Attentats : l’ultra-droite, cette autre menace qui inquiète la France

FAITS DIVERS

DECRYPTAGE - Grégoire Mouteaux, 25 ans, interpellé en Ukraine ce week-end, ravive les craintes des services de renseignement sur l’ultra-droite en France. Mi-mai, le patron de la DGSI, Patrick Calvar, avait évoqué devant les députés cette menace. Selon les services de sécurité ukrainiens, ce Français préparait une série d’attentats avant et pendant l’Euro 2016, visant mosquées et synagogues.

Une arrestation qui vient illustrer ce que les services de renseignement redoutaient depuis plusieurs mois. Grégoire Mouteaux, un Français de 25 ans, aurait projeté 15 attentats pendant l’Euro 2016 visant des mosquées et des synagogues. Des renseignements transmis par les services de sécurité ukrainiens qui ont arrêté ce Français à la frontière de l’Ukraine et de la Pologne. Une interpellation réalisée après ce qui ressemble à un piège tendu par les services secrets du pays. Selon Vassil Grytsak, le chef des services de sécurité ukrainiens, il avait fait part de son opposition à "la politique de son gouvernement concernant l'arrivée massive d'étrangers en France, la diffusion de l'islam et la mondialisation".

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Si tous les capteurs politiques et médiatiques sont centrés sur le terrorisme islamiste, la menace de l’ultra-droite (groupes violents, radicaux d'extrême-droite) est une réalité en France. Le 10 mai dernier, devant les députés de la commission de la défense nationale et des forces armées, Patrick Calvar , patron de la DGSI, a révélé qu’il avait réorganisé ses services en fonction de cette nouvelle menace. Selon nos informations, des agents qui travaillaient jusqu’alors sur la problématique islamiste ont été recentrés vers la surveillance de la mouvance ultra-droite.

Un groupuscule d’extrême-droite

"Les extrémismes montent partout et nous sommes, nous, services intérieurs, en train de déplacer des ressources pour nous intéresser à l’ultra-droite qui n’attend que la confrontation. […] Cette confrontation, je pense qu’elle va avoir lieu", expliquait alors Patrick Calvar. Un langage de vérité pour ce discret policier qui ajoutait : "Il nous appartient donc d’anticiper et de bloquer tous ces groupes qui voudraient, à un moment ou à un autre, déclencher des affrontements intercommunautaires."

Grégoire M., originaire de Lorraine, n’était pas connu de la police et de la justice française. Il a été intercepté en possession d’un véritable arsenal de guerre : plusieurs kalachnikovs, 125kg de TNT et des détonateurs. Inséminateur de profession, il exerçait dans une coopérative de la Meuse. Selon des sources proches de l’enquête française, les contours de ce voyage en Europe de l’Est sont encore à préciser. La section antiterroriste du parquet de Paris n’a pas ouvert d’enquête après son arrestation. En revanche, la police judiciaire de Nancy et l’Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) sont chargés des investigations, ouvertes pour trafic d’armes. A son domicile, les enquêteurs auraient déjà retrouvé un t-shirt d’un groupe d’extrême-droite, le Renouveau Français, dont il s’était, semble-t-il, rapproché.

"Frapper les esprits"

Les craintes du patron de la DGSI sont-elles fondées ? Selon lui, la menace islamiste a ravivé l’ultra-droite qui n’attendrait plus que "deux ou trois attentats" pour passer à l’acte. Les actes anti-musulmans enregistrés en France en 2015, année marquée par plusieurs attentats, ont fortement progressé. Depuis le début de l’année, les lieux de culte musulmans ont fait l’objet de 18 tentatives d’incendies. Et à huit reprises, ils ont été visés par des coups de feu, relevait L’Express dans une récente enquête consacrée à la "peur" d’une réplique de l’ultra-droite.

La justice, de son côté, reste prudente quant à l’enquête sur le Lorrain. Pour l’heure, aucune pièce judiciaire émanant des autorités ukrainiennes n’atteste du commencement d’un "projet terroriste". D’autant que le piège tendu par les services secrets ukrainiens à ce ressortissant français invite à la prudence. Mais le spectre d’un déséquilibré comme Maxime Brunerie, auteur d’une tentative d’assassinat contre Jacques Chirac lors du défilé du 14 juillet 2002, est évidemment à l’esprit. Cet étudiant en BTS de comptabilité-gestion, proche du groupuscule d’ultra-droite Unité radicale, avait décidé, seul, de s’en prendre au président. Pour frapper les esprits.

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