Au procès de Sofiane Rasmouk, Priscilla raconte son combat de "miraculée"

COMPTE RENDU D’AUDIENCE - En ce quatrième jour du procès de Sofiane Rasmouk devant les assises des Hauts-de-Seine, à Nanterre, c’est au tour de Priscilla, l’une des deux victimes, de s’avancer à la barre. Toujours marquée par les stigmates physiques et neurologiques de l'agression, la jeune femme de 34 ans a émis le souhait que son agresseur "ne sorte plus de prison".

"Je préfère rester debout". A la présidente qui lui désigne une chaise, derrière la barre des témoins, Priscilla répond d’un ton badin, en souriant un peu. Mais c’est tout un symbole. Ce jeudi 26 mai, devant la cour d’assise des Hauts-de-Seine, à Nanterre, cette jeune femme d’une trentaine d’années doit expliquer aux jurés l’interminable combat qu’est devenue sa vie, depuis ce fameux soir du 7 août 2013 où sa route a croisé celle de Sofiane Rasmouk. A sa droite, le box est vide. Ingérable, l’accusé s’est fait exclure quelques instants plus tôt.

De l’agression, donc, elle ne se souvient de rien. Ni d’avoir été suivie puis rattrapée dans le hall d’entrée de son immeuble, à Colombes. Ni d’avoir été cognée à coups de poings, à coups de pieds, si fort que son cerveau s’est déplacé dans sa boîte crânienne. Que son visage, devenu marron, en a doublé de volume. "On aurait dit une poupée manga, une poupée de chiffon, avec une tête grosse comme ça", témoignera plus tard sa mère, à la barre. Aucun souvenir, non plus, de ses premières semaines à l’hôpital, passées dans le coma puis dans les blocs chirurgicaux, pour quatre opérations successives. "Les médecins disent que je ne me souviendrai jamais des faits. Mais en voyant toutes ces cicatrices sur mon corps, je ne les oublierai jamais", assure-t-elle d’une voix posée, claire, articulée.

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"J'ai peur de tout"

Car les cicatrices sont bien là. Cachées sous les vêtements coquets, sous un rideau de cheveux noirs soigneusement lissés, sous un visage figé qui lui a volé son âge. Priscilla a 34 ans. Mais elle en paraît 15. Et raconte, les mains posées bien à plat sur la barre pour assurer un équilibre désormais précaire, cette ancienne vie qui n’est plus la sienne : "J’étais cadre en entreprise. Pourrais-je retravailler un jour ? Je l’espère, oh oui. Mais pas pour l’instant. Je peux écrire mais je fais des grandes lettres, comme les gamines de cinq ans. Avec ce qu’ils m’ont mis dans le cerveau, une valve ou quelque chose comme ça, je ne peux même plus faire de sport. Tout ce que je peux faire, c’est marcher deux, trois pas pour aller aux toilettes. J’ai peur de tout, maintenant. Il a gâché ma vie, mais aussi celle de Sandra."

Ce qu’elle attend de ce procès ? Certainement pas des justifications, encore moins des excuses de la part de l’accusé, qui se borne à expliquer que Priscilla devait, ce soir-là, récupérer un sachet de drogue. Un échange dans le cadre d'un trafic de stupéfiants qui aurait "mal tourné", selon l'accusé. Scénario que les enquêteurs ont qualifié d'imaginaire. "Ses explications, je m’en fous", lâche la jeune femme. "Tout ce que je veux, c’est qu’on ne le laisse pas sortir de prison." Je ne veux plus aller dans la rue et retomber sur un malade. Ou qu’il agresse quelqu’un d’autre. Sandra (ndlr, l'autre victime de Rasmouk) et moi, on est en vie, on a eu de la chance."

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"Ce n'est plus la même personne"

"On a eu de la chance". Cette phrase, lancée avec tant de candeur par celle que tous les médecins décrivent comme "une miraculée", est suivie d’un bref silence. Car elle provoque autant d’admiration que de malaise. "Priscilla ne se rend pas compte de l’état dans lequel elle est", assurait, la veille, le docteur Gilbert Dhumerelle, qui l’a examinée à plusieurs reprises pendant sa rééducation. "Il y des séquelles neurologiques. Ce n’est plus la même personne. Elle est merveilleuse cette gamine, mais le cerveau a pris beaucoup." Des paroles dures, que Ghislaine, la mère de Priscilla, encaisse, et approuve.

Très digne malgré les lourds sanglots, cette intermittente du spectacle, cheveux blonds coupés au carré, ne travaille plus aujourd’hui. "Je fais mon job de maman", explique-t-elle aux jurés : "Quand Priscilla a envie de quelque chose, je dis oui, Je veux exaucer tous ses souhaits, pour qu’elle profite au maximum. Car personne ne sait combien de temps elle peut vivre encore." Et ajoute, dans un débit très rapide, comme si ces mots lui brûlaient les lèvres : "A 34 ans, c’est une enfant. Elle m’émeut beaucoup, parce qu’elle se bat sans cesse."

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