Attentats du 13 novembre : Le magazine Valeurs actuelles a-t-il "dépassé les limites" ?

FAITS DIVERS

PROCES – La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris jugeait ce mercredi Yves de Kerdrel, directeur de Valeurs actuelles et un journaliste de sa rédaction, pour avoir, le 26 novembre 2015, publié dans l'hebdomadaire des extraits d'un procès verbal de l'enquête sur les attentats du 13 novembre 2015. La procureur a requis 2000 euros contre le directeur, et 500 euros contre le journaliste. La décision a été mise en délibéré au 14 juin 2016.

L'audition de ce témoin avait été fondamentale pour l'enquête. Elle s'appelle Sonia. Elle se trouvait en compagnie d'Hasna Ait Boulahcen le 15 novembre quand celle-ci a été contactée par Abdelhamid Abaaoud, un des organisateurs présumé des attentats du 13 novembre. C'est elle qui a permis de le localiser avant qu'il ne meure le 18 novembre au cours de l'assaut à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Le 26 novembre 2015, treize jours après les multiples attaques sanglantes qui ont fait 130 morts et plus de 200 blessés, l'hebdomadaire Valeurs actuelles publiait dans son numéro 4122 des extraits du procès-verbal de la jeune femme dans un article intitulé "À la recherche de bombes humaines" . Il soulignait notamment, selon le témoignage de Sonia, qu'Abdelhamid Abaaoud était en France depuis deux mois et que le 15 novembre il cherchait une planque "pour 48 heures". Le parquet de Paris avait ouvert une enquête après la publication du document. "La diffusion de ces extraits a gravement mis en danger ce témoin", avait souligné François Molins sur France Inter .

Yves de Kerdrel, directeur de l'hebdomadaire et l'auteur de l'article incluant le PV étaient jugés ce mercredi pour ces faits. Après avoir regretté que les deux prévenus soient absents, la procureur Anabelle Philippe a requis 2000 euros d'amende à l'encontre du directeur et 500 euros à l'encontre du journaliste considérant qu'ils avaient "dépassé les limites", violé le secret de l'instruction et fait courir des risques à ce "témoin clé".

Des terroristes "toujours en fuite"

Dans son réquisitoire, Annabelle Philippe a fait valoir que si le nom de ce témoin n'apparaissait pas dans les colonnes de l'hebdomadaire, la jeune femme était tout a fait reconnaissable par les "membres de la cellule terroriste" gravitant autour des auteurs des attentats de Paris. "Sonia est identifiable et en danger car des personnes sont toujours en fuite quand paraît l'article. D'ailleurs, l'article finit par : 'Tel est le récit de ce témoin clé. Il est aujourd'hui menacé par Daech'" a-t-elle souligné.

La représentante du ministère public a par ailleurs rappelé que dans le PV était également mention de propos tenus par les complices présumés de Salah Abdeslam indiquant que ce dernier, le 15 novembre, se serait trouvé en Syrie. "Aujourd'hui on sait que c'est faux. Il était en Belgique! Salah Abdeslam s'est peut-être dit à ce moment-là : 'Je suis tranquille. Il me croit en Syrie'".

Pour elle, cette publication qui "ressemble à du 'Regardez, j'ai un scoop!'" était un danger dans un "dossier de terrorisme avec des actes à venir" faisant référence aux événements tragiques survenus récemment en Belgique.

"Crédibiliser l'info"

Pour Me Basile Ader, il n'était pas question ni pour le journaliste ni pour son directeur de chercher l'exclusivité mais de "crédibiliser l'info". Au cours de leur audition, le journaliste et Yves de Kerdrel avaient invoqué notamment "l'intérêt général" pour justifier la publication des extraits de ce PV dans le cadre d'un article pouvant apporter des informations relatives aux attentats de Paris. Tous deux ont fait valoir que "toutes les précautions avaient été prises pour qu'on ne puisse pas identifier ce témoin".

Maître Ader a par ailleurs rappelé que pour ce qui était de l'affaire de Sonia, BFMTV avait déjà mentionné ce témoin avant la publication de Valeurs Actuelles. Il s'est étonné en outre que Le Monde, qui a publié dans son intégralité un PV d'audition de Benzema dans l'affaire de la Sextape de Valbuena , n'ait pas été poursuivi. "Valeurs Actuelles n'est-il pas la "brebis galeuse dans cet univers médiatique" s'est-il interrogé. La décision a été mise en délibéré au 14 juin.

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