés à la même offre. "Evidemment, tout le monde a refusé. Les médias français refusent d'acheter ce genre de vidéos. D'autant plus dans ce cas", confie le journaliste à metronews. Selon Jean-Baptiste Marteau, la vidéo semble avoir été récupérée par un employé, à l'insu de son patron, sur l'ordinateur qui compile les images de vidéosurveillance. Le salarié veut faire monter les enchères : les discussions tournent autour de 500 euros, d'après le reporter.

Ce prix aurait finalement été multiplié par 100, selon les propos du directeur de l'information de BFMTV Hervé Béroud, dans Le Monde : "Cette vidéo nous a été proposée pour 50.000 euros", explique-t-il, en précisant avoir refusé car le document est "choquant". Ce dernier explique toutefois que BFM a récemment acheté deux photos d'un des djihadistes du Bataclan à l'un de ses proches. De son côté, Le JDD relate les pratiques d'un groupe de jeunes, rue de la Fontaine-au-Roi. Chez eux, c'est 1000 euros l'exclu photo des détails de la scène de crime, avec la possibilité pour l'acheteur de supprimer lui-même le cliché sur le téléphone portable du vendeur.

A Saint-Denis, marché à ciel ouvert

A Saint-Denis, l'assaut sur la planque du quatrième commando terroriste donne lieu à un véritable marché de la photo et de la vidéo à ciel ouvert. Ici un son de détonations, là des forces de l'ordre armes braquées sur l'immeuble ciblé. Alors que l'attaque n'est même pas encore officiellement terminée, plusieurs dizaines de jeunes riverains approchent les journalistes agglutinés aux limites du périmètre de sécurité, sur la place de la mairie. Mais l'attirance est réciproque. On assiste ainsi à des scènes surréalistes avec des meutes de journalistes qui se retrouvent baladés par un jeune en scooter, dans le but de récupérer la bonne vidéo de l'assaut.

Les vendeurs réservent toutefois leur préférence aux chaînes étrangères, réputées plus promptes à mettre la main au portefeuille. Comme la prestigieuse BBC, filmée en pleine négociation par les équipes du Petit Journal de Canal Plus. "Je vais leur donner 250 et maintenant je vais leur donner 200 de plus. On a quatre vidéos donc c'est plutôt pas mal", détaille la journaliste anglaise à ses équipes, filmées en caméra discrète. Interrogée plus tard sur cette pratique, cette dernière nie catégoriquement. Les jeunes vendeurs du quartier, eux, se défendent de faire de l'argent sur le dos des morts : "J'ai vendu des vidéos à des journalistes qui sont venus me proposer de l'argent", se justifie l'un d'eux. Et un autre de conclure : "J'ai risqué ma vie là-bas."

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