Attentats du 13 novembre : comment les attaques ont été préparées et coordonnées

Attentats du 13 novembre : comment les attaques ont été préparées et coordonnées

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L'ENQUETE - Le quotidien Le Monde a eu accès aux plus de 5.000 procès-verbaux que contient le dossier de l’enquête sur les attentats de Paris. Une somme qui révèle comment les attaques ont été préparées et coordonnées depuis la Belgique.

C’est un "travail colossal" salué par le procureur de Paris François Molins dès le 24 novembre dernier. Dans les 11 jours qui ont suivi les attentats du 13 novembre, les enquêteurs ont dressé au total 5.339 procès-verbaux dans le cadre de l’enquête de flagrance pilotée par le parquet. Depuis, l’instruction a pris le relais et le dossier s’étoffe. Le Monde a eu accès à ces PV et en révèle mercredi la teneur : un récit précis de la préparation et du déroulé des attaques menées par trois commandos qui pourraient avoir été pilotés en temps réels depuis la Belgique.

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La route du convoi reconstituée

Depuis la Belgique, on savait que les terroristes étaient arrivés le jeudi 12 novembre en début de soirée, la veille des attentats, par un convoi de trois véhicules, une Clio, un Seat Leon et une Polo, roulant à dix minutes d’intervalles. Les enquêteurs ont réussi à remonter jusqu’au point de départ de ce convoi. Une commune de Bruxelles au nom désormais bien connu : Molenbeek. Il est trois heures du matin, les caméras de vidéosurveillance captent une scène apparemment anodine. Trois hommes sortent de deux véhicules noirs, une Clio et une Seat, garés dans une ruelle : Salah Abdeslam, son frère Brahim et Mohamed Abrimi.

A bord des deux voitures qui roulent à grande vitesse, le trio se met en route direction Charleroi et un quartier réputé pour son trafic d’armes et de stupéfiants. Ils y arrivent à 4h30. Les deux voitures reprennent la route bien plus tard, à 16 heures. Elles sont rejointes par un troisième véhicule, une Polo noire. Le convoi est en marche vers Paris. Deux haltes dans des stations-service permettent d’identifier partiellement ses passagers. Dans la Clio : les deux frères Abdeslam et Mohamed Abrini. A bord de la Polo : Ismael Mostefaï et Samy Amimour, 29 et 28 ans, deux terroristes français du Bataclan, et Bilal Hadfi, jeune belge de 20 ans, kamikaze du Stade de France. Le quatrième passager est dissimulé par un bonnet et des lunettes : il pourrait s’agir de Foued Mohammed-Aggad, français de 23 ans et troisième membre du commando du Bataclan. Tous, à l’exception de Salah Abdeslam, ont séjourné en Syrie. Le convoi arrive en région parisienne peu avant 20 heures.

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Des commandos liés par téléphone, pilotés depuis la Belgique ?

Le téléphone a joué un rôle important dans la coordination des attaques au soir du 13 novembre. A 21h20, un premier kamikaze actionne sa ceinture d’explosif au niveau de la porte D du stade de France. A 21h21, Bilal Hadfi, le dernier des trois kamikazes, passe un coup de fil à Abdelhamid Abaaoud. Ce dernier, présenté a minima comme le chef opérationnel de ces attaques, compose, avec Brahim Abdeslam et un troisième homme non identifié,  le "commando des terrasses". Quatre minutes plus tard, à 21h25, ils ouvrent le feu sur le Carillon et le Petit Cambodge.

>> La carte des attentats du 13 novembre :


A 21h40, une Polo noire se gare devant le Bataclan. A 21h42, un SMS est envoyé depuis un smartphone de marque Samsung retrouvé dans une poubelle face au Bataclan : "On est parti, on commence". Le destinataire est en Belgique. La ligne a été ouverte au nom de Salah Abdeslam. Elle est active depuis le 12 novembre à 22h24. Elle est désactivée dès réception du texto. Avant cela cette ligne a communiqué exclusivement et de façon soutenue avec un seul et unique numéro : celui du portable abandonné face au Bataclan. L’enquête a permis de démontrer que le soir des attentats, un autre numéro belge a émis depuis ce même endroit en Belgique. Son destinataire ? La ligne utilisée par Abdelhamid Abaaoud. Pour les enquêteurs, au moins un homme a coordonné ces attaques depuis la Belgique.

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Le rôle trouble de Mohamed Abrini

Quel a été le rôle précis de Mohamed Abrini ? L’homme semble s’être volatilisé entre les 12 et 13 novembre. Ce Belgo-marocain âgé de 30 ans est aujourd’hui, avec Salah Abdeslam, l’un des hommes les plus recherchés d’Europe et fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Dans les jours qui ont précédé les attaques, à l’occasion de deux allers-retours Paris-Bruxelles effectués avec les frères Abdeslam, il a participé aux recherches des deux planques du commando, une résidence hôtelière à Alfortville et un pavillon à Bobigny. La veille, le 12 novembre, il est au départ du convoi à Molenbeek. Puis dans la soirée, il est vu à bord de la Clio repérée dans deux stations-services. Et après ? L’homme est-il rentré en Belgique pour y coordoner les attentats ? On l’ignore encore.

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