Braquage à Saint-Ouen : une permission qui pose questions

FAITS DIVERS
JUSTICE - Un policier est dans "un état désespéré" après avoir été blessé par un braqueur à Saint-Ouen. Ce dernier était fiché pour radicalisation et avait bénéficié d'une permission de sortie de prison au moment de son évasion. Une permission qui fait débat. L’avocate pénaliste Sophie Rey-Gascon apporte son éclairage à metronews.

Lundi matin, un braqueur a tiré sur un policier après une course-poursuite entre Saint-Ouen et l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Laissant l’agent dans "un état désespéré", le malfaiteur a succombé à ses blessures. En cavale depuis le 27 mai 2015, après n’être jamais retourné en cellule lors d’une permission de sortie pour effectuer des formalités administratives après le décès de son père, il faisait l’objet d’une fiche S (sûreté de l’Etat), soupçonné de s’être rapproché de détenus radicalisés en prison. Depuis ce détail dévoilé, les syndicats de police se sont soulevés, "ne comprenant pas" qu’un tel détenu ait été autorisé à sortir.

Devant l'Assemblée nationale mardi après-midi, Christiane Taubira a répondu avoir commandé un examen précis des textes de loi sur les sorties de prisonniers pour savoir s'il y a lieu de les modifier de façon à permettre par exemple d'imposer systématiquement une escorte pour certains détenus " Metronews a interrogé l’avocate pénaliste Sophie Rey-Gascon, concernant les permissions de sortie formulées par les détenus.

Comment un détenu obtient-il une permission de sortie ?
Un détenu doit être condamné pour bénéficier d’une permission de sortie. Il lui suffit alors de formuler une demande écrite, adressée au greffe de l'établissement pénitentiaire après avoir effectué au moins la moitié de sa peine globale. Il peut obtenir une permission de sortie dans le but de préparer sa réinsertion (par exemple un entretien avec son futur employeur), de maintenir des liens familiaux ou en cas de décès d’un proche. Il peut aussi l’obtenir afin d’accomplir une obligation exigeant sa présence comme un examen médical, un vote, des démarches administratives (ce qui serait le cas du braqueur, autorisé à sortir pour régler la succession de son père, ndlr).

Comment le tireur en cavale a-t-il pu en bénéficier, alors qu’il était signalé pour radicalisation ?
Il faut savoir que le dossier d’un détenu le suit partout, d’une prison à l’autre. Il faut en réalité connaitre le degré de ce signalement. Était-il radicalisé ou fréquentait-il simplement des personnes fichées pour radicalisation ? Ce détenu a une première fois bénéficié d’une permission pour les obsèques de son père, autorisée par la juge d’application des peines, et il l’a respectée. De ce fait, cela lui a facilité la demande suivante, en lien avec la première. Il faut savoir que les prisons valident des permissions dans le but de tester les détenus, afin de voir s’ils respectent les règles ou non.

Que pensez-vous de la controverse sur cette permission ?
On ne sait même pas de quoi on parle. Le détenu était peut-être simplement surveillé parce qu’il se rapprochait de personnes fichées. Il n’y a aucun détail sur cette personne. En outre, l’acte qui a conduit à cette fusillade est un braquage, mené dans un but lucratif et non terroriste. Il faut faire attention à ne pas tout lier au terrorisme. Le juge d’application des peines a pris sa décision en ayant vérifié le dossier du détenu et en ayant décidé qu’il présentait les conditions légales en vue de cette permission.

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