Attentats : faut-il continuer de diffuser les noms et les photos des terroristes ?

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DEBAT – Un certain nombre de commentaires sous les articles de presse reprochent aux médias de diffuser les photos et les noms des terroristes, au risque de les ériger en "star". Metronews a décidé de se pencher sur la question.

"On dirait des stars, ils sont partout." "Arrêtez de les rendre célèbres." "Y’en a pas marre de leur donner de l’importance à ces bâtards ?" "Comment faire le deuil avec ces photos qui circulent sans cesse ?" "Vous faites la publicité d'assassins." Les internautes de metronews - mais aussi des autres médias - sont nombreux depuis plusieurs semaines à exprimer leur mécontentement quant au traitement médiatique des divers attentats à Paris, Bruxelles, Nice. Avec comme principal reproche le fait de diffuser les photos et les noms des terroristes. Car selon eux, les médias leur accorderaient une certaine "starification" qu’ils ne méritent pas.

Plusieurs pétitions en ligne réclament une loi pour empêcher les médias de diffuser des informations concernant les auteurs d’actes de terrorisme. "Je souhaite que l'anonymat soit gardé afin que ces criminels ne connaissent pas ce qu'ils recherchent également, à savoir une gloire post-mortem", peut-on lire sur mesopinions.com . Une autre, sur change.org , demande à François Hollande et Manuel Valls de "faire voter une loi, pour que ce changement ait lieu et soit définitif", au motif que le fait de savoir que les terroristes ne seraient pas médiatisés aurait "un effet dissuasif sur certains d’entre eux" et les découragerait de "passer à l’action".

"Sacro-saint droit à l’information"

Tout d’abord, que risquent les médias en diffusant les noms et photos des terroristes ? Trois délits : l’atteinte à la vie privée, le non-respect de la présomption d’innocence et le recel de violation du secret de l’instruction. Mais en matière de terrorisme, comme très souvent pour d’autres sujets de droit commun, "le sacro-saint droit à l’information prime", explique à metronews Delphine Meillet, avocate spécialiste en droit de la presse.

Aucune disposition empêche les médias de diffuser les portraits des terroristes ou leurs noms, à partir du moment où l’enquête n’est pas mise en péril. Personne ne pourrait donc poursuivre un journaliste pour "complicité de terrorisme" sur le seul fondement qu’en diffusant le nom d’un terroriste, il participerait, de l'avis d'internautes, à sa propagande. "D’autant qu’en en parlant, les journalistes dénoncent le terrorisme", poursuit l'avocate.

Une réflexion pour faire évoluer la déontologie des journalistes

Pour que les journalistes appliquent eux-mêmes une certaine forme de réserve, la secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes a lancé une réflexion avec des spécialistes des médias, dévoile-t-elle dans une interview accordée ce jeudi à metronews. "Il faut réfléchir à des moyens de donner de l'information sans forcément livrer tous les détails de l'identité ou de la biographie du terroriste", précise-t-elle.

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Reste que, jusqu'à présent, l’effet produit est là. On se souvient davantage du nom du terroriste que celui des victimes. L'affaire Merah, par exemple. Quel effet a eu sur les familles la diffusion au 20h de France 2 du tueur toulousain, tout souriant au volant d’une voiture ? "Elle n’est pas innocente cette photo. Sur le coup, évidemment, elle nous a fait mal. Mais aujourd’hui, elle nous passe bien au-dessus. On ne regarde plus la télévision. Je me suis fait une raison : les médias sont libres", nous confie, désabusé, Alber Chennouf-Meyer, le père d’Abel, un des militaires assassinés par Mohamed Merah.

"Il ne faut pas que ce soit un tabou"

Toutes les victimes n'ont pas le même avis. "On a fait le choix de ne pas diffuser sur notre site des photos de terroristes. Mais il ne faut pas non plus que ce soit un tabou", estime Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac). "Toute idée d’un contrôle de l’information serait néfaste pour les victimes, qui ont besoin de rechercher la vérité en toute transparence. Si on ne montrait pas ces photos, ces identités, ça laisserait penser qu’on nous cache quelque chose", ajoute-t-il.

D’autant que de nombreuses victimes d’attentats, comme d’autres faits divers, "collectionnent" les articles de presse. Une façon aussi, pour eux, de faire perdurer la mémoire de leurs proches. Et de leur garantir une reconnaissance de "victime" aux yeux de la société.

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