Matraque et viol présumé : l’affaire Théo n’est (malheureusement) pas une première

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VIOLENCES POLICIÈRES - L'affaire du jeune Théo, hospitalisé en raison de graves blessures et qui dit avoir été victime d'un viol avec une matraque au cours d'une violente interpellation à Aulnay-sous-Bois, a choqué l’opinion. Mais il ne s'agit pas d'un cas isolé : au moins deux affaires ont été jugées par le passé pour des faits similaires.

Ils s’appellent Alexandre, Ahmed et Théo. Ces trois hommes ont tous les trois subi des violences policières bien particulières : si le cas de Théo fait aujourd’hui la Une des journaux, il ne s’agit malheureusement pas d’une première. Dans son affaire comme dans les deux précédentes évoquées ici, si les violences sont reconnues, la qualification de "viol" présumé fait débat.

Alexandre T. a souffert d’une "plaie ouverte de 1.5 centimètre"

La scène se déroule 29 octobre 2015. Un équipage de la police municipale de Drancy est appelé pour tapage nocturne. Sur place, Alexandre T., 26 ans, qui a bu avec ses amis, aurait outragé les agents. Ces derniers décident de l’emmener au commissariat. Alexandre T. se débat. Menotté dans le dos et délesté de sa ceinture, son pantalon glisse. Deux policiers tentent de le faire entrer dans le véhicule en le tirant par les épaules. Un troisième, Arnaud P., le pousse dans l’habitacle. "D’un coup, j’ai senti un truc dans mes fesses. J’ai hurlé, je me suis allongé sur la banquette et j’ai pleuré", expliquera le jeune homme lors de son audition. "Il y en a un qui m’a dit ’plus jamais tu parleras comme ça de la police municipale, tu te rappelleras de nous’."

Il y en a un qui m’a dit ’plus jamais tu parleras comme ça de la police municipale, tu te rappelleras de nous’.- Alexandre T.

Comme dans le cas de l’affaire Théo, agresseur et agressé affichent deux versions bien différentes. Le policier inculpé dans cette affaire assure qu’il n’a pas entendu crier, ni pleurer le jeune homme, et n’a vu aucun saignement. Pourtant, une fois arrivé au commissariat de Drancy, Alexandre T. est conduit à l’hôpital. Un médecin constate une lésion interne, une plaie de 1.5 cm au niveau de l’anus, et prescrit 10 jours d’ITT.

L’enquête révèle que du sang se trouve dans la voiture des agents municipaux et l’ADN de la victime est bien présent sur la matraque d’Arnaud P. Ce dernier est poursuivi pour "violences volontaires" mais il ne reconnaît pas le viol.

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Les faits ont été jugés ce lundi 16 janvier. Initialement inculpé pour "viol en réunion", le parquet a requalifié les faits en "violences aggravées". L’avocat d’Arnaud P. utilise la même défense que le policier mis en examen dans l’affaire Théo : son client a utilisé sa matraque "à l’horizontale" pour maitriser l’inculpé. Une version qui ne satisfait pas la défense. "Ça ne se traverse pas comme ça un anus", s’insurge Me Florent Hauchecorne.

Pourtant le procureur adjoint penche pour "un coup violent dont la pression est suffisamment forte pour entraîner une perforation d’un centimètre et demi." Il requiert six mois de prison avec sursis et une interdiction professionnelle d’un an. Selon Le Monde, Alexandre T. dénonce une justice à deux vitesses :  pour comparaison, il y a dix ans, pour insulte à agent, il avait été condamné à huit mois avec sursis.

Marie-Cécile Nathan, avocate du jeune homme, indique avec regret à nos confrères de l’Humanité que "la réaction du parquet de Bobigny sur ce genre d’affaire n’est pas appropriée. Il nie systématiquement le caractère sexuel des violences." Le jugement est attendu pour le 20 février.

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Ahmed S., torturé pendant trois jours

Le cas d’Ahmed S. est plus ancien, mais aussi plus violent. Le 25 novembre 1991, cet homme de 49 ans (à l’époque) est arrêté dans le cadre d’un trafic de stupéfiants. Des agents de la police judiciaire de Bobigny le conduisent au commissariat où il restera 72 heures en garde à vue. Durant ces trois jours, Ahmed S. raconte voir été frappé, coups de pied, de poinq, de batte de base-ball, mais aussi avoir subi un viol à l’aide d’une matraque.

L’enquête de l'Inspection générale des services (IGS) et de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) ne donnent rien. Ahmed S. est de son côté condamné à 13 ans de prison mais poursuit son combat : le parquet de Bobigny ouvre une information contre X. 

Cinq policiers sont mis en examen … en 1997, six ans après les faits. Restés en fonction jusqu’à leur comparution, ils sont condamnés deux ans plus tard de deux à quatre ans de prison. Mais les agents font appel. La cour de Versailles réduit les peines à de la prison avec sursis, seul le commandant écope de trois mois ferme.

Saisie de cette affaire, la cour d’appel européenne des droits de l’homme a condamné la France pour torture, une première.

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