Bondy : deux frères juifs agressés par un homme muni d'une scie à métaux

Bondy : deux frères juifs agressés par un homme muni d'une scie à métaux

DirectLCI
FAIT DIVERS - Une enquête a été ouverte après que deux frères âgés de 17 et 29 ans ont porté plainte au commissariat de Bondy (Seine-Saint-Denis). Selon les plaignants, ils auraient été attaqués mardi soir devant un bar à chicha par plusieurs individus, dont un homme armé d’une scie à métaux. Et toujours d'après eux, ils portaient leur kippa au moment des faits.

C’est le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVA) qui a révélé l’affaire jeudi soir. Dans un communiqué, il dénonçait ainsi l’agression dans la ville de Bondy (Seine-Saint-Denis), de deux jeunes frères juifs portant la kippa. Les faits auraient eu lieu, selon deux frères âgés de 17 et 29 ans, mardi soir vers 21 h 15 avenue Gallieni. L’aîné David (*), était au volant de son véhicule, avec Raphaël (*), son cadet à ses côtés. Une "camionnette blanche style Berlingo, avec deux occupants à son bord", leur aurait alors fait deux queues de poissons successives. 

"Sales juifs ! Connards ! Vous allez mourir "

David serait alors allé à la hauteur de la fourgonnette, aurait baissé sa vitre puis demandé au chauffeur pourquoi il faisait ça. "Je fais ce que je veux sur cette route. Sales juifs ! Connards ! Vous allez mourir", lui aurait-on répondu. Les deux frères seraient alors repartis avant que le conducteur de la fourgonnette ne leur refassent une queue de poisson. "Nous étions à deux doigts de percuter le mur", a expliqué le plus jeune des frères lors de son dépôt de plainte, mercredi 22 février, au commissariat de la ville. 


Le chauffeur de la fourgonnette aurait ensuite demandé à David de descendre de sa voiture.  Et c’est à proximité  d’un bar à chicha que tout aurait dégénéré. "Il a tapé sur la porte du bar à chicha en disant : ‘Venez, il y a deux personnes devant, on va défoncer des juifs’", explique encore le plaignant. "Cinq hommes sont alors aussitôt sortis de l'établissement, pendant que le chauffeur cherchait un objet à l’arrière de son véhicule", poursuit Raphaël . 

"Une scie à métaux à la main"

L’adolescent âgé de 17 ans indique ensuite être lui aussi sorti de sa voiture et avoir "vu la scie que le chauffeur tenait à la main". "L’individu a couru en direction de mon frère en brandissant la scie", affirme-t-il. David et Raphaël auraient alors pris la fuite. 


Le conducteur de la fourgonnette aurait rattrapé David et lui aurait "porté un coup de poing au visage entraînant sa chute". "Mon frère essayait de se protéger le visage et a ainsi reçu un coup de scie au niveau de sa main droite, détaille encore  Raphaël. L’agresseur a ensuite brandi la scie au niveau de la gorge de mon frère et, pendant son geste, j’ai réussi à le dévier et à le désarmer. Je lui ai porté un coup de poing au visage tout en le crochetant sa jambe à l’intérieur avec la mienne entraînant sa chute". 

"Si tu bouges, je te tue"

La scie serait ensuite tombée. "Il l’a alors reprise en main et s’est relevé. J’ai saisi la scie comme j’ai pu à deux mains attrapant le côté tranchant, afin de la tirer vers moi. L’individu a tiré plus fort que moi, ce qui m’a causé des coupures au majeur gauche et à l’annulaire droit. Sous la douleur, j’ai été obligé de lâcher la scie. Il m’a attrapé le bras gauche et m’a tiré vers lui, j’ai senti mon épaule se déboîter. Il a brandi à nouveau la scie, j’ai juste eu le temps de me retourner et j’ai reçu un coup dans le dos", continue Raphaël. 


Les personnes sorties du bar pour prêter main forte au chauffeur agressif auraient alors empêché ce dernier de continuer à frapper Raphaël. Dans le même temps, l’adolescent dit avoir vu son frère au sol avec une personne au-dessus de lui le maintenant et lui disant : "Si tu bouges, je te tue". D'autres clients seraient à nouveau sortis du bar et auraient demandé aux deux frères de partir. Ce qu’ils ont fait avant de se rendre aux urgences de l’hôpital Verdier. 

"Trois points de suture"

Une enquête a été ouverte après les faits pour "violences volontaires ayant entraîné une ITT de plus de 8 jours avec arme et en réunion". Raphaël a eu 10 jours d’ITT. Selon le père des deux victimes, président de la communauté juive de Bondy joint par LCI ce vendredi, David a eu, lui, 6 jours d’ITT. Dans son premier communiqué, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme avait indiqué que "l'un des agresseurs était armé d’une scie égoïne avec laquelle il a coupé un doigt de la main de l’une des jeunes victimes". Il a finalement rectifié son texte indiquant que le doigt avait été "entaillé".  


"Raphaël a eu trois points de suture mais il est surtout, comme son frère, très choqué par ce qu’il a vécu. Pour nous, le caractère antisémite ne fait aucun doute. Mes enfants avaient leur kippa et les menaces  proférées étaient contre les juifs", insiste leur père, précisant qu’aucun de ses fils n’étaient en mesure de parler aux médias pour l'instant. Selon les plaignants, "l’homme à la scie",  dont ils donnent un signalement précis, conduisait sa fourgonnette au côté de son père, car il l’a appelé plusieurs fois "papa". Ils précisent toutefois que le père n’a pas participé aux violences. 

"Je n’ai pas vu de kippa"

Le gérant du bar à chicha, lui, est estomaqué par ce qu’il a pu lire sur internet depuis jeudi soir, comme il nous l'explique : "J'ai pas vu de kippa moi. Je peux pas vous dire qui sont les victimes, comment les reconnaître. Je sais qu'il y avait deux mecs qui s'embrouillaient avec deux mecs à une trentaine de mètres de mon établissement et pas devant comme j'ai pu le lire. Il y avait deux gars avec une scie. Je suis sorti de mon bar, je suis intervenu avant qu'il ne se passe quelque chose de plus grave. J'ai pris la scie, un des deux hommes tirait l'outil hyper fort, il est tombé. Ça a duré quelques minutes, et tout le monde est parti." 


Il ajoute qu'en "aucun cas" ses clients n'ont porté de coups aux deux jeunes frères. Quant au caractère antisémite de l'agression, il n'y a rien pour lui en ce sens. "Je n'ai vu ni juif, ni musulman, ni chrétien ni athée sur cette scène. Il n'y avait pas de croix, pas de kippa, pas d'étoile ou encore de main de Fatma. Quant aux propos rapportés par les deux frères, je n'ai rien entendu de ce genre..."


(*) Les prénoms ont été changés

En vidéo

Nouveau record d'immigration des juifs français en Israël

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter