Attentats de Paris : près des lieux meurtris, la vie reprend (difficilement) son cours

Attentats de Paris : près des lieux meurtris, la vie reprend (difficilement) son cours

DirectLCI
REPORTAGE - Alors que le café Bonne Bière, dans le XIe arrondissement de Paris, sera le premier établissement visé par les attentats de Paris à rouvrir ses portes vendredi, metronews s'est rendu sur place. Les commerçants et riverains des lieux meurtris par les terroristes oscillent entre respect du deuil et nécessité que la vie reprenne son cours.

Son trottoir reste jonché de bouquets de fleurs, de bougies et de messages déposés en mémoire des victimes. Mais ceux-ci sont sont désormais bien alignés et beaucoup moins volumineux qu'il y a quelques jours encore, des agents municipaux ayant commencé à faire le tri dans ces montagnes du souvenir . Devant la devanture du café Bonne bière, rue du Faubourg du Temple (XIe arrondissement de Paris), où cinq personnes ont été tuées lors des attentats du vendredi 13 novembre , des ouvriers s'activaient mercredi après midi, éponges et pinceaux à la main, pour tout remettre en état : vendredi matin, ce bar-restaurant sera la premier lieu visé par les attentats à rouvrir ses portes.

A l'intérieur, derrière les rideaux de fer, "c'est encore le chantier, mais toute l'équipe est très mobilisée", nous explique Marc Eskenazi, "communicant de crise" mandaté par l'assurance de l'établissement pour l'accompagner dans cette période douloureuse. Si des travaux de maçonnerie ont été effectués et des couleurs changées, c'est bien "la même Bonne bière" que ses habitués pourront retrouver, assure-t-il. Reste encore à régler la question du mémorial improvisé à l'extérieur, alors que le bar compte bien réinstaller des tables en terrasse. "Il va être enlevé ou déplacé, mais on ne sait pas comment car cela dépend de la mairie de Paris", précise le porte-parole.

"C'est génial, ça aurait même dû être fait plus tôt"

Une page se tourne, donc. Avec un soulagement certain pour les commerces avoisinants. "C'est une très bonne chose que la Bonne bière rouvre, tout le monde dans le quartier en a besoin, souffle Nihat, 37 ans, le patron du restaurant turc Orient-Express, situé juste en face. Ce soir du 13 novembre, il était là, et il nous montre les impacts de balle encore visibles sur les menus affichés à l'extérieur. Sous le choc, le jeune homme, qui devrait recevoir une aide financière de la mairie de Paris , n'a pas pu venir travailler durant une semaine après les attentats, et raconte qu'hier encore, il a fait un détour pour éviter de repasser devant la Bonne Bière et la Casa Nostra, le restaurant italien tout proche lui aussi ciblé par les terroristes. "Revoir des gens en terrasse, ça fera du bien, soupire-t-il. Le soir, c'est tellement vide ici..."

"Tous les commerçants ont connu une nette baisse d'activité. Certains jours, nous n'avons fait que dix-quinze euros de recettes, assure de son côté Tourya, qui tient la confiserie voisine de la Bonne bière. Que celle-ci retrouve ses clients, "c'est génial, ça aurait même dû être fait plus tôt", s'enthousiasme-t-elle après nous avoir fièrement montré un article du Parisien : "le marchand de bonbons héros oublié des attentats", consacré à son mari qui a caché 60 personnes dans la réserve du magasin le soir du drame. Elle qui allait prendre son café à la Bonne bière tous les matins promet que dès vendredi, elle continuera à faire de même, pour que ces "salopards de terroristes n'aient pas gagné". Et pour soutenir l'équipe du bar : "Pour l'instant, je leur ai juste envoyé un baiser à travers les fenêtres, je n'ai pas voulu les déranger..."

"Pour moi, c'est comme si on dansait sur des tombes"

Tout le monde dans le quartier n'est toutefois pas sur la même ligne. "Pour moi comme pour beaucoup de mes voisins, c'est trop tôt car on est encore traumatisés", soupire ainsi avec un accent polonais Adriana, 50 ans, en passant, les yeux encore rougis, devant la Bonne bière et la Casa Nostra. Depuis les attentats, celle qui habite le quartier depuis 28 ans nous dit pleurer tous les jours et avoir des insomnies, ses nuits restant hantées par le souvenir "des marées de sang recouvertes de sable" et des discussions avec des survivants au matin du drame. "Je suis d'accord avec ceux qui disent qu'il faut continuer à vivre, et je comprends que la Bonne bière ait besoin de rouvrir pour des raisons financières, mais il faut respecter le temps du deuil, estime-t-elle. C'est peut-être fort ce que je vais dire mais, pour moi, c'est comme si on dansait sur des tombes."

"La vie doit continuer"

Cette délicate transition entre deuil et retour à la vie, on la retrouve également rue Bichat, dans le Xe arrondissement, à quelques centaines de mètres de là. Pour le bar Le Carillon et le restaurant Le petit Cambodge et qui lui fait face, eux-aussi victimes de la folie meurtrière des terroristes, le temps de l'ouverture après l'horreur prendra un peu plus de temps : le premier pourrait le faire "fin décembre, peut-être en janvier", le second "mi-janvier". "Le petit Cambodge rouvrira, car pour chacun d'entre nous la vie doit continuer, mais également par respect pour les clients qui ce soir-là étaient au restaurant", avaient écrit la semaine dernière ses propriétaires sur Facebook.

En attendant, on peut voir des touristes et passants s'émouvoir que les agents de la mairie de Paris aient ici aussi largement déblayé les souvenirs déposés devant les deux établissements. "Il fallait le faire car cela faisait cimetière. Parfois on devait faire le tour parce qu'on ne pouvait pas passer devant avec les nombreux touristes", nous confie en passant François, 32 ans, son sac de courses à la main. Pour celui qui habite un immeuble voisin, et qui assure qu'il retournera au Carillon, son "QG", dès qu'il aura rouvert, ces fleurs et messages en hommage aux victimes resteront gravés ailleurs : "Ça ne partira jamais de nos esprits".

À LIRE AUSSI >> Notre dossier complet consacré aux attentats de Paris

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter