Braquage à Saint-Ouen : "À bout", les policiers mettent la pression sur Taubira

FAITS DIVERS

REACTIONS - Un policier est dans "un état désespéré" après avoir été blessé par un braqueur à Saint-Ouen. Ce dernier était fiché pour radicalisation et avait bénéficié d'une permission de sortie de prison au moment de son évasion. Les syndicats de police somment Christiane Taubira "de s'expliquer". La garde des Sceaux a fini par réagir en fin de matinée.

C'est la permission de trop. Celle qui ne passe pas, qui exaspère et exacerbe la colère des policiers. "Je suis écœuré, c'est incompréhensible. On se demande parfois pourquoi on bosse et qui nous soutient", nous confie l'un d'entre eux. Lundi matin, un de ses collègues de la BAC de Saint-Denis a été grièvement blessé par balles par un braqueur en cavale. Ce dernier, tué au cours de l'échange de tirs sur l'Ile-Saint-Denis, n'était jamais revenu à la prison de Réau (Seine-et-Marne) suite à une permission de sortie en mai dernier. Un mandat de recherche avait alors été lancé.

"C'est aberrant, il n'aurait jamais dû être dehors. Quelque chose dans la chaîne pénale n'a pas fonctionné. Ce garçon a pu sortir alors qu'il avait un profil très particulier, qu'il était connu pour de multiples braquages, extrêmement violents. Et l'on sait de surcroît aujourd'hui que les services pénitentiaires s'étaient aperçus de sa radicalisation en 2014 !", assène Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie-officiers. Les investigations sur l'évasion de ce jeune homme de 24 ans, condamné pour des vols à main armée, avaient abouti à un signalement. Soupçonné de s'être radicalisé en prison, il faisait l’objet d’une fiche S (Sûreté de l'Etat). 

Taubira n'exclut pas de modifier la loi

Selon Patrice Ribeiro,"il y a un problème de fond, et un sentiment d’impunité nourri par une absence de réponse pénale.  Depuis des années, nous faisons face à ce qu'on appelle l'islamo-délinquance : des profils comme Mohamed Merah, les frères Kouachi, qui ont d'abord versé dans la petite 'voyoucratie' avant de se radicaliser en prison et d'attaquer non plus pour leur propre compte mais pour une cause. La tendance du ministère de la Justice à vouloir privilégier la liberté plutôt que l'emprisonnement est valable sur des gens réinsérables. Pas face à de tels profils".

"Les gens qui sont dangereux pour la société doivent rester enfermés, abonde Frédéric Lagache d'Alliance Police Nationale, qui demande des "comptes" à la garde des Sceaux. Un policier se trouve aujourd'hui entre la vie et la mort. Quand on fait une erreur, on a le devoir de s'expliquer. Nous sommes en colère et nous faisons face à une ministre qui ne daigne pas répondre à nos sollicitations". En fin de matinée, par voie de communiqué, la ministre est sortie du silence. Exprimant son émotion et "sa solidarité" aux proches du policier blessé, Christiane Taubira a dit ne pas exclure une modification de la "législation applicable aux sorties des détenus" dont la dernière modification remonte à 2004. "Les interrogations sont légitimes et j'ai commandé, dès hier, un rapport précis sur ce qui s'est passé", a-t-elle déclaré.

"Des policiers à bout"

Au-delà de la polémique, le malaise dans la police reste profond. Les représentants des fonctionnaires soulignent en effet "l'augmentation de la violence contre la police", pointant en exemple les trois agressions commises contre des fonctionnaires en moins de 24 heures. "Un policier dans un état désespéré en Seine-Saint-Denis, un autre agressé à Toulouse, et deux blessés après être tombés dans un guet-apens à Arles. C'est miraculeux qu'aucun n'ait sorti une arme et tiré. Mais ça va finir par arriver, les policiers sont à bout, il faut que le gouvernement réagisse", alerte Patrice Ribeiro.

Selon les chiffres de la DGPN, 5 834 policiers ont été blessés en mission en 2014. Au cours du 1er semestre de 2015, la police nationale a constaté 2 874 blessures, un chiffre en augmentation de 5% par rapport à la même période l'année précédente. L'étude "Cadre de Vie et Sécurité" menée par l’Insee et l’ONDRP et publiée ce mardi révèle que les violences physiques et verbales subies par les "policiers, les militaires et assimilés" sont près de deux fois plus importantes que pour les autres groupes professionnels en contact avec le public.

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