Au procès de Bernadette Dimet, deux fils en colère : "mes parents ont détruit la vie de tout le monde"

FAITS DIVERS

COMPTE RENDU D’AUDIENCE - Aux assises de l’Isère, ce vendredi 5 février, se joue le dernier acte du procès de Bernadette Dimet, accusée d’avoir tué son mari violent et violeur. A la barre, ses deux fils, résignés, ont autant blâmé le père colérique que la mère impuissante.

Dans le box des accusés, aux assises de l’Isère ce vendredi 5 février, il y a une femme. Bernadette Dimet, 59 ans, poursuivie pour assassinat. Et pourtant, depuis l’ouverture de son procès, la veille, c’est un homme qui est au coeur des débats : Bernard Bert, son époux, qu’elle a tué d’un coup de fusil de chasse au milieu d’une clairière, un matin de janvier 2012.

Les voisines, les copines de Bernadette Dimet se sont longuement exprimées, jeudi. Elles décrivent Bernard, cet "homme des bois qu’on n’aurait pas voulu croiser seule", qui espionnait dans les jardins et qui les "mettait mal à l’aise". Elles disent qu’elles savaient, bien sûr, qu’il était violent envers Bernadette, que tout le monde pensait "que ça finirait mal", même si c’est "elle qu’on pensait retrouver morte un jour". Et puis les quatre soeurs de l’accusée se sont elles aussi succédées à la barre. D’une seule et même voix, elles lèvent le voile sur un lourd secret de famille : le viol de deux d’entre elles dans les années 1970 par Bernard, leur beau-frère tyrannique, et l’enfant qui a résulté de cet acte. L’experte psychiatre, interrogée vendredi matin, contribue elle aussi à brosser le portrait du mari monstrueux, dont Bernadette s’est retrouvée "prisonnière". "Elle a vécu l’histoire classique, habituelle, des femmes battues et mises sous emprise. Son fusil, elle l’a pris comme un mécanisme de défense. Elle ne voulait pas tuer", affirme l’experte.

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"ça a bousillé nos vies"

Et au milieu de tout ça, au premier rang de la salle, il y a les deux fils, constitués partie civile contre leur mère. Ils ont le visage fermé, dur, et regardent droit devant eux. Ils acceptent de s’exprimer à la barre. Le cadet, d’abord, s’exprime calmement. Mais on sent beaucoup de résignation, de colère renfermée dans les propos de cet homme, la quarantaine, cheveux bruns coupés ras, et boucle d’oreille en argent à l’oreille gauche. D’un ton désabusé, il revient sur ces lourds secrets de famille, dont il a appris l’existence une fois sa mère incarcérée, par la presse, devant la chambre funéraire où reposait son père : "Tout le monde savait pour l’histoire des viols. Les gendarmes, les voisins, les médecins. Sauf nous. On a été les derniers à savoir. Et ça a bousillé nos vies… Il a fallu attendre 40 ans pour en arriver aux assises. C’est pitoyable."

Une pause, il reprend : "Le procès de mon père, c’était il y a quarante ans qu’il fallait le faire, pas maintenant. C’est trop tard, tout arrive trop tard. Le défilé de voisines n’était pas obligatoire. Le comité de soutien, c’est avant qu’il fallait le faire. J’en ai voulu à mes parents, aux deux. Ce secret on aurait dû le savoir avant. Si on avait su, ça ne se serait peut-être pas passé comme ça. De toute façon, que ce soit mon père ou ma mère, ils ont détruit la vie de tout le monde."

"Je demande pardon"

L’autre frère arrive à son tour. Dégarni, petites lunettes, lui non plus ne verse pas une larme, lui non plus ne prononce pas une seule fois le mot "maman". Et détaille sa surprise de découvrir aujourd’hui l’autre visage de son père : "Moi, mon père je l’ai jamais vu sous cet angle là. Je le voyais pas comme un violeur, ni comme un homme violent" dit-il, tout en assurant qu’il ne partageait guère avec lui "de grandes relations". Ensemble, les deux fils décrivent une mère peu chaleureuse, une enfance passée sans beaucoup d’activités ou de sorties avec les copains. "Avant mes dix ans, je n’ai pas vraiment de souvenirs de mon enfance" poursuit l’aîné. Ces mots, plein de souffrance et de détresse à peine avouée, sont prononcés sans un regard pour la mère, qui est assise à leur droite dans le box des accusés. Avant la suspension, Bernadette Dimet se lève, prend la parole. De grosses larmes coulent derrière ses petites lunettes. Elle chancèle un peu en se mettant debout. "Je demande pardon à tout le monde, pour tout le mal que j’ai fait". Elle dit "tout le monde" mais elle implore ses fils du regard. Eux détournent la tête, puis s’en vont.

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