Empoisonnements dans deux cliniques bisontines : le travail des anesthésistes est-il contrôlé ?

FAITS DIVERS
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DOSES MORTELLES - Soupçonné d'avoir empoisonné sept patients à Besançon, dont deux mortellement, un médecin anesthésiste a été mis en examen lundi 6 mars. L’occasion de faire le point sur le contrôle du travail des anesthésistes.

Lundi dernier, un médecin-anesthésiste a été mis en examen dans la ville du Doubs. Il est soupçonné, alors qu'il travaillait à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté, d’avoir empoisonné volontairement sept patients entre 2008 et 2017 dont deux mortellement. Un fait divers qui ne va pas manquer de poser la question du contrôle de l'activité de ces professionnels de la santé.

Du potassium à dose létale

Pour rappel, l’anesthésie générale est un état qui s’apparente au sommeil. Elle est provoquée par l’injection de médicaments par voie intraveineuse ou respiratoire (des hypnotiques pour endormir le patient, des analgésiques pour diminuer sa douleur et des curares pour relâcher ses muscles). Et dans cette affaire, c’est bien le dosage réalisé par le médecin-anesthésiste de ces médicaments qui est mis en cause.


Lors d’une conférence de presse, la vice-procureure Christine de Curraize a notamment expliqué que des doses létales de potassium ou d’anesthésiques avaient été introduites "sciemment" dans des poches de perfusion de réhydratation, "où normalement, elles n’ont pas lieu d’être" en raison des risques pour le patient. 


Cette affaire pose la question du contrôle du travail de l’anesthésiste. Lors d’une opération, il faut savoir que l’infirmier-anesthésiste et le médecin-anesthésiste s’occupent de bout en bout de l’anesthésie et de sa préparation et ce, sans ingérence du chirurgien. "Les médicaments et les perfusions sont généralement préparés par l’infirmier-anesthésiste, explique à LCI Béatrice Gibaud, infirmière-anesthésiste au CHU de Bordeaux. Il arrive parfois que ce soit le médecin-anesthésiste qui s’en charge, notamment en clinique". 

Quand "un travail à quatre mains" est effectué à deux mains

"Pour faire des économies, certaines cliniques permettent à un médecin anesthésiste de s’occuper seul d’une anesthésie, complète Simon Taland, infirmier-anesthésiste lui-même et Secrétaire général du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia). Pourtant, la recommandation professionnelle est de travailler à quatre mains. Mais celle-ci n'est pas force de loi". Le suspect aurait ainsi pu agir en toute impunité et préparer lui-même les doses sans être "parasité" par un collègue infirmier-anesthésiste. 


D’autant qu’une préparation dangereuse ne peut pas être décelée lors d’une opération. "Les produits sont incolores, souligne Béatrice. Ainsi, si quelqu’un a injecté un produit mal dosé dans les perfusions ou dans les seringues, il est impossible de le savoir. Malheureusement, quelqu’un qui veut être malveillant dans un bloc opératoire peut l’être". 

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A Besançon, un anesthésiste empoisonneur ?

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